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Quelle énergie privilégier pour se chauffer?

La hausse de la TVA sur le prix de l’électricité va avoir un impact considérable sur la facture de chauffage de ceux qui ont installé une pompe à chaleur et qui n’ont que cette énergie pour se chauffer. Pellets, mazout, gaz, panneaux solaires… Nous vous aidons à choisir la meilleure option pour vous chauffer dans les années à venir.
©Photo News

Jusqu’à 1.000 euros! D’après André Jurres, un spécialiste de l’énergie, interviewé par le quotidien De Morgen, c’est le montant que les ménages qui ont investi dans une pompe à chaleur devront débourser en plus chaque année pour compenser la hausse du prix de l’électricité. C’est quatre fois plus qu’un ménage moyen qui se chauffe au gaz ou au mazout par exemple. Vu comme cela, la pompe à chaleur ne semble plus être un bon investissement pour se chauffer. Surtout que le passage de la TVA sur l’électricité de 6 à 21% n’est pas la seule augmentation déjà actée à venir (voir infra).

En revanche, les ménages qui ont fait le choix du mazout et des pellets se frottent les mains. Le prix du gasoil de chauffage n’arrête pas de diminuer. Depuis hier, la commande de moins de 2.000 litres de mazout peut se faire au prix maximum de 0,58 euro par litre. Une commande de 1.000 litres revient donc à moins de 600 euros. C’est quasi 400 euros de moins qu’en 2012 quand le litre de mazout avait presque atteint la barre d’un euro.

Côté bois, le pellet a clairement le vent en poupe. Il faut dire que par unité d’énergie disponible (kWh), le pellet fournit l’une des énergies les moins chères du marché. D’ailleurs, pour Eugène Bays, de l’Office économique wallon du bois, "c’est cet aspect économique qui explique en partie la hausse de la consommation de bois énergie": en 2013, les ménages wallons ont consommé près de 600.000 tonnes de bois bûche et 120.000 tonnes de pellets.

Cependant, il n’y a pas de quoi être euphorique. Tous les experts s’accordent à dire que le prix du baril de pétrole ne pourra pas rester longtemps sous le seuil des 50 dollars. Sans entrer dans les détails, la plupart d’entre eux s’accordent sur une remontée et une stabilisation du cours aux alentours de 80 dollars le baril dans les mois à venir. À bon entendeur: c’est donc le moment de remplir les cuves à mazout en prévision de cet hiver.

Quant aux pellets, ce ne serait finalement pas une solution idéale pour se chauffer à plus long terme. "Le prix de cette énergie ne va faire qu’augmenter à long terme car l’offre est inélastique", explique Damien Ernst, professeur en électromécanique de l’Université de Liège. "En effet, pour pouvoir satisfaire un marché de pellets toujours plus important, il faudra énormément de surfaces boisées."

Un avis partagé par les experts en énergie de Test-Achats: "Nous restons prudents et nous ne conseillons pas de manière inconditionnelle les systèmes à pellets, même en cas de consommation élevée, car ce marché risque d’être perturbé en cas de demande massive. Rien ne garantit donc que ces granulés de bois continueront à être la solution la moins chère."

Finalement, ceux qui ont opté pour le gaz (51% des ménages) semblent être les mieux lotis. Le prix de cette énergie est traditionnellement plus stable et moins cher que le mazout. Amortissements et entretien annuels compris, c’est d’ailleurs le système de chauffage central qui coûte le moins cher (voir tableau comparatif). Par exemple, à production annuelle d’énergie équivalente, cette énergie revient à 530 euros de moins que le mazout.

©BELGA

En outre, la hausse de la TVA sur l’électricité n’aura pas d’impact conséquent sur le fonctionnement d’une chaudière au gaz. Une dizaine d’euros par an tout au plus. Ce qui est aussi le cas pour les autres chaudières (mazout et pellets).

