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Comment les taux négatifs impactent vos finances personnelles

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Pour la première fois, les taux négatifs vont toucher les particuliers. Certes, à ce stade, seuls les dépôts cash de riches investisseurs sont visés. Comment les taux négatifs impactent-ils progressivement vos finances personnelles?

La banque privée Puilaetco Dewaay sera la première à répercuter sur des clients particuliers les taux négatifs qui frappent déjà les dépôts de certaines grosses entreprises et de clients institutionnels de plusieurs banques belges. Certes, ce sont de très riches investisseurs qui en feront les frais, mais c'est un signe. Ce n'est probablement qu'un début.

1. Pourquoi les taux sont-ils négatifs?

Après le déclenchement de la crise financière de 2008, les banques centrales ont toutes progressivement emboîté le pas de la Réserve fédérale américaine (Fed) et opté pour une politique monétaire très expansionniste. En clair, elles ont acheté des titres de dette publique sur le marché obligataire pour faire pression sur les taux d’intérêt à moyen et long termes et tenter de soutenir la relance de l’économie. L’arrivée massive des liquidités sur les marchés a rapidement fait fondre la courbe des taux d’intérêt.

Ensuite, la politique d’assouplissement quantitatif menée par la BCE a encore accru le montant des capitaux disponibles sur le marché et tari les possibilités d’investissement en obligations de la zone euro. L’inflation en baisse constante a fait le reste. C’est ainsi que sont apparus les taