interview

Jan Bucquoy "Il faut abolir le système d'héritage et le remplacer par un système de loterie"

©Kristof Vadino

Jan Bucquoy /71 ans / Artiste, dessinateur et auteur de bandes dessinées, réalisateur et producteur / Connu entre autres pour la série de films "La vie sexuelle des Belges" et la BD "La vie sexuelle de Tintin" / Anarchiste, célèbre pour ses tentatives loufoques de coups d’État chaque 21 mai / Déteste l’idée de possession.

Quels sont les comportements liés à l’argent qui vous insupportent?

Je ne suis pas moraliste, je regarde la société comme un psy qui regarde des patients. Les gens sont fous. L’argent, c’est le stade anal. Les gens ne veulent pas donner le "petit pot" à leur maman. Ce qui m’insupporte, c’est l’avarice, la rétention. Quand on a de l’argent, il faut le dépenser. Pour beaucoup de gens, le fait de garder de l’argent en épargnant, en investissant, c’est une sorte de garantie car ils ont peur de mourir. Posséder quelque chose les rassure. Mais il faudra tout laisser derrière soi… L’idée que quelque chose vous appartient est une folie, parce que vous finissez par mourir. On est là pour très peu de temps, il ne faudrait pas devoir posséder des choses, sauf la terre que l’on cultive.

Vous ne gardez donc rien?

Non. Je n’ai aucune propriété. Pas d’immobilier, pas d’investissement, pas d’épargne, pas de voiture… Ma mère avait l’habitude de dire que l’on ne peut pas raser un caillou. Si je n’ai rien, alors on ne peut rien me prendre.

Que faites-vous en cas de coup dur financier, si vous n’épargnez rien?

Dans son portefeuille "Il n’y a pas grand-chose.Un peu de cash, des tickets de métro parisien.Ma carte de groupe sanguin de l’armée.Ca peut toujours servir." ©Kristof Vadino

La Belgique est un pays merveilleux où il y a plein de parachutes. Et puis, j’ai beaucoup d’amis. Il y aura bien toujours quelqu’un pour me donner une tartine.

Vous plaidez pour l’abolition de l’héritage…

Oui, pour le remplacer par un système de loterie. À la mort de quelqu’un, tous ses biens sont redistribués aux autres par loterie. On ne peut pas changer la société si on n’abolit pas le système de l’héritage et de la propriété. On ne peut pas la changer, si 1% des gens continuent d’accaparer toutes les richesses du monde.

Si vous deveniez riche du jour au lendemain, que feriez-vous?

Je rembourserais d’abord mes dettes. J’ai toujours environ 20.000 euros de dettes, auprès d’amis, de la banque. Je rembourse régulièrement des petits montants, mais je suis toujours endetté. Ensuite, j’achèterais éventuellement un bateau. C’est la liberté, et puis il ne faut pas encore payer pour se garer dans la mer.

Avez-vous des loisirs coûteux?

Je lis énormément de journaux. Cela représente un budget de 15 à 20 euros par jour. Je lis l’édition internationale du New York Times, Libération, le Figaro, Het Laatste Nieuws (j’aime le sport), le Canard Enchaîné… C’est très éclectique et cela me donne des idées. J’achète la presse au numéro, en format papier. Et en plus, j’achète beaucoup de livres, mais souvent en seconde main. Et ici aussi, je lis de tout: cela peut aller d’un livre sur la carrière d’Eddy Merckx à un livre de Michel Foucault…

"Ma mère disait que l’on ne peut pas raser un caillou. Si je n’ai rien, on ne peut rien me prendre"

Aimez-vous voyager?

Si je voyage à l’étranger, c’est parce que j’ai quelque chose à y faire. Mais je ne fais jamais de tourisme. Je ne visite pas. J’ai été à Bali, je n’ai pas visité de temple. Je m’intéresse aux gens. Et je me rends compte qu’ils sont tous pareils, avec les mêmes problèmes.

Êtes-vous un être connecté?

J’ai un smartphone, mais je ne m’en sers que pour téléphoner. J’ai récemment ajouté mes e-mails dessus. Mais je me méfie du jour où les Chinois vont garder leurs terres rares. Ce monde de smartphones va s’écrouler. On va revenir au Moyen-Âge. Le meilleur investissement? Des bougies et des champs de pommes de terre, pour s’éclairer et se nourrir.

Quel est votre dernier achat?

Une machine à écrire ancienne. C’est du concret, avec des vraies touches pour écrire sur du vrai papier.

Mettez-vous le prix pour votre alimentation?

Il y a tout de même une absurdité au supermarché: vous avez les produits bio d’un côté, et sur le reste de l’étal, tout est empoisonné. Alors j’essaie d’acheter bio. Mais je mange très peu. J’étais macrobiotique dans les années 1960…

En 5 chiffres:
1

"Évidemment. Être le premier, le numéro 1."

3

"Trois ans: le délai après lequel les couples divorcent."

7

"C’est un chiffre magique. Et si vous n’avez pas divorcé après trois ans, c’est après sept ans."

21

"C’est un beau chiffre. J’ai un fils qui est né un 21. Et puis c’est le 21 mai que je fais mon coup d’État."

69

"À partir de cet âge-là, quand les filles le savent, vous n’avez jamais de deuxième rendez-vous."

 

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