Pourtant le gaz n’est peut-être pas "la" meilleure solution pour se chauffer à long terme. "La quantité de gaz qui circule dans les grandes villes est en diminution, prévient Damien Ernst. Comme les habitations sont de mieux en mieux isolées, elles sont moins gourmandes en énergie. Par conséquent, si la consommation diminue, les Gestionnaires de Réseau et de Distribution vont être contraints d’augmenter leur prix pour rentrer dans leurs frais."

L’opération en or

Avant de chercher la solution de chauffage la plus avantageuse, gardez à l’esprit qu’il n’est presque jamais intéressant de remplacer un système qui n’est pas encore amorti (voir encadré). Dès lors, le premier investissement à faire pour avoir chaud sans se ruiner, c’est d’isoler au maximum une habitation.

Pour ceux qui viennent d’acheter, qui construisent ou qui rénovent en profondeur un logement, la solution optimale serait quand même l’installation d’une pompe à chaleur, cumulée à un moyen qui lui permette de générer de l’électricité à bas prix. Et ce moyen, à régulation égale (c’est-à-dire à condition que l’État ne change pas une nouvelle fois les règles), c’est l’installation de panneaux photovoltaïques.

©Mediafin

Ceci dit, quel que soit le système de chauffage dont ils disposent, les ménages qui en ont les moyens ont tout intérêt à installer des panneaux photovoltaïques car les tarifs de l’électricité risquent bien de s’envoler dans les mois et les années à venir. Les intercommunales ont déjà prévenu qu’elles allaient répercuter leur assujettissement à l’impôt des sociétés sur leurs clients, tandis que la mesure d’octroi de kWh gratuits en Flandre disparaîtra l’année prochaine. En outre, la fin de vie programmée de nos centrales et leur remplacement auront aussi un coût.

"Il y a un an, le prix du mégawattheure (MWh) était d’environ 220 euros, rappelle Damien Ernst. Avec la hausse de la TVA et l’augmentation des tarifs de distribution, on arrivera aux alentours de 250 euros dans l’année qui vient. Et d’ici 2020, on sera probablement à près de 300 euros par MWh". Comme un ménage moyen consomme environ 4 MWh par an, cela fera une hausse de 200 euros sur la facture en seulement quatre années.

6.000€
C’est au minimum le coût d’une installation photovoltaïque de base qui produit 4.000 kWh/an.

Pour couvrir ses besoins en électricité, un ménage moyen a donc annuellement besoin de 4.000 kWh, soit d’une installation photovoltaïque basique d’environ 6.000 à 7.000 euros, selon le professeur en électromécanique. "Jusqu’ici une telle installation était amortie sur 7 ans. Mais avec les hausses prévues du prix de l’électricité, l’amortissement pourrait être bien plus rapide."

Également convaincu du bien-fondé de l’installation de panneaux photovoltaïques, Test-Achats organise jusqu’au 31 août un achat groupé. "Le rendement d’une installation exposée plein sud ayant coûté environ 1.600 euros par kilowatt-crête peut atteindre 7% à Bruxelles (grâce entre autres, aux certificats verts) et 6% en Wallonie (avec les primes Qualiwatt). En Flandre, il sera tout au plus de 2% dans des conditions favorables, à cause de la redevance réseau due depuis le 1er juillet 2015. Les installations moins bien orientées seront donc plus difficilement rentables. Mais si le prix de l’installation diminue, par exemple via un achat groupé, le rendement peut augmenter."

Ce type d’installation se compose essentiellement de trois éléments:

· les câbles électriques dont la durée de vie est de 50 ans;

· l’onduleur qu’il faut remplacer après 10 à 12 ans de service, mais d’années en années les prix diminuent tandis que le rendement augmente;

· et enfin les panneaux qui, après 20 ans, perdent un peu de leur rendement. La perte annuelle est tellement faible, selon Damien Ernst, qu’il est même parfois difficile de la mesurer. Donc, on pourrait sans problème tenir 30 à 40 ans avec une même installation.

