interview

Jean-Luc Roisin: "Le souvenir des 45 tours que j'achetais le samedi, c'est ma madeleine de Proust"

©Dieter Telemans

Administrateur délégué de Chronostock Belgique, une enseigne de magasins éphémères spécialisée dans le déstockage/S’était lancé dans des études d’économie mais a abandonné pour se lancer directement dans le commerce/Bureautique, téléphonie, Troc International / A suivi des cours de P.N.L (Programmation Neuro-Linguistique) "afin de mieux comprendre les gens"/Grand adepte des petits commerces de quartier, il n’achète rien sur internet.

Où faites-vous vos achats? Quel type d’acheteur êtes-vous?

Je fais toujours mes courses chez les commerçants indépendants du quartier (boucher, fromager, marchand de vins, de fruits) car je pense qu’ils ont de meilleurs produits. Et faire ce type d’achat me rend plus heureux. J’achète avec les yeux et je privilégie le qualitatif. Je compare assez peu et je ne fais pas la chasse aux promos. Je n’achète absolument rien sur internet, à la différence de ma femme et mes enfants.

Y a-t-il des biens et services dont le prix vous étonne?

A mon sens, l’eau n’est pas assez chère. Cela ne favorise pas les comportements responsables et écologiques. Si le prix augmentait légèrement, les gens feraient sans doute plus attention. Les tarifs de téléphonie sont par contre exorbitants, malgré les efforts qui sont faits. Et je suis sidéré par le prix des certains petits travaux dans le bâtiment. On n’a plus de devis à moins de 1.000 euros. Un ouvrier qui passe une demi-heure pour faire une réparation facture vite 150 ou 200 euros.

"Je fais de temps à autre des exposés dans des écoles supérieures. Les étudiants sont très intéressés de savoir ce qu’il vont gagner dès qu’ils seront engagés et s’ils auront une voiture de société. J’essaie de les amener à voir les choses dans l’autre sens. ‘Faites ce que vous aimez et en règle générale, le reste suit…’ dans des proportions qui varient selon le métier choisi, bien évidemment."
Le conseil

Lorsque vous avez commencé à gagner votre vie, quelle a été votre plus grande satisfaction?

Les premières vacances que je me suis payées. Je n’avais encore jamais pris l’avion. Et le premier mois où les parents ne vous aident plus, c’est quand même très gai aussi.

Si vous deviez réduire votre train de vie, à quoi renonceriez-vous?

Comme j’habite en ville, j’achèterais une plus petite voiture (d’occasion), même si la mienne n’est pas ostentatoire. Ou alors on sacrifierait carrément l’une des voitures de la famille. On paie toujours trop pour les voitures! Par contre, il me serait impossible de sacrifier les vacances ou les restos.

Quels sont les concepts commerciaux promis à un bel essor?

Il est difficile de dire dans quel sens les consommateurs vont partir. Personnellement, j’aspire au retour à une économie de proximité où les gens pourraient réinvestir dans leur quartier à tous niveaux, même en ville. Ce serait aussi plus sécurisant.

Êtes-vous un adepte de l’économie collaborative?

J’utilise le système de voitures partagées Drive Now: ce n’est pas cher et bien conçu. Je fréquente les magasins de produits en vrac pour éviter le gaspillage. Mais j’avoue que mes enfants sont beaucoup plus engagés là-dedans que moi…

En 5 chiffres
  • 3: "Pour mes trois enfants."
  • 2018: "L’arrivée de nouveaux associés.Très positif!"
  • 1060: "Le code postal de Saint-Gilles, ma commune que j’adore."
  • 300: "Le nombre de magasins ouverts depuis la création de Chronostock."
  • 5: "Le nombre de fois où j’ai changé de job.Plus ou moins tous les cinq à six ans."

Avez-vous déjà fait un très mauvais achat?

On fait tous de mauvais achats! Le tout c’est de revendre vite – même si on y perd un peu - pour que cela soit derrière nous et ne plus devoir y penser. Je n’ai jamais fait de mauvais achat que j’ai conservé. Nous avons fait une petite erreur sur un bâtiment, mais nous avons trouvé un bon accord qui a permis aux deux parties de sortir la tête haute. L’art du commerce c’est que toutes les parties fassent la bonne affaire!

Des attitudes liées à l’argent qui vous insupportent?

La démonstration gratuite. Et l’avarice, à tout niveau de richesse. Cela m’angoisse pour ces gens-là en fait. Je ne peux pas me lier d’amitié avec eux.

Le souvenir du prix de quelque chose que vous achetiez étant jeune?

Je collectionnais les disques. Le samedi, j’allais souvent acheter des 45 tours que je payais entre 100 et 120 francs belges, ou des maxi-vinyles, mais c’était plus cher (environ 240 francs). J’étais tout excité en partant les acheter, puis à l’idée de les écouter… C’était vraiment un bon moment. Ce souvenir, c’est un peu ma madeleine de Proust.

Êtes-vous un acheteur responsable?

Je n’achèterais jamais un poulet "à 3 euros". J’ai plutôt un comportement d’acheteur responsable mais malheureusement, pour aller visiter une ville, je prends un billet Ryanair. Par contre, j’estime alors normal de ne pas râler si on a une heure de retard, si on est mal assis ou si on ne reçoit aucune boisson durant le vol. On ne peut pas tout demander pour 30 euros!

Un exemple d’argent jeté par les fenêtres ou de gaspillage?

Les travaux publics! L’inefficacité, le manque de coordination et la lenteur d’exécution me sidèrent. En tant que commerçant, cela me frappe: en l’espace de trois mois, la rue Neuve a été ouverte deux ou trois fois. Je me demande combien d’argent on gaspille ainsi. Mieux vaut certainement ne pas savoir. Le pire c’est qu’on ne remet jamais ce fonctionnement en question!

Dans son portefeuille: "Il contient de nombreuses cartes de paiement tant privées que de ma société , ma carte d’identité, ma carte d’abonnement à Drive Now, ma carte d’assurance assistance et le numéro de mon contrat car je veux être sûr de l’avoir où que j’aille c’est une petite phobie. Quelques cartes Chronostock évidemment. Je n’ai par contre aucune carte de fidélité. Un peu de monnaie pour les parkings. Pas d’argent liquide: je le mets dans une autre poche, à l’ancienne…" ©Dieter Telemans

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