interview

Georges Gilkinet: "Les prix trop bas sont suspects. Du poulet à 2 euros le kilo, ce n'est pas crédible"

©Frédéric Pauwels / Collectif H

46 ans/Diplômé en journalisme à l’IHECS/Député fédéral Ecolo depuis 10 ans/Membre de la commission d’enquête parlementaire Kazakhgate/Privilégie la qualité (plutôt que le prix) comme critère de choix de consommation/N’investit pas, sauf dans sa maison/Joue régulièrement au Lotto… mais considère cela comme une contribution volontaire.

Quel est le comportement lié à l’argent qui vous insupporte?

La cupidité. L’argent n’a jamais été mon moteur, que ce soit dans mes choix scolaires, militants ou professionnels. Je suis souvent choqué par les salaires trop élevés dans les banques ou le sport, et parfois même en politique… Le mode de rémunération des patrons en stock-option, qui valorise des choix à court terme. Quand on voit des petits entrepreneurs qui se battent beaucoup plus, avec un vrai idéal de création d’activité et d’emploi et qui gagnent beaucoup moins…

Quelle éducation financière avez-vous reçue?

Je suis né dans une famille dans laquelle on discutait des questions de société. L’impôt, la sécurité sociale, les services publics, ce n’étaient pas des concepts étrangers pour moi. Je trouve dommage que des jeunes qui arrivent au bout de leur cursus scolaire ignorent tout ça. Ils ne savent pas toujours comment est financée l’école, qui paie les professeurs qu’ils ont devant eux… et tous les services dont ils bénéficient.

Épargnez-vous?

Je ne suis pas un grand épargnant. Mon épargne, c’est ma maison. Après avoir terminé de rembourser notre emprunt hypothécaire, nous nous sommes de nouveau endettés pour 20 ans afin de l’agrandir et d’en améliorer le confort et surtout l’efficacité énergétique.

Le conseil

"Ne foncez pas sur les prix les moins chers. Derrière le prix d’un bien ou d’un service, il y a beaucoup de choses: les conditions de travail de ceux qui produisent, l’impact sur l’environnement, sur la santé, sur l’économie locale. Autant favoriser des choix qui font sens et qui sont tenables dans la durée et influencer ainsi l’économie."

Faites-vous des investissements?

Je n’ai pas d’argent à investir, en actions, en fonds, etc. Par contre, je suis coopérateur dans quatre coopératives, dont la banque NewB, la revue Médor, et deux coopératives d’énergie renouvelable. Mais pas pour des milliers d’euros, par conviction et plaisir de soutenir de chouettes projets!

Y a-t-il des choses pour lesquelles vous dépensez sans compter?

Il faut savoir qu’un député Ecolo reverse 50% de son indemnité au parti. Je ne fais pas de grandes folies financières. J’achète beaucoup de livres. J’aime encore l’objet-livre, le fait de savoir qu’il est là, que je peux me replonger dedans quelques années plus tard. Je m’offre aussi du matériel photo. Par ailleurs, en matière d’alimentation, mon critère de choix n’est pas le prix, mais plutôt la qualité et la relation de confiance avec l’artisan qui la propose.

Pour quel bien ou service ne dépenseriez-vous pas un euro?

Clairement, pour une grosse voiture.

En 5 chiffres
  • 1999: "L’année de la naissance de mon fils."
  • 2002: "L’année de la naissance de ma fille."
  • 38.000: "Le montant de mon premier salaire, en francs belges."
  • 1h39min: "Mon meilleur temps aux 20km de Bruxelles."
  • 67,7%: "Le taux d’emploi en Belgique au premier trimestre 2017, alors que l’objectif à atteindre est 73,2%. Il n’évolue pas, et c’est une vraie préoccupation."

Y a-t-il des choses que vous ne trouvez pas assez chères aujourd’hui?

De manière générale, les prix trop bas sont suspects. Du poulet à 2 euros le kilo, ce n’est pas crédible. Cela cache des problèmes en termes d’environnement, de santé et de qualité de vie des travailleurs. Ce qu’il faut rechercher, c’est le prix juste, pas le prix le plus bas.

Et des choses trop chères?

Les transports en commun sont trop chers. Quand on compare le prix d’un billet de train à celui d’un billet d’avion pour des trajets européens, on se dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Que pensez-vous de l’économie collaborative?

Je n’en suis pas utilisateur, mais, par principe, je pense que c’est un développement économique et sociétal intéressant. Par exemple, se partager une voiture entre plusieurs familles. Aujourd’hui, dans certains quartiers, les habitants le font avec une machine à laver ou d’autres objets d’utilisation ponctuelle. C’est bon pour la planète, et en général, ce qui est bon pour la planète est bon pour notre portefeuille.

Comparez-vous souvent les prix des télécoms, fournisseurs d’énergie?

Pour l’énergie, c’est simple, je consulte le classement Greenpeace et je choisis parmi les fournisseurs les plus verts.

Pour les télécoms ou les assurances, je suis plutôt un client passif, qui fait confiance à son fournisseur. Je suis peut-être un peu trop négligent à ce niveau.

Dans son portefeuille

"J’ai oublié trois fois mon portefeuille dans le train et je l’ai retrouvé à chaque fois. Sans doute grâce au billet porte-bonheur de 100 francs belges que je laisse dedans… Mais aujourd’hui, je n’ai plus de portefeuille, j’utilise l’étui de mon téléphone pour ranger le strict minimum: des photos de mes enfants, mes cartes (banque, Mobib, accès à la Chambre, etc.). Et toujours ce billet porte-bonheur. Il y a aussi un bulletin de Lotto, avec les deux grilles que je mise à chaque tirage. Mais j’oublie parfois de le renouveler et je ne gagne jamais grand-chose. Je vois cela comme une contribution volontaire et une manière de financer les projets de mécénat de la Loterie nationale. Mais sait-on jamais qu’un jour je gagne le gros lot…"

©Frédéric Pauwels / Collectif H


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