interview

Béa Ercolini: "Mon luxe suprême, c'est ‘downshifter': réduire mes frais, habiter une maison plus petite..."

©Dieter Telemans

Cofondatrice, avec Dominik Herzig, de BEABEE un cercle dédié aux femmes pour "muscler leur réseau et leur cerveau" / Auparavant directrice des rédactions de Elle Belgique / A étudié le Journalisme et l’Histoire de l’art /A travaillé pour La Libre Belgique, Femmes d’Aujourd’hui, Deco Idées, Trends, Marie-Claire, l’Instant / A participé à des émissions radio (le Jeu des dictionaires, la Semaine infernale) / Fondatrice de l’asbl "Touche pas à ma pote" contre le harcèlement de rue et le sexisme.

L’égalité hommes-femmes passe-t-elle en priorité par l’argent?

En matière salariale, la Belgique n’est pas trop mal placée: l’écart hommes-femmes est d’environ 9%. Mais il y a les pensions (30%), la sécurité sociale où une individualisation serait nécessaire. Combien de femmes veuves, séparées ou isolées découvrent qu’elles n’ont droit à pas grand-chose. C’est tout le système qu’il faudrait revoir avec des lunettes de genre.

La presse féminine envoie-t-elle les bons messages?

Je constate qu’elle évolue vers le lifestyle et est de moins en moins engagée. Les gens ont tendance à considérer que la presse féminine doit "sauver" les femmes. Il y a des conseils de base à donner. Comme attirer l’attention de celles dont le mari rembourse le prêt hypothécaire tandis qu’elles règlent les courses et les factures, qu’elles paient pour des choses qui seront consommées et consumées. En cas de séparation, c’est le désastre.

En 5 chiffres
  • 16: "J’ai fait mon premier job à 16 ans. Caissière dans un supermarché pendant les vacances. C’est mon père qui me l’a trouvé pour m'encourager à faire plutôt des études universitaires."
  • 1988: "Mon premier contrat de journaliste, à la coordination des rédactions belges de Marie Claire, Marie Claire Maison et Cosmopolitan. 30 ans de presse féminine..."
  • 14: "Le nombre d'années que j’ai passées à la tête des rédactions (FR et NL, print et web) du ELLE Belgique. La mission s'arrête en novembre 2016. Il était temps de bouger!"
  • 500€: "Le prix du ‘membership’ annuel au cercle féminin BEABEE. Pour les ‘startuppeuses’, les -30 ans, les starters et les expats, c'est 300 euros. Il existe aussi une formule mère-fille."
  • 6: "Le 6S+, c’est le très grand smartphone que je ne quitte pas une seconde et qui me sert aussi de carnet de notes, de carte de banque, de cerveau."

Le luxe suprême, c’est quoi?

Mon luxe suprême, c’est de "downshifter": réduire mes frais, habiter une maison plus petite, rouler à vélo plutôt qu’en voiture. Gagner moins d’argent mais être tellement plus sereine. Mais j’ai adoré mon séjour à Kamalaya (Thaïlande), un centre de wellness avec toutes les disciplines médicales asiatiques. Du "bearfoot luxury" à l’état pur, sans alcool, sucres ou mauvais gras. J’y ai été dans le cadre d’un trajet de prévention du burn-out. Evidemment, le coût est à l’avenant: environ 2.500 euros la semaine!

Avez-vous déjà subi une tuile financière ou dû réduire votre train de vie?

Ma vie financière est plutôt un long fleuve tranquille. Je gagne moins bien ma vie que lorsque j’étais cadre. J’ai réduit un peu mes dépenses et je suis surtout sortie du système où la nouveauté et les tendances sont primordiales. La mode "drivée" par les nouveautés de la saison ne me préoccupe plus. L’univers de la mode a aussi évolué. Le style et les pièces intemporelles ont gagné en importance. La mode n’est plus à la mode.

C’est-à-dire?

Elle s’est déplacée vers autre chose. Vers des objets comme l’iPhone. La façon dont on dépense de l’argent a changé et c’est loin d’être anodin! Car ce sont souvent des objets qui ne sont pas produits en Europe, par des entreprises qui parfois cherchent à éluder l’impôt. Cela ne fait pas rentrer beaucoup d’argent dans nos caisses.

Quelle est la pièce de votre maison dans laquelle vous investissez le plus?

J’ai acheté une maison du XVIIe siècle que j’ai fait restaurer et classer. Cela m’a coûté un rein. Je n’accorde pas plus d’importance à une pièce en particulier. Pour l’aménagement, j’achète dans le quartier (Marolles).

"Pour BEABEE, nous avons décidé mon associée et moi de nous passer d'investisseur, et même notre temps excepté, d'investissement sonnant et trébuchant (1 euro chacune). On démarre petit, on met la main à la pâte, il faut faire un peu de tout. Mais, sans traites mensuelles en épée de Damoclès, notre belle énergie est intacte pour nos membres."
Le conseil

Pour le reste, où et comment faites-vous vos courses?

Pendant 20 ans, je n’ai jamais mis un pied au supermarché, mon Jules faisait les courses. Aujourd’hui, je fais mes courses tous les jours avec mon trolley. Pour les vêtements, sacs, chaussures, je ne suis pas assez riche pour acheter de la mauvaise qualité. Après 14 ans de travail dans le luxe, où j’achetais dans les showrooms des créateurs, je plonge à l’occasion dans l’univers de magasins Oxfam, les Petits Riens, etc. Cela remet les pendules à l’heure.

Avez-vous changé vos habitudes en matière de mobilité?

Comme j’habite à Bruxelles ville, ma voiture est plus un problème qu’autre chose. Amendes, vandalisme, parkings… Au total cela coûte 600 euros par mois. Je privilégie la marche, les transports en commun et j’en suis à mon 3e vélo électrique. Quand j’habitais à Ruisbroek, j’allais à Lasne en vélo. C’est bon pour les jambes, ça produit des endorphines. Quand on est convaincante et en forme, on obtient ce qu’on veut (rires).

Etes-vous adepte de l’économie collaborative?

Usagère à l’occasion, mais pas adepte. Uber a donné un bon coup de pied aux sociétés de taxis. Pour faire évoluer les mœurs et les monopoles, c’est une très bonne chose, mais la société a besoin de récolter des impôts. Or, ces services "bypassent" cette étape. Si plus personne ne paie, quid des équipements collectifs, de la solidarité? Et des statuts précaires que cela engendre!

Dans son portefeuille: "Un vieux Prada, super bourré. Cartes de banque, de crédit, d’identité, de presse, de fidélité, de la STIB… Quelques notes de frais, des prescriptions médicales. Tout sauf de l’argent, en fait. Je rêve d’avoir une seule carte qui regrouperait tout, et de ne plus avoir besoin de portefeuille. C’est ce qui pèse le plus lourd dans mon sac qui ne contient quasi rien d’autre." ©Dieter Telemans

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