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4 solutions pour rentabiliser votre épargne

©Ã‚© Roy Botterell/CORBIS

Aujourd’hui, le bon vieux livret d’épargne vous fait perdre de l’argent. Pour faire fructifier vos économies, vous devrez prendre des risques et tester d’autres produits: épargne progressive en fonds, fonds de placement, assurance-vie, obligations "high yield"…

La combinaison de taux d’intérêt désespérément anémiques et d’inflation est mortelle pour les économies placées sur un livret. Celui qui veut épargner ne doit donc surtout plus penser en priorité au compte d’épargne, et celui qui y a déjà amassé un petit magot a tout intérêt à lui trouver une autre affectation. Vu les 270 milliards d’euros qui y trouvent toujours refuge, on peut supposer qu’il y a beaucoup d’épargnants à secouer…

Contexte

Si les gens sont un peu perdus, c’est que le contexte est totalement inédit et chamboule nos certitudes, résume Corentin Minne, Founding Partner chez Pareto. "En Europe, le nombre de pays qui ont un taux à 10 ans négatif est énorme. Allemagne, France, Belgique. Une aubaine pour les gouvernements qui empruntent à taux négatif, mais cela se traduit en fait par une taxation sur l’épargne. Cette réalité est encore vaguement occultée par le fait que l’État belge oblige les banques à garantir le capital et un taux minimum de 0,11% sur les comptes d’épargne ou à vue…. Mais pour combien de temps? C’est une réalité artificielle par rapport à la dure réalité des taux négatifs que les professionnels affrontent depuis longtemps. Mais dès lors que les petits épargnants envisagent des alternatives, ils entrent dans la même réalité que les gestionnaires."

L’époque où on pouvait gagner de l’argent sans prendre de risque est révolue. Désormais, il faut avoir du temps devant soi et accepter qu’à un moment ou l’autre, cela va (fortement) chuter.
Corentin Minne
Co-founder, Pareto

Le prix de l’apparent confort ronronnant du compte d’épargne, c’est tout simplement perdre de l’argent. La quasi totalité des banques n’offre déjà plus que le minimum légal. Les plus généreuses affichent du 0,55% (taux de base + prime de fidélité), ce qui ne compense plus l’inflation, pourtant retombée en septembre à 0,8%, son plus bas niveau en 4 ans. Il est donc grand temps de se bouger et de couper le cordon avec le bon vieux livret.

Changer ses habitudes

Mais la confrontation est souvent rude. "Il faut intégrer l’idée que l’époque où on pouvait gagner de l’argent sans prendre de risques est révolue. Désormais, il faut avoir du temps devant soi et accepter qu’à un moment ou l’autre, les avoirs vont (fortement) chuter. Et plus on raisonne à court terme, plus il est compliqué d’obtenir du rendement", résume Corentin Minne. Cette façon d’envisager l’investissement perturbe notamment les plus âgés, qui ont du mal à se projeter 10 ans plus tard.

Il faut cependant rassurer aussi. "Lorsqu’on sonde les gens, on s’aperçoit qu’ils ne sont en fait pas si conservateurs que cela!, commente Nicolas Cellières, fondateur d’Optivy. Ils veulent qu’une partie de leur épargne ‘de sécurité’ soit totalement protégée, mais ils disposent souvent d’une marge de cash surpondérée, qui devrait être valorisée. Leur inertie et leurs réticences s’expliquent largement par le fait qu’ils ont plus souvent affaire à des vendeurs de produits qu’à de véritables conseillers…". La peur de se voir fourguer un produit auquel on ne comprend rien n’a donc pas disparu…

Nicolas Cellières recommande de commencer par procéder à une analyse globale du patrimoine. "Le client dispose ainsi d’une vue d’ensemble qui lui permet d’y voir clair et d’être rassuré par rapport aux décisions et risques qu’il peut prendre".

Pas inutile, le compte d’épargne

Même s’il est (momentanément?) devenu obsolète, le compte d’épargne n’en conserve pas moins sa vocation première. A savoir, abriter une épargne de précaution, directement disponible, même si mal rémunérée. On a en effet coutume de dire qu’il faut idéalement disposer d’un matelas de sécurité équivalent à 3 à 6 mois de salaire pour faire face aux imprévus. Certains économisent aussi progressivement en vue d’un gros achat, de vacances, etc. Et cet argent doit être totalement liquide. "Donc oui, il faut conserver un livret pour y loger cette épargne de sécurité", assure Nicolas Cellières.

4 alternatives

Ceux qui peuvent se permettre d'immobiliser leur épargne pendant un certain temps ont différentes options face à eux pour la faire fructifier. En voici quatre. 

1. Les plans d’épargne progressive en fonds

Les plans d’épargne progressive en fonds ont réalisé une percée spectaculaire ces dernières années et restent évidemment à l’ordre du jour. Tous les organismes financiers en proposent désormais.

©Photo News

Ces plans fonctionnent ainsi: on verse périodiquement un montant déterminé avec lequel on acquiert une part dans un fonds. "Ces formules sont, pour la plupart, accessibles à partir de 40 ou 50 euros par mois", ce qui cible assez parfaitement les besoins des adeptes du bon vieux livret.

Il faut cependant savoir qu’avec ce type de produit, "l’investisseur sera souvent cantonné au seul fonds proposé par sa banque", prévient Corentin Minne, estimant qu’il y a moyen de faire mieux. Par exemple "en optant pour le même type de formule, mais via un contrat d’assurance", suggère Corentin Minne. Ou en s’adressant à un établissement qui pratique l’architecture ouverte. Comprenez, qui propose des fonds d’autres banques et marques.

2. Le contrat d’assurance-vie

Nicolas Cellières oriente volontiers ses clients vers une structure assurancielle. "Ils ont alors le choix d’abriter leur épargne au sein de la branche 21 (capital garanti) et/ou de la branche 23 (fonds d’investissements)".

Un contrat d’assurance présente aussi l’avantage d’ouvrir l’accès à une architecture ouverte. "Une flexibilité appréciable. On peut ainsi limiter le risque en panachant: 30% de la somme ou la moitié, par exemple, pourront être investis dans un placement garanti, alors que le reste sera davantage exposé", explique Corentin Minne.

L’assurance-vie bénéficie d’une fiscalité attractive puisqu’elle n’est soumise ni au précompte mobilier (pour autant que le contrat soit maintenu plus de 8 ans) ni à la TOB (taxe sur les opérations de bourse), ni à la taxe sur les comptes-titres. Et, cerise sur le gâteau, elle autorise à déroger à la dévolution successorale, via l’attribution bénéficiaire. Les versements dans ce produit sont toutefois soumis à une taxe de 2%. Il faut également être conscient que la rentabilité d’un tel placement sera limitée à 1 ou 1,5%, voire 2%.

3. Les obligations à haut rendement ("High Yield")

Actuellement en Europe, près de 40% des obligations affichent des rendements négatifs. Parmi celles qui affichent encore un taux positif, certaines proposent même un rendement très élevé. Ces obligations sont émises par des entreprises moins bien notées sur le marché car (très) fort endettées. Afin de compenser le risque, elles sont donc contraintes d’offrir des intérêts très attractifs pour attirer des créanciers.

"Prenons le cas de CMA CGM, numéro trois mondial du transport maritime par conteneurs. Sur papier, son obligation est très attractive avec un coupon de 7,5%! Elle arrive à terme en janvier 2021 et peut être achetée aujourd’hui à 80% de sa valeur nominale. Une décote motivée par les craintes quant à la capacité de remboursement. Même s’il y a beaucoup de chances que ces peurs se révèlent infondées, il faut en tenir compte. Entre-temps, la valeur de l’obligation risque aussi de diminuer… Le contexte géopolitique actuel est ‘simplement’ défavorable au transport maritime et fait les choux gras des spéculateurs. Mais il arrive que les mouvements spéculatifs obéissent à des justifications très objectives: défauts de paiement, faillites, restructurations", explique Corentin Minne.

Selon lui, on peut ainsi considérer que 3 à 4% des obligations à haut rendement ne vont pas honorer le remboursement à terme. "Cela peut se révéler très douloureux pour celui qui a acheté un produit à capital garanti et qui découvre que ce n’est pas le cas… Et si le risque de faillite est peu probable, une (forte) baisse du cours de l’obligation en chemin est quasi assurée. En cas de rachat anticipé, c’est très problématique".

Bref, des produits à ne pas mettre dans toutes les mains et que Deutsche Bank, par exemple, intègre dans une approche plus large (lire plus loin).

4. Les fonds de placement

Corentin Minne estime que ce sont les fonds de placement mixtes qui offrent le meilleur ratio risque-rendement. "Les gestionnaires bénéficient d’une certaine latitude pour moduler la part des actions selon les circonstances de marché. Année après année, les meilleurs fonds défensifs offrent un rendement compris entre 2 et 3% et les plus dynamiques grimpent jusqu’à 6 ou 7%", constate-t-il.

Toutefois, pour ne pas se retrouver piégé dans une configuration à peine plus productive que le livret, il faut éviter d’adopter une posture trop timorée. "Les gestionnaires des fonds trop défensifs sont coincés puisqu’ils sont obligés de placer 60 à 70% de leurs avoirs dans des produits dont on sait qu’ils ne rapporteront rien", avertit Corentin Minne. Lequel ajoute qu’avec des fonds, "il faut être conscient qu’on a 75% de chances, après 6 à 18 mois, de se retrouver sous sa mise de départ…". Il faut donc avoir au minimum 2 ou 3 ans devant soi et idéalement 5 ans.

Sur l’échelle de risque, les premiers produits présentant un rapport risque/return acceptable sont les fonds.
Wim D’Haese
Head of Investment advice chez Deutsche bank

Chez Deutsche Bank, les fonds se sont imposés comme étant la meilleure alternative au compte d’épargne sur la base d’une analyse risque/return, dans le respect du profil de l’épargnant de base. Ont ainsi successivement été mis hors course, outre le cash bien sûr, la branche 21 "qui bénéficie de la même protection de 100.000 euros mais ne rapporte rien non plus", les obligations d’État "qui en Europe donnent en général des rendements négatifs pour des maturités de moins de 5 ans (sauf l’Italie et la Grèce)", les obligations d’entreprises "qui dans l’ensemble rapportent en moyenne 0,4%" et les produits structurés "où il faut opter pour des maturités très longues, de 10 ans, pour une protection de 100%", détaille Wim D’Haese, Head of Investment Advice. "Un peu plus loin sur l’échelle de risque, on trouve les obligations ‘high yield’, mais s’agissant de ce type de produit, nous préconisons d’y investir d’une autre manière (lire Fonds mixtes flexibles income generating)".

Dans les conditions de marché actuelles, les premiers produits présentant un rapport risque/return "acceptable" sont les suivants:

  • Les fonds mixtes flexibles défensifs. Ces fonds qui comportent un maximum de 20 à 25% d’actions orientent leur recherche de rendement aussi bien vers le segment "equity" que vers le segment obligataire (high yields compris). "L’avantage pour le gestionnaire, c’est que le fonds est souvent assez grand et bien diversifié. Car plus on recherche du rendement et plus on vise le risque, plus il faut diversifier. La flexibilité est également déterminante sachant que l’objectif visé est la gestion du risque pour limiter les pertes potentielles". Évidemment, il ne faut pas espérer du 10% par an…
  • Les produits structurés à 90% capital protégé. "Le fait de renoncer à la protection de capital absolue en abandonnant 10% de sécurité donne un effet de levier assez conséquent permettant d’augmenter le potentiel de rendement. On peut déjà proposer d’intéressantes solutions à 90% de protection du capital, avec une maturité de seulement 5 ans".
  • Et si l’on monte encore un peu plus sur l’échelle de risque… Les fonds mixtes flexibles income generating. "Ces fonds conçus pour distribuer un coupon attractif peuvent piocher aussi bien dans la poche obligataire que dans la poche actions, parmi les meilleurs actifs. En moyenne, nos fonds réalisent un tiers de leurs investissements dans le high yield. Par contre, ils ne sont pas centrés sur la gestion du risque et peuvent dès lors subir de plus conséquentes variations"
Et les actions alors?

Il n’est pas forcément recommandé pour un petit épargnant novice de se lancer à titre individuel dans l’achat d’actions. Il faut en effet s’y connaître un minimum, avoir le temps et l’envie de suivre ses investissements, diversifier ses achats, entrer sur le marché à un moment favorable et surtout, ne pas perdre les pédales ni s’enflammer en cas de fortes fluctuations.

Certes. Mais contrairement au reste du marché, "du côté des actions, il n’y a rien de nouveau sous le soleil! Depuis ‘la nuit des temps’, les actions sont volatiles, elles montent et descendent… et sont in fine les placements les plus rentables…", conclut Corentin Minne.

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