Si vous installez des panneaux solaires, vous devez informer l’assureur chez qui vous avez souscrit une assurance incendie. Selon Assuralia, "dans la plupart des cas, cette installation ne donnera pas lieu à une majoration de prime, mais tout changement qui entraîne une modification de la valeur de l’habitation doit systématiquement être signalé à l’assureur."

Quid en cas de tempête ou de grêle?

"Les panneaux solaires de bonne qualité résistent aux petits impacts, explique Assuralia. Si vous constatez malgré tout des dégâts, vous pouvez bénéficier d’une indemnisation par le biais de votre assurance incendie. C’est alors que l’on se rend compte à quel point il est important d’avoir signalé que l’on a fait installer des panneaux solaires."

Notez qu’il ne serait pas impossible que les différents mécanismes de subsides disparaissent assez rapidement, vu que, comme l’a signalé Damien Ernst, le temps de retour sur investissement diminuera chaque fois que le prix de l’électricité augmentera. Par exemple, Qualiwatt permet d’avoir un temps de retour sur investissement de 7 ans. Mais sans subsides, ce temps de retour sera bientôt de 6 ans et d’ici 2020 il sera inférieur à 5 ans, selon les estimations des Damien Ernst. C’est donc tout bénéfice pour celui qui investit aujourd’hui dans le photovoltaïque, vu qu’il peut encore bénéficier de ces subsides.

Effets pervers

Si davantage de ménages installent des panneaux photovoltaïques suite à l’augmentation des prix de l’électricité, il y a fort à parier que cette énergie deviendra encore plus chère à l’avenir pour le reste des ménages qui n’ont soit pas les moyens d’investir, soit pas l’infrastructure disponible pour en installer (notamment parce qu’ils sont locataires). En effet, les coûts fixes d’entretien du réseau seront répartis sur moins de ménage.

"De plus, chaque fois que les prix de l’électricité augmenteront, le nombre de clients protégés augmentera également, prévient Damien Ernst. Ces clients qui n’ont pas les moyens de payer leur facture d’électricité peuvent consommer une certaine quantité d’électricité à charge du réseau. Ce dernier va donc répercuter le coût sur ses autres clients qui verront les prix augmenter une nouvelle fois. C’est une spirale sans fin. Autrement dit, l’investissement par un ménage dans le photovoltaïque, c’est une taxe additionnelle sur l’électricité pour un ménage qui ne peut pas installer de panneaux." Pour Damien Ernst, le cadre régulatoire est donc intenable à long terme car il risque d’accentuer fortement les inégalités. "Une crise est en train de se créer et personne n’en discute ouvertement. On la laisse s’accentuer."

Conclusion

La seule incertitude actuelle, c’est le comportement futur de l’État. S’il promettait de ne plus changer les règles du jeu et de ne pas taxer un jour les panneaux photovoltaïques, le meilleur investissement à faire actuellement serait celui des panneaux photovoltaïques, peu importe le système de chauffage existant ou à faire installer.

Ensuite, l’option la plus intéressante pour se chauffer serait celle de la pompe à chaleur. Le gaz arrive en second choix. "D’ici 5 à 10 ans, le mazout sera plus cher et à tous les coups les pellets, c’est le mauvais plan", conclut-il.

Test-Achats recommande de ne pas changer de système de chauffage sur un coup de tête sous prétexte qu’il existe des installations moins gourmandes. Sauf si votre logement est chauffé à l’électricité et qu’il est mal isolé. "Une installation de chauffage s’amortit généralement sur plus de 20 ans. Si vous passez du mazout au gaz naturel après 10 ans, vous aurez payé une chaudière et une cuve qui ne sont pas encore amorties et qui deviennent subitement inutiles. Même si vous économisez 250 euros par an sur votre consommation, les 10.000 euros investis dans une nouvelle installation ne seront pas faciles à récupérer."

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