interview

Opaline Meunier: "Je me sens totalement déconnectée des coûts et habitudes de consommation des bobos"

©Anthony Dehez

25 ans/Ex présidente du mouvement étudiant Unécof/A mené des combats médiatisés contre la grève de la SNCB en période d’examens, les quotas INAMI pour les étudiants en médecine, la réforme des bourses d’études /Titulaire d’un bac de Droit/Fait un Master en Sciences politiques à l’UCL Mons/Entrée au cdH en 2017 (déléguée générale à la société civile)/ A perdu ce job quand elle a rejoint en 2018 la liste "Mons en mieux" de G-L Bouchez/Membre du mouvement E-change.

Estimez-vous être bien préparée pour gérer vos finances personnelles?

Pas du tout! C’est un échec complet de l’enseignement. L’économie est un cours à options. Il n’est pas normal d’être obligé de choisir entre ça et les déclinaisons latines! À 18 ans la moitié des jeunes sont sur le marché de l’emploi et n’ont aucune idée de ce qu’est la TVA ou une déclaration d’impôt (maman remplit la mienne). C’est une question de responsabilité citoyenne: quand on sait de quoi il s’agit, on s’interroge sur l’usage qui est fait de cet argent.

Avez-vous fait des petits jobs?

Toujours. A 13 ans comme jeune fille au pair dans une famille néerlandophone à Vilvorde. J’ai aussi vendu des frites, fait du soutien scolaire, servi dans un resto et travaillé au SIEP. Je me suis sentie utile et fière de ne plus être "juste" étudiante. Le travail est une valeur essentielle à mes yeux.

"Je suis plutôt au stade où j’attends des conseils financiers… Comme j’ai perdu mon job, je dirais aux jeunes d’économiser tant qu’ils ont un salaire car on ne sait jamais de quoi demain sera fait…"
Le conseil

Pour quel type de choses dépensez-vous facilement?

Ado, comme je n’avais ni télé ni ordi dans ma chambre, j’ai donc pris l’habitude d’accumuler des livres achetés à 50 cents ou 1 euro chez Pêle-Mêle que je n’ai pas toujours le temps de lire. Par contre je ne donne jamais un euro pour la technologie si ce n’est pas nécessaire. J’ai un iPhone mais je n’en achèterai pas un nouveau avant qu’il soit mort!

Avez-vous une collection?

Pas à proprement parler. On se moque souvent de moi car j’ai un stock invraisemblable d’articles de papeterie neufs: fluos, feuilles, fardes, enveloppes, signataires…

En 5 chiffres
  • 2: "J’ai passé deux ans à la tête de l’Unecof.Une expérience dingue.J’y ai appris en accéléré. Du jour au lendemain, je suis devenue une personnalité médiatique, j’ai donné des conférences de presse, négocié avec le gouvernement alors que la ‘veille’, je glandais sur Netflix. Il faut avoir l’estomac bien accroché."
  • 15: "Le nombre d’années où j’ai vécu et étudié dans la base militaire du Shape.Toute ma vie sur 200 ha entourés de barbelés avec la police militaire à l’entrée.À l’intérieur, une petite ville quasi normale avec centre commercial, ciné, bowling, bibliothèque, hôpital, salles de sport, écoles…. mais entourée de grillages."
  • 7034: "Le code postal d’Obourg, village de Mons où j’ai emménagé avec mon père quand on a quitté le Shape. Cela a souvent été mon refuge ces dernières années quand la vie politique devenait trop dingue."
  • 25: "Mon âge.Ma principale singularité en politique, c’est cet âge et les codes de ma génération (internet).Nous sommes épris de liberté, baignés dans l’immédiateté de l’info.Une communication plus directe, moins formatée.Certaines habitudes politiques d’un autre âge me choquent, comme le sexisme ‘admis’."
  • 13: "L’âge de mon petit frère.Il est une part essentielle de ma vie et passera toujours avant tout (le monde).Je suis une grande sœur gaga, même s’il grandit.Il râle quand je l’appelle ‘bébé’."

Des choses qui vous paraissent vraiment trop chères ou pas assez chères?

Les médicaments! On les achète par nécessité, pas par plaisir. 20 euros pour un spray nasal et des antidouleurs c’est exorbitant. À l’inverse, je m’interroge sur le billet d’avion à 15 euros. C’est sympa pour ceux qui, sinon, ne voyageraient pas. Mais ce n’est pas comme ça qu’on influencera le comportement des consommateurs. Quand je le peux, je privilégie le train.

Si vous deviez réduire votre train de vie, à quoi renonceriez-vous?

Le budget est serré, il n’y a pas grand-chose à couper! Notre grand plaisir c’est d’aller au resto, notamment quand on a quelque chose à fêter. C’est le seul poste un peu superflu. Et on part assez peu en vacances. Un city-trip par an et une semaine à la mer.

Le prix d’une chose que vous achetiez quand vous étiez enfant?

Quand on sortait de l’école, je me souviens que le paquet de frites était au même prix que le ticket de bus TEC Next: 1,20 euro. Aujourd’hui, il est à 2,50 euros.

Des attitudes liées à l’argent qui vous insupportent?

C’est peut-être une question de classe sociale… Ma mère était femme de ménage et mon père sous-officier dans l’armée. On n’a jamais roulé sur l’or. Je me sens par exemple pas du tout concernée par les habitudes et coûts de consommation des "bobos bruxellois"! Cette culture ne me parle absolument pas. Je m’en moque gentiment.

Êtes-vous adepte de l’économie de partage?

N’ayant ni permis ni voiture, j’utilise notamment Blabla Car. Posséder une voiture qui est inutilisée la plupart du temps est une ineptie. Les voitures partagées, c’est la solution d’avenir, surtout à Bruxelles où on peut faire 80% de ses déplacements en transports en commun. Évidemment, on ne peut pas ramener son meuble Ikea avec la STIB (rires). Pour ça il y a Cambio.

Où faites-vous vos courses?

Je suis rarement chez moi avant 22 heures. Donc je fais mes courses le samedi avec mon compagnon, chez Colruyt (il préfère) ou chez Aldi (je préfère), ça dépend qui "gagne". J’achète très peu et en dernier ressort sur internet. Quand le prix y est très avantageux ou si je ne trouve pas l’objet en magasin. J’ai une Mastercard depuis 4 mois. Avant, impossible d’acheter en ligne.

Que rêviez-vous de faire avec votre premier salaire (du cdH)?

Comme je suis très branchée achats utiles, j’ai acheté ce dont j’avais le plus besoin et envie depuis longtemps: de nouveaux meubles pour ma chambre (certains dataient encore de mon enfance).

Dans son portefeuille: "Celui que j’utilise quotidiennement est un chat rose. Il contient une carte de banque, ma carte d’identité, des échantillons de parfum, des photos et des vieux tickets au cas où je devrais fournir des justificatifs. Très peu de monnaie et de cash: juste de quoi payer à une fête de village ou en soirée où les cartes ne sont pas acceptées. Je n’ai pas de carte de fidélité je n’aime pas sauf quelques-unes qu’on m’a fourguées ‘de force’." ©Anthony Dehez

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