interview

Bertrand de Wouters: "Je suis un hyper-actif. Ne rien faire? Quel temps perdu!"

©Frédéric Pauwels /HUMA

51 ans/Directeur et propriétaire de "La Boîte à musique" et du label Pavane, fondés par son père/Entreprises qu’il gère depuis la fin des années 1980, lorsque le boom du CD l’oblige à interrompre ses études de Sciences économiques à l’ULB pour épauler la société familiale/A deux pas de Bozar, il est le dernier disquaire classique actif au cœur de Bruxelles/Fournisseur de la Cour, ce boulimique de culture sous toutes ses formes nourrit une passion dévorante pour les voyages.

Démarrer professionnellement en reprenant l’entreprise familiale, c’est un avantage ou une mission plutôt lourde à assumer?

C’est un défi d’autant plus difficile qu’il existe un lien affectif. On n’a pas le droit à l’erreur. Cela dit, au-delà du stress, l’avantage de la transmission familiale est qu’elle peut se faire en douceur, même si j’ai plongé dans le bain de manière un peu brutale. La naissance du CD et son explosion ont été une révolution pour les disquaires, obligés de tout changer en quelques années, du présentoir au modèle économique. À l’époque, le chiffre d’affaires du magasin a doublé en 4 ou 5 ans.

Vous deviez avoir une belle collection de vinyles dans votre jeunesse. Vous l’avez gardée? Jetée? Reconstituée?

J’avais beaucoup de vinyles – que je n’ai pas gardés — mais très peu de classique. À 20 ans, vous savez, on ne l’est pas trop. En revanche, à l’époque, le magasin a liquidé son stock de 45.000 vinyles Pavane pour une bouchée de pain en Hongrie! 30 ans après la mort du 33 tours, je n’aurais jamais parié sur sa résurrection. Qui reste néanmoins très symbolique, de l’ordre de 1 pour 1.000…

Le CD est régulièrement annoncé en fin de vie. Mais vous êtes toujours souriant. Réactivité constante ou optimisme irréductible?

Optimiste, certainement. Cela dit, c’est tout le secteur du commerce et de la distribution qui est en pleine mutation. Pour survivre, le commerçant actuel doit évidemment faire preuve de réactivité constante en intégrant les nouvelles habitudes de consommation, dont les achats par Internet. Les ventes par notre site ont d’ailleurs progressé de 60% en un an, sans compter les achats en magasin de clients qui ont parcouru notre offre en ligne auparavant. Cette complémentarité est devenue la règle dans notre domaine très spécialisé.

"Il faut sans cesse partir à la découverte de quelque chose, d’un film, d’une pièce de théâtre, d’un concert, d’un pays, d’un peuple… S’ouvrir au monde et aux autres. Vivre, quoi."
Le conseil

Conseilleriez-vous le métier de commerçant à un jeune qui veut ouvrir "son magasin" — et son site internet! —, quel qu’il soit?

Évidemment, mais à condition qu’il s’agisse de vivre sa propre passion. Car c’est très dur, il ne faut pas compter ses heures. De plus, tout est devenu beaucoup plus difficile qu’il y a 15 ou 20 ans en raison de la concurrence d’Internet, mais aussi des exigences accrues des clients qui comparent tout.

La nature de votre métier a-t-elle une influence sur votre façon d’appréhender les questions d’argent?

Inévitablement. Lorsque l’on vend des CD à 10, 15 ou 20 euros, on sait combien chaque vente est importante. Cela donne dès lors envie de dépenser à bon escient chaque centime gagné. Et on devient, comme nos clients, très exigeants, mais nous, c’est par rapport à nos fournisseurs…

Avez-vous déjà songé à changer complètement de cap dans votre carrière pour des raisons financières?

Jamais, jamais, jamais. Par contre, des changements ont pu modifier notre situation financière, comme ce fut le cas lorsque, il y a 14 ans, nous avons quitté le Palais des Beaux-Arts où nous louions un espace. Nous avons alors acquis notre magasin au Coudenberg. Cela a été un transfert difficile et, je l’avoue, traumatisant. Mais cela nous a permis de nous consolider.

Que payez-vous trop cher à l’heure actuelle?

Les charges sociales, vraiment très lourdes dans le bilan de notre petite entreprise. Cela explique pourquoi beaucoup de sociétés suppriment l’humain au profit du digital. Inutile de dire que je suis pour le contraire, mais cela devient très difficile.

Vous gérez seul votre entreprise. Mais consultez-vous des professionnels pour la gestion de vos affaires privées?

Non, je joue perso, en bon père de famille. Je ne suis pas un flambeur et je laisse la Bourse aux experts.

Pour quoi débourseriez-vous une fortune?

Un tour du monde, sans hésiter! Voyager, pour moi, c’est me ressourcer, me déconnecter du quotidien… même si, au bout du monde, j’ai toujours mon portable pour effectuer les commandes…

À quel âge souhaiteriez-vous pouvoir prendre votre retraite?

Le plus vite possible. Parce que j’ai prévu de faire le tour du monde avec un couple d’amis!

Dans son portefeuille: "Les photos de mes filles, évidemment. Pour le reste, en homme actif et pragmatique, je n’y mets que l’utile. Un florilège de cartes pour réserver plus vite le cinéma, les hôtels, les transports…" ©Frédéric Pauwels /HUMA

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