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Branche 21, l'assurance souffre des taux bas

Les déboires d’Ethias avec le compte First montrent combien l’assurance-vie branche 21 devient un fardeau pour les assureurs, dans le contexte de taux bas. Certains ont pris les devants et barrent l’entrée dans ces produits.
©vince

Considérée comme une alternative au carnet de dépôt par les particuliers, l’assurance-vie branche 21 vit des heures difficiles à cause de la faiblesse des taux d’intérêt. Ce type d’assurance offre une protection de capital et un rendement garanti. Et c’est là où le bât blesse.

Devant la faiblesse du taux de référence pour ce type de produit, à savoir l’obligation linéaire belge à dix ans, certains assureurs ont été contraints de revoir le taux garanti. C’est le cas chez AG Insurance, qui a réduit son taux d’intérêt à 1% contre 1,25% au mois de septembre, pour tous les nouveaux versements. Ceci vaut aussi pour BNP Paribas et bpost, qui distribuent les produits d’AG Insurance.

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D’autres sont tentés de bloquer l’accès aux nouveaux contrats de branche 21. Chez AXA, depuis 2013 déjà, le particulier se voit rediriger vers un produit d’assurance-vie hybride, mêlant branche 21 et branche 23 (sans protection de capital, sans rendement garanti). Mais l’assureur laisse la possibilité à ses clients d’investir dans un produit à 100% en branche 21. Koen Depaemelaere, responsable Vie chez AXA, souligne qu’il existe encore une demande pour ces produits investis à 100% dans la branche 21. "Environ un client sur trois se trouve encore dans cette logique, relève-t-il. Ce sont des personnes qui investissaient dans les bons de caisse, assez âgées, et qui ont comme objectif de protéger leur capital."

Mais il précise que la majorité de la clientèle choisit désormais un mélange de branche 21 et branche 23, pour obtenir plus de rendement. "Les assureurs n’ont pas intérêt à empêcher de nouveaux contrats d’assurance branche 21, car il faut garder une présence sur le marché, souligne Bruno Colmant, professeur d’économie à l’UCL et à la Vlerick Management School. Ils ne peuvent pas faire peur aux gens qui restent assurés."

Le problème des taux bas

"A chaque nouveau client de la branche vie, l’assureur perd de l’argent", relevait récemment Georges Hübner, titulaire de la chair Deloitte à HEC/Liège, dans les colonnes du "Soir". Car aujourd’hui, avec un rendement de 0,64% pour l’obligation linéaire à dix ans, l’assureur ne peut se rémunérer sur un produit d’assurance branche 21. "À partir d’un taux à 0,70%, je dois déduire un coût de construction du produit, un coût de gestion et un coût commercial. Il ne reste plus rien à offrir au client", admet Koen Depaemelaere.

Mais sur le marché, des taux garantis de 1% existent encore. "Le monde des assurances est plus complexe. Quand nous recevons de l’argent de notre clientèle, nous pouvons l’investir dans les obligations linéaires mais aussi d’autres produits comme les obligations d’État d’autres pays fiables et des actions. Si ces placements ne fonctionnent pas, c’est le problème de l’assureur. Mais cela lui laisse de la marge", indique-t-il.

"Grâce à notre gestion de portefeuille diversifiée et active, nous recherchons sans cesse les meilleurs placements correspondant à un niveau de risque strictement déterminé. De la sorte, nous investissons les primes de nos clients non seulement en obligations d’Etat belges mais aussi entre autres en immobilier, en infrastructure, en prêts hypothécaires, en obligations d’entreprise, en obligations d’état du monde entier ainsi que de façon limitée en actions", relève Gerrit Feyaerts, porte-parole d’AG Insurance.

"Nous suivons cette stratégie d’investissement depuis de nombreuses années et celle-ci fonctionne: elle nous permet d’engendrer des rendements supérieurs au taux garanti offert aux clients ayant investi leur argent dans des assurances à taux garanti et d’en faire bénéficier ceux-ci en leur octroyant une participation bénéficiaire", ajoute-t-il.

