interview

Francis Lalanne: "Je n'achète que l'indispensable, le reste, je l'échange"

©STANY NOEL 0478292327

Âgé de 60 ans, l'auteur, compositeur, interprète et acteur français Francis Lalanne présentera un récital poétique, "De mémoire amoureuse", le 28 novembre au théâtre "Le Fou Rire", dans le cadre du festival "Bruxelles sur scènes".

Avez-vous eu un jour du mal à joindre les deux bouts?

J’ai traversé une période de disette terrible pendant le procès qui m’opposait à ma maison de disque. Je ne pouvais pas utiliser publiquement ma voix et donc pas travailler. Cela m’a complètement ruiné. C’est l’époque, en plus, où j’ai fondé une famille et où j’ai eu des enfants.

Quelles leçons en avez-vous tirées?

Cela m’a appris à recycler, à échanger et à ne plus gaspiller, mais surtout que l’on pouvait vivre heureux avec peu. Qu’il n’est pas nécessaire d’avoir autant de besoins, que vivre à crédit aliène nos libertés fondamentales. Cela m’a également amené à développer tous mes autres talents artistiques et professionnels. Avant ce tournant de ma vie, je n’étais que chanteur. Depuis je suis devenu tout le reste… Et j’ai aussi découvert quels étaient mes vrais amis. N’ayant plus un sou, la plupart de ceux que je croyais l’être se sont détournés de moi.

En cinq chiffres
  • 13: "Mon porte bonheur. J’ai rencontré la mère de mes enfants un 13. Ma fille aînée est née un vendredi 13. Mon arrière-grand-père était le 13e d’une famille de 13 garçons. Mon premier disque est sorti un 13, etc."
  • +200: "Le nombre de pays ou de territoires que j’ai visités! J’ai encore du chemin à parcourir…"
  • 7: "Le chiffre porte bonheur de la femme que j’aime."
  • 1986: "L’année de tous mes succès, que ce soit sur le plan amoureux ou professionnel. Tout ce que je touchais se transformait en or: la chanson, le cinéma, la scène, le théâtre, la littérature, etc."
  • 22: "En million, le nombre de disques que j’ai vendus."

Chaque achat est donc réfléchi?

Oui, car je n’achète que ce qu’il est indispensable d’acheter. Le reste, je l’échange.

Si vous deveniez millionnaire du jour au lendemain, que feriez-vous?

Je partagerais mon argent comme je partage mon pain. Je ne m’achète jamais un sandwich sans le couper au moins en deux pour le partager. J’ai vu un enfant affamé faire ça au Sénégal, alors que je lui avais offert un sandwich. Avant de manger, il l’a partagé avec les enfants qui l’entouraient. Cet enfant est devenu mon maître.

Donnez-vous aux mendiants?

Oui, quand j’ai de l’argent sur moi. Que ce soit un faux ou un vrai mendiant m’importe peu. J’applique le principe de précaution. Je préfère donner à quelqu’un qui n’en a pas besoin que de ne pas donner à quelqu’un qui est vraiment dans le besoin. Dans le doute, je préfère ne pas m’abstenir de donner.

Êtes-vous sensible à la cause écologique?

Pour vous donner un exemple, j’ai refusé d’apprendre à conduire pour ne pas être tenté de rajouter une voiture sur les routes du monde. Sinon, j’ai fondé depuis 2009, avec Jean Marc Governatori, un mouvement écologiste indépendant qui présentera, comme à chaque scrutin en France depuis 2009, des candidats aux prochaines élections européennes.

Quand vous voyagez, où logez-vous?

Chez l’habitant ou à la belle étoile quand le climat me le permet. Au pôle Nord, j’ai dormi recouvert par mes chiens pour ne pas avoir froid. J’ai aussi déjà dormi dans un igloo.

Quel est l’objet que vous seriez incapable de revendre?

Pour l’instant, ma guitare. Mais un jour, je l’offrirai à quelqu’un qui saura l’aimer comme je l’ai aimée. Et dont je serai certain au fond de moi, qu’il en fera bon usage.

"Pour vivre vraiment libre, il ne faut tenir à rien."
Le conseil

C’est quoi le vrai luxe pour vous?

Savoir vivre avec rien. Ce que Pierre Rabbi nomme la frugalité heureuse.

Si vous deviez réduire votre train de vie, quelles dépenses sacrifieriez-vous?

Je n’ai pas de train de vie. Mon maître à penser c’est le philosophe Diogène qui vivait nu dans une amphore. Un jour, il a vu des enfants boire de l’eau dans leurs mains. Il a alors cassé son verre en argile: "Si l’on peut boire dans ses mains: on n’a pas besoin de verre."

Quelle est la dépense la plus folle que vous ayez faite?

Acheter cash un catamaran de compétition à l’un de mes amis, Thierry Caroni. J’avais fait partie de l’équipage qui avait gagné la course de l’Europe en 86. Son sponsor l’ayant lâché, il n’avait plus les moyens de faire la C-Star, une course autour du monde en solitaire. J’ai moi-même convoyé seul le bateau pour le ramener à La Rochelle. J’ai vidé mon compte bancaire pour qu’il puisse faire sa course.

Et votre dépense la plus stupide?

C’est toujours quand j’achète une chose au lieu de l’échanger. C’est d’ailleurs pour lutter contre la tendance de la société dite de consommation que j’ai voulu créer ma banque d’échanges, avec Jean-Marc Governatori.

Quels comportements liés à l’argent vous insupportent?

Le gaspillage, l’avarice et le fait de s’aliéner en dépensant à crédit l’argent qu’on n’a pas gagné pour s’endetter, notamment auprès d’organismes qui ne nous ont même pas prêté cet argent. Une banque ne vous prête pas d’argent puisqu’elle ne garantit qu’une faible partie de celui qu’elle vous autorise à dépenser par un jeu d’écriture.

Pourriez-vous être plus précis?

En réalité, une banque vous crée une dette en vous permettant de vivre à crédit. Grâce à cette pratique, elle s’enrichit d’un argent qui n’existe pas et qui s’appelle votre dette. Un argent imaginaire qu’on lui rembourse sans qu’elle l’ait prêté. Mon père me disait toujours quand j’étais petit: "mon fils il ne faut pas payer plus haut qu’on a d’écu, ni péter plus haut que son cul". Je dis qu’il a raison. Avec Jean-Marc Governatori, nous avons créé notre banque d’échanges comme alternative à ce genre de comportements qui drainent le malaise social. Plus on échange, moins on gaspille et plus on a d’argent à dépenser. En diminuant son vouloir d’achat, on augmente son pouvoir d’achat.

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