interview

Hans Waege: "Je ne mettrai jamais un euro pour le foot"

©Frédéric Pauwels / HUMA

49 ans/Intendant du Belgian National Orchestra (BNO) depuis 2016/Ancien directeur de la Filharmonie d’Anvers et du Rotterdams Philharmonisch Orkest/Professeur en gestion des organisations à l’Université de Gand, ce docteur en statistique appliquée et méthodologie de recherche est un fin connaisseur de la sculpture gothique et Renaissance/Passionné de musique et d’arts plastiques, autant que de management.

Pensiez-vous faire carrière dans la culture?

Pas du tout. J’ai été nommé prof à l’Université de Gand en 1998, puis j’ai fait un break en m’impliquant dans la réforme du bureau de statistique du gouvernement flamand, tout en restant à temps partiel à l’université. Ce n’est qu’ensuite que j’ai rejoint le secteur culturel. J’avoue avoir hésité entre la stabilité et la liberté d’une carrière universitaire et la direction d’orchestre!

Votre fonction influence-t-elle votre façon d’appréhender les questions d’argent?

Non, car je nourris depuis toujours d’autres valeurs que l’argent. Avec l’âge, c’est-à-dire au fur et à mesure de sa propre découverte dans un voyage qui ne s’arrête jamais, je renforce ces valeurs.

Pour quoi seriez-vous prêt à donner "une fortune"?

Pour un tableau du Caravage… si j’en avais les moyens! Mais si j’en avais tant que cela, j’en profiterais aussi pour soutenir financièrement la place des arts dans la société.

En 5 chiffres
  • 0: "Le zéro, c’est le lien entre un début et une fin, une perfection et une forme élémentaire. Un point de départ, symbole d’espoir. Quoi qu’il arrive dans la vie, on peut presque toujours recommencer. Seuls ceux qui ont fait quelque chose d’important ont aussi essuyé des échecs."
  • 4: "J’aime la pâtisserie et la bonne cuisine de base. Un cake 4/4 selon les règles de l’art, avec du vrai beurre, reste un gâteau superbe. Le carré a quatre angles droits de la même mesure et quatre côtés de la même longueur. Une autre forme élémentaire."
  • 5: "L’Homme de Vitruve de Leonardo Da Vinci, symbole de la santé et représentation de l’échelle pentatonique. Debussy l’utilise dans ses innovations musicales et le BNO excelle dans cette musique. 2018 est l’année Debussy. Le pentagramme à 5 branches est aussi synonyme de magie; je ne crois pas aux miracles mais les choses les plus importantes sont magiques."
  • 7: "Les 7 merveilles du monde, les 7 péchés capitaux, les 7 vertus cardinales, les 7 beautés… Le chiffre d’une certaine perfection."
  • 93: "Le nombre des musiciens pour jouer une de mes symphonies favorites: la 8e de Bruckner. On ne peut pas mourir sans l’avoir entendue au moins 5 fois en ‘live’."

Pour quoi ne dépenserez-vous jamais un euro?

Pour de la mauvaise musique, mais je crains en avoir déjà acheté. En revanche, je ne mettrai jamais un euro pour le foot.

Le salaire de certains joueurs de foot, justement, vous choque-t-il par rapport à celui des musiciens d’orchestre?

Tout gain excessif par rapport à la société a un côté immoral qu’il faut corriger. On peut gagner beaucoup d’argent mais à condition de contribuer à la société d’une manière équitable. Comme le fait un Bill Gates qui redistribue une partie de sa fortune aux arts, à la santé et aux sciences. Ce qui me choque en revanche, c’est la grande fraude fiscale, le refus de contribuer substantiellement à la société dans laquelle nous vivons et où nous avons grandi.

Est-il vrai que vous collectionnez l’art contemporain?

Oui. Et il ne faut pas être riche, sinon je ne le ferais pas. Quelques centaines d’euros suffisent pour s’offrir de belles choses, surtout chez les jeunes artistes. C’est une façon pour moi de me rapprocher de la société actuelle, car dans mon métier, je suis souvent aux prises avec la musique du passé. De plus, dans l’art contemporain, personne ne peut vous dicter ce qui est bien ou pas. C’est une démarche personnelle.

Est-ce aussi un bon placement?

Je ne l’ai jamais pris comme cela. Si c’est acheté, c’est dépensé. Je n’ai jamais rien revendu de ma collection.

Vous arrive-t-il d’écouter un musicien de rue? Et de lui donner une pièce?

Si je voulais soigner ma popularité, je devrais vous répondre que je m’incline devant! Mais j’avoue que c’est souvent un bruit de fond dans une rue bruyante que j’emprunte pour me rendre au plus vite d’un point à l’autre. Il m’est cependant déjà arrivé de m’arrêter lorsque j’entends quelque chose de beau. Et de donner une pièce… si j’en ai, car je paie presque tout par carte.

"Trop de gens sont malheureux dans leur boulot alors que leur excellence est ailleurs. Osez vos vraies passions, qui sont la clé du bonheur. Quand on est heureux, on donne aux autres. Et donc on reçoit. Même si le secret de la vie, ce n’est pas recevoir, mais donner."
Hans Waege

Un concert classique coûte beaucoup moins cher qu’un concert de U2. Normal?

Je ne parlerai pas de ce qui est normal ou pas. Ce sont deux mondes très différents, avec l’art d’un côté, la culture populaire de l’autre. Mais les arts restent un apport fondamental, à la base de notre humanisme.

Que dites-vous aux mécènes pour les convaincre?

Que la musique classique est l’un des fondements de notre culture. Qu’il faut encourager les jeunes à s’y intéresser, raison pour laquelle nos mécènes apprécient souvent les projets que nous menons pour les plus jeunes, y compris défavorisés. Et enfin que les grandes institutions artistiques sont le symbole d’une nation, de son identité et qu’il faut en être fier. Un orchestre est à l’image de la société qui le porte.

Vous achetez encore des CD ou vous êtes un adepte de Spotify?

J’habite dans un petit village wallon où la connexion internet est d’un niveau préhistorique. Cela résout le problème! Et la qualité d’un CD reste – pour l’instant… — incomparable.

Ce qui est indispensable à votre qualité de vie?

Ce qui ne s’achète pas, mais se construit: l’amour, la passion, l’excellence, la spiritualité et plus encore sans doute la moralité. Elle est à mes yeux le fondement même d’une société.

Dans son portefeuille: "Des cartes, des cartes, rien que des cartes. Parce qu’aujourd’hui tout fonctionne avec cela. Même pour entrer là où je travaille…" ©doc

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