Mais il admet que les conditions de marché sont devenues difficiles. Ce qui a poussé AG Insurance à revoir à la baisse ses taux garantis. Gerrit Feyaerts n’exclut pas d’autres baisses de taux.

©mediafin

Des anciens contrats trop généreux

Les taux garantis ont beau baisser sur les nouveaux versements dans les contrats d’assurance branche 21, les taux garantis dans le passé continuent à s’appliquer aux réserves constituées à l’époque. Dans le passé, AG Insurance avait notamment offert des taux de 4,75% et 3,25%. Les clients concernés continueront à en bénéficier jusqu’à la fin de leur contrat, pour la partie de leurs réserves qui était soumise à ces taux.

Ces taux très élevés des contrats émis avant 2009 posent de véritables problèmes à Ethias, dont le premier compte First offrait un rendement garanti à vie de 3,4%. Les comptes First, dont le premier de la gamme, pèsent pour 3,9 milliards d’euros dans les comptes de la compagnie d’assurance.

Ethias cherche à liquider ces contrats, mais la majorité reste toujours en cours. La Commission européenne lui avait imposé en 2009, suite à l’aide financière reçue pour ses déboires lors de la crise financière de 2007-2008, un vaste plan de restructuration, dont notamment la vente de son portefeuille d’assurance-vie.

Mais la compagnie d’assurances n’a jamais trouvé de repreneur. Et depuis 2009, le taux belge à dix ans a connu, comme le reste des obligations d’État de qualité dans la zone euro, une forte pression à la baisse, passant de 4,175% à 0,618% vendredi. Le rachat d’obligations d’État annoncé la semaine dernière par la Banque centrale européenne va continuer à maintenir ces taux obligataires à des très bas niveaux.

"La marge d’intérêt a très fort diminué sur les assurances-vie. Cela pose des questions existentielles sur le modèle."

Bruno Colmant
Professeur d’économie à l’UCL

"Le problème des taux d’intérêt tellement bas fait souffrir les assurances-vie. La marge d’intérêt a très fort diminué entre les intérêts sur placements et les intérêts payés à la clientèle. Cela pose des questions existentielles pour le modèle des assurances-vie", constate Bruno Colmant. Une solution pour lui au problème des taux bas que traverse l’assurance-vie repose sur un changement morphologique. "Une solution serait d’assortir les assurances-vie à d’autres assurances comme celles pour la dépendance des personnes ou les assurances médicales. Ce sont des produits plus complexes, qui offrent un service complet à l’assurance. On pourrait imaginer un contrat qui démarre à la fin du contrat d’assurance-vie et qui réinvestit le montant dans l’assurance médicale, comme les gens vivent plus longtemps", ajoute-t-il.

Wauthier Robyns, porte-parole d’Assuralia, souligne que l’année 2013 a été épouvantable en termes de collectes pour l’assurance-vie branche 21. Cette défiance a profité au carnet de dépôt, qui atteint un record de 254,4 milliards d’euros d’encours.

En 2014, Wauthier Robyns indique que la tendance se reprend légèrement. Par contre, un segment de l’assurance-vie branche 21 tient bon. Il s’agit des assurances épargne-pension.

"Souvent, les assureurs ne garantissent plus le taux de ces contrats. Et de plus, ce type de produits dispose d’une aide importante avec la déduction fiscale, qui offre 30% de prime de remboursement", relève Bruno Colmant.

"Si l’avantage fiscal des assurances épargne-pension disparaissait, ce serait dramatique, mais ce n’est pas le cas. L’État a fourni cet avantage fiscal pour répondre à un objectif social. C’est très bien comme ça", ajoute-t-il.

Malgré des contraintes moindres sur les assurances épargne-pension, certains assureurs n’hésitent toutefois pas à proposer à leurs assurés de changer leur police d’assurance vers un produit plus risqué, mais aussiplus rémunérateuren branche 23.

Rappelons que le montant maximum exonéré pour l’épargne-pension (qui comprend les fonds d’épargne pension et les contrats d’assurance-vie épargne-pension) a été fixé pour cette année à 940 euros.

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