Comment investir dans les trackers, ces suiveurs de la Bourse?

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Avec des flux entrants record de 630 milliards de dollars l’an dernier, les trackers, ou ETF, attirent les regards. Mais ce n’est pas parce qu’ils suivent comme leur ombre certains actifs ou indices que cela vous dispense de votre devoir de vigilance. Un aperçu des principaux critères qui vous permettront de miser sur le bon fonds.

ETF, pour Exchange Traded Fund, ou tracker. Ces différents termes désignent tous un instrument coté en Bourse qui suit ou réplique certains actifs (par ex. des matières premières) ou un indice boursier, sans gestion active. D’où aussi leur appellation d’investissement passif. "Les ETF se distinguent des fonds indiciels traditionnels en ceci qu’ils sont cotés en Bourse et de ce fait négociables sur base quotidienne, alors que les fonds ne sont pas cotés", explique Charles Symons, de BlackRock. Avec sa gamme iShare, le gestionnaire de patrimoine américain est le leader mondial du marché des trackers.

Pour Damien Cadillon, de Lyxor - surtout connue en Belgique comme étant la seule société de gestion de fonds à proposer un ETF calqué sur le Bel20 - les trackers présentent un double avantage: "Du fait que vous suivez un indice, votre investissement est automatiquement diversifié. Par ailleurs, c’est un instrument relativement liquide, puisqu’il est coté en Bourse, à l’instar des actions."

D’après les chiffres de BlackRock, les trackers ont attiré l’an dernier - tous marchés confondus - un montant record de 630 milliards de dollars, ce qui porte la somme totale investie en trackers à près de 5.000 milliards de dollars. "En 2016, les investissements passifs ont pour la première fois attiré plus d’argent en Europe que les fonds gérés activement, souligne Damien Cadillon. Et les flux entrants ont atteint un nouveau record en 2017". Cette année est un peu plus mitigée par contre, en raison de l’actuelle fluctuation des cours de Bourse.

D’après une enquête de BlackRock, les trackers sont surtout populaires aux États-Unis, où un investisseur sur trois détient des ETF en portefeuille. Mais l’Europe n’est pas en reste et gagne du terrain.

Cette popularité s’explique notamment par les frais peu élevés des trackers. Dans un environnement de taux bas, où les investissements à rendement fixe rapportent peu, chaque cent compte. Les recherches ont également montré qu’à long terme, les fonds gérés activement arrivaient rarement à faire mieux que leur benchmark. Dès lors, pourquoi les investisseurs paieraient-ils un gestionnaire s’il ne fait pas mieux que l’indice?

Hôtel 5 étoiles

"Il y aura toujours une demande pour des gestionnaires actifs, souligne Charles Symons. Nous remarquons que les clients constituent de plus en plus le noyau de leur portefeuille à partir d’instruments passifs, entourés de quelques satellites actifs. Ils donnent ainsi aux gestionnaires le temps et les moyens de surperformer. Mais ils doivent aussi être prêts à accepter une certaine volatilité."

"Lorsque la gestion active démontre clairement sa valeur ajoutée, nous recommandons des fonds", explique Knut Huys, spécialiste des fonds chez Deutsche Bank. "C’est notamment le cas sur des marchés moins efficients. Mais lorsque la gestion active est moins susceptible d’être performante, nous conseillons les trackers. Sur notre plateforme, les investisseurs ont le choix entre 480 ETF, parmi lesquels nous en recommandons sept. L’un n’empêche pas l’autre. Je compare cette situation aux touristes qui passent leurs vacances dans un hôtel 5 étoiles, mais volent avec Ryanair."

Conseil 1: Choisissez le bon indice

Investir passivement ne vous dispense pas d’être vigilant. Ne choisissez pas un indice les yeux fermés. "Ceux qui ont acheté un tracker MSCI Europe ont obtenu un rendement très différent de ceux qui ont opté pour un ETF EuroStoxx 50", explique Knut Huys. "Il faut aussi savoir que l’indice MSCI des marchés émergents inclut la Corée du Sud, contrairement au même indice FTSE", souligne Charles Symons. Au Japon, il existe ainsi de grandes différences entre les actions de grandes et de petites entreprises. "Avec un tracker small caps, soit la majorité des entreprises actives au Japon, vous misez sur le marché domestique. Avec les large caps, également actives à l’étranger, vous misez surtout sur la bonne santé du yen."

Conseil 2: Vérifiez si votre ETF réplique l’indice à 100%

Il existe deux types de trackers: physiques et synthétiques. Un tracker physique détient (du moins en grande partie) les actions sous-jacentes en portefeuille. Les trackers synthétiques, eux, travaillent avec des produits dérivés. "Avec les trackers synthétiques, vous êtes exposé au risque de contrepartie", explique Damien Cadillon. Dans ce cas, le rendement d’un indice sous-jacent est fourni par une autre partie, généralement une banque d’affaires. Celle-ci peut se retrouver en difficulté, ce qui aura bien entendu des conséquences sur votre investissement. "En travaillant avec des tiers, et donc en se diversifiant, les émetteurs limitent les risques", explique Charles Symons. "C’est une erreur aussi de penser qu’il n’y a pas de risque de contrepartie avec un tracker physique. Si l’ETF prête ses actions, le risque est bien réel", insiste Damien Cadillon. "Mais en cas de problème, l’ETF peur cesser l’emprunt, ce qui n’est pas aussi simple avec un swap qui accompagne un tracker synthétique", conclut Charles Symons.

"C’est une erreur de penser qu’il n’y a pas de risque de contrepartie avec un tracker physique."
Damien Cadillon
Gestionnaire chez Lyxor

Conseil 3: Sachez quelles taxes et commissions vous devez payer

Vous pouvez acheter vos trackers via votre banque ou votre courtier, tout comme vous le faites pour vos actions et vos fonds. Pour savoir si vous achetez réellement un tracker, il suffit de vérifier que l’acronyme ETF est mentionné dans le nom du produit. Par exemple, le tracker Bel20 (le panier des 20 principales actions de la Bourse de Bruxelles) de Lyxor est libellé Lyxor Bel 20 TR UCITS ETF.

Le nom du tracker indique aussi s’il s’agit de la version de distribution ou de capitalisation, en d’autres termes, si les coupons ou dividendes sont distribués ou réinvestis. C’est important d’un point de vue fiscal, notamment pour la taxe boursière (voir tableau) dont vous êtes redevable si vous achetez ou vendez un tracker.

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Autre élément déterminant le montant de cette taxe: le fait qu’un tracker soit ou non enregistré auprès de l’autorité de marché belge, la FSMA, ou de l’Espace Économique Européen. Les trackers enregistrés auprès de la FSMA peuvent être commercialisés activement. "Cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas acheter de trackers non enregistrés, mais l’émetteur ne peut pas faire de publicité pour son produit", explique Frank De Mol, analyste à L’Investisseur et auteur de la Bible des Fonds.

Taxe sur les comptes-titres

Si vous achetez des trackers, ils seront inscrits sur votre compte-titres. En d’autres termes, ils seront pris en considération pour le calcul de la taxe sur les comptes-titres. Pour rappel: ceux qui détiennent plus de 500.000 euros sur leur compte-titres paieront à partir de cette année une taxe de 0,15%.

"Tenez également compte de la taxe sur les dividendes", poursuit Frank De Mol. Avec des trackers irlandais et luxembourgeois  reconnaissables aux premières lettres de leur code ISIN  vous n’êtes pas soumis à la double taxation et ne payez donc que le précompte mobilier belge de 30%. N’oubliez pas non plus la "taxe Reynders" de 30% qui est due sur les trackers qui investissent au minimum 10% dans des titres à rendement fixe, comme les obligations.

Enfin, vous devrez vous acquitter des frais de transactions facturés par votre courtier ou votre banque. Ces frais varient en fonction de l’organisme financier, mais également de la Bourse où le tracker est coté et du montant de la transaction. Concrètement, "pour un ETF ou une obligation d’entreprise, il vous en coûtera de 6 à 7 points de base pour entrer ou sortir, contre 50 points de base pour un fonds classique, poursuit Charles Symons. La véritable valeur des trackers se mesure en cas de stress sur les marchés. Vu qu’un tracker est coté en Bourse, vous pouvez le vendre rapidement. Avec un fonds, votre ordre ne sera exécuté que lors du prochain calcul de la valeur d’inventaire."

Conseil 4: N’attendez pas de miracle

Tout comme les fonds, les trackers permettent d’investir de manière diversifiée avec de petits montants. "La plupart des trackers coûtent entre 5 et 200 dollars ou euros, explique Charles Symons. Il ne faut cependant pas s’attendre à des miracles. "Un tracker réplique un indice. Son rendement sera donc en ligne avec l’indice", précise Damien Cadillon.

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