interview

Isabelle Simonis: "Des mécanismes devraient permettre aux jeunes d'être autonomes à la fin des études"

©Dieter Telemans

Ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles/50 ans/Députée et cheffe de groupe PS (Parlement wallon et Parlement de la Fédération Wallonie-Bxl)/Bourgmestre de Flémale/A débuté sa carrière à la Mutualité Socialiste/A lancé les États Généraux de la famille/Militante discrète mais acharnée/La justice sociale et les droits de la femme sont ses causes de prédilection.

Serait-il utile d’enseigner des rudiments d’éducation financière à l’école?

Il serait intéressant que l’éducation financière soit englobée dans une vision plus large qui permettrait d’avoir un regard critique sur la société de consommation. Questionner les effets de notre consommation sur l’environnement, les normes sociales, l’économie locale…

Des choses pour lesquelles vous dépensez volontiers… ou pas un sou?

J’ai un faible pour les vêtements et les vestes en particulier. Je dépense volontiers pour ces choses-là. Par contre je ne dépenserais pas un euro dans les jeux de hasard.

Avez-vous déjà subi une tuile financière ou réalisé une très bonne affaire?

Ni l’un ni l’autre. Mais comme beaucoup de jeunes, quand j’étais encore aux études et que j’ai quitté le cocon familial, ce fut une période plus dure. Il a fallu que je trouve des petits jobs. J’ai travaillé comme coordonnatrice de plaines de jeux et de centres de vacances. Grâce à ces premiers salaires, j’ai pu financer ce que je considérais comme une priorité: une petite voiture.

"Dès lors que l’on fait le constat que les richesses sont réparties de manière très inégalitaire, il est fondamental que chacun continue à cotiser individuellement pour assurer des soins de santé, des pensions et des allocations accessibles à tous. Sans cela, le nombre de personnes qui sombreront dans la pauvreté sera encore plus élevé."
Le conseil

Essayez-vous de faire des économies ou d’éviter le gaspillage?

Je fais un effort quotidien pour éviter le gaspillage alimentaire. On a tendance à acheter bien plus que besoin. Et quand on voit ce que l’on jette même en faisant attention, c’est totalement irrespectueux par rapport à ceux qui sont dans le besoin. On devrait tous avoir une réflexion à ce sujet.

Des attitudes par rapport à l’argent qui vous insupportent?

Je ne supporte pas la spéculation pure, le fait de jouer avec de l’argent sans aucun développement d’économie, de projet ou d’emploi. De la même façon, je suis révoltée par les opérations boursières toxiques qui se font au détriment des personnes et du petit épargnant.

L’égalité hommes-femmes passe-t-elle en priorité par l’argent?

L’argent n’est pas un but en soi, mais un solide moyen pour accéder à l’autonomie et favoriser l’émancipation. Les temps partiels sont majoritairement occupés par des femmes. Les inégalités salariales sont criantes. Les femmes ont moins accès aux postes à responsabilités et sont donc moins bien payées, ce qui se répercute notamment sur leur pension. Comme elles ont généralement moins d’argent, on peut considérer qu’elles sont moins libres de leurs choix. Et si les choses n’évoluent pas naturellement, il faut légiférer et imposer des quotas.

En 5 chiffres
  • 1976: "L’année où les femmes ont obtenu l’autorisation d’ouvrir un compte sans l’autorisation de leur conjoint. C’est dingue."
  • 20%: "L’écart salarial (moyen!) entre les hommes et les femmes, à travail égal."
  • 590 millions €: "Le montant placé par les Belges dans les paradis fiscaux."
  • 8: "8 personnes sur la planète détiennent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale!"
  • 15,5%: "La proportion de la population belge qui connaît un risque de pauvreté."

Les enfants qui vivent de plus en plus tard chez leurs parents ou qui y retournent, ça vous inspire une réflexion?

La plupart ne le font pas par choix. C’est plutôt une contrainte liée au manque d’emplois et aux difficultés d’accès au logement. Le monde politique et les partenaires sociaux doivent faire en sorte qu’au terme de la formation, des mécanismes permettent aux jeunes d’être autonomes et d’organiser leur vie comme ils le veulent.

Soutenez-vous une œuvre?

Je soutiens depuis quelques années Greenpeace avec un ordre permanent mensuel.

Prenez-vous les transports en commun?

Avant je prenais le train. Avec ma fonction j’ai la chance d’avoir un chauffeur et cela me permet de travailler longtemps (je rentre à Liège). Mais on ne peut plus envisager l’avenir avec la même mobilité. On arrive à saturation. Tôt ou tard on devra tous changer nos comportements. La mobilité, c’est un vrai projet de société.

Êtes-vous une adepte de l’économie collaborative?

Cela m’intéresse, mais je ne les utilise pas et cela m’inquiète. À première vue ça a l’air sympa, mais quand on y regarde de près, quid de la législation, des normes sociales, de l’absence de contrôle? C’est souvent de la concurrence déloyale. Le législateur devrait mettre de l’ordre, pas pour empêcher ces initiatives, mais pour imposer un minimum de normes.

Si vous étiez contrainte de réduire votre train de vie…?

Je réduirais le shopping et tous les achats qui ne sont pas de première nécessité.

Dans son portefeuille: "Il est assez grand, et j’en prends un plus petit quand je pars en vacances. Il contient quelques photos — notamment de ma filleule —, mon permis de conduire, ma carte du Parlement, mon carnet du PS avec mes timbres de l’année, des cartes de fidélité (FNAC), d’assurance, un petit triangle rouge symbolisant la résistance aux idées d’extrême droite, une carte de sandwicherie et des modules des Îles de paix – qui me permettent par moments de déstresser…" ©Dieter Telemans

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