interview

Jérôme Colin: "Ce qui me dérange, c'est qu'on a accepté l'idée que la vie était chère"

©Dieter Telemans

43 ans/Journaliste/Animateur de l’émission "Entrez sans frapper" sur La Première et de "Hep Taxi!" sur La Deux/ Écrivain/Vient de publier son deuxième roman "Le champ de bataille"/Pensait ne rien avoir à dire sur l’argent ni sur ses finances personnelles/En fait, si.

Quels sont les comportements liés à l’argent qui vous insupportent?

Pratiquement tous. Le rapport des gens avec l’argent me met mal à l’aise, particulièrement s’ils en ont trop. La division sociale basée sur la différence "tu as de l’argent ou tu n’en as pas" me fait hurler. Pourquoi pas la culture générale ou simplement la bonté d’âme?

Vos impôts sont-ils bien dépensés?

"Je n’ai pas de portefeuille. Normalement, j’ai ma carte de banque dans ma poche, et mes clés de voiture. Mes papiers sont chez moi avec mon passeport. Je n’ai aucune application financière sur mon téléphone et je ne fais donc aucun paiement avec."
Jérôme Colin

Je ne peux pas répondre. L’enseignement devrait sans doute être plus financé, quand on voit son état. Mais est-ce une question d’argent ou de mentalité?

De manière générale, la confiance que l’on a envers les gens qui gèrent le budget est entachée, avec les affaires en cours. Quand on se fait élire, on a une obligation absolue d’être digne de cette confiance. Le contrat n’est pas rempli par tous.

Le prix de certaines choses vous étonne-t-il?

Les biens de première nécessité sont trop chers: se chauffer, avoir accès à l’eau, se loger… Quand on voit le salaire moyen et le coût des loyers, c’est indécent.

©Dieter Telemans

Mais en fait, je trouve que tout est trop cher. Des Nike à 170 euros? On sait où et dans quelles conditions sont produites les baskets. Mais c’est devenu une normalité. Cela handicape ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter à leurs enfants, et cela creuse l’inégalité sociale dans les cours de récré. Mais je ne suis pas opposé au monde dans lequel je vis. J’accepte d’en acheter à mes enfants, mais je leur explique les conditions de production, que ce prix sert à financer le marketing, etc.

Avez-vous des passions coûteuses?

La guitare. C’est un vrai caprice d’enfant. Et aussi les voyages, qui sont, à part l’amour et les enfants, une des seules raisons d’être en vie. J’ai une faiblesse totale sur les billets d’avion, même s’ils sont chers. J’ai déjà fait des folies en matière de voyage. Nos indignations sont souvent sélectives…

Qui gère le budget dans votre famille?

Au moment où je vous parle, je ne sais pas combien il y a sur mon compte en banque. C’est ma femme qui gère très clairement l’argent. Cela doit faire dix ans que je n’ai pas vu un extrait de compte. Ma femme me dit "attention, il n’y a plus grand-chose" ou bien "là, ça va" et ça me suffit. Je ne paie pas les factures, sinon je m’indignerais tout le temps…

Mais même si je ne gère pas les questions d’argent dans la famille, je me sens responsable de faire rentrer l’argent à la maison, ce n’est pas pareil.

Si vous deviez réduire vos dépenses, que sacrifieriez-vous?

On a le luxe anti-écolo d’habiter à la campagne et de venir travailler à Bruxelles en voiture. S’il fallait couper dans les dépenses, ce serait sur la mobilité. On déménagerait à Bruxelles et on n’aurait plus deux voitures.

Êtes-vous adepte de l’économie collaborative?

On est abonnés aux services de streaming, comme Apple Music. Je n’achète plus de CD, car je suis sûr de ne plus jamais aimer un disque autant que ceux qui sont dans mon bureau. L’abonnement au streaming musical, c’est une des seules choses pour lesquelles je donne 15 euros sans avoir l’impression de me faire entuber. Un café à 2,60 euros, ça m’énerve. Mais je le paie, je ne suis pas radin. Ce qui me dérange, c’est qu’on a accepté l’idée que la vie était chère. C’est trop tard…

Quel objet ne vendriez-vous jamais?

Des livres ou des vinyles dédicacés. On pourrait m’en donner beaucoup d’argent, je ne les vendrais pour rien au monde. Par exemple un vinyle dédicacé de David Bowie. C’est un trésor qui n’est pas exposé, il est là, rangé parmi les autres. J’adore simplement le fait de savoir que ces objets sont là.

Quelle est votre idée du luxe?

Ne pas devoir avoir affaire à l’argent. Ne pas devoir s’en occuper. Les questions d’argent ne m’excitent pas. Ce qui m’intéresse, c’est regarder des films, lire des livres…

En 5 chiffres

- 20 "La note sur laquelle on cote les enfants. Cela m’insupporte. La cote comme unique valeur de qualité ou de réussite, c’est d’un autre temps."

- 1974. "L’année de ma naissance."

- 1982. "Le nombre de kilomètres entre ici et un petit village des Pouilles, Ceglie Messapica, où l’on va souvent."

- 2 "Je viens de publier mon deuxième roman, ‘Le champ de bataille’."

- 3 "J’ai trois enfants.C’est la dépense la plus intelligente que j’ai faite dans ma vie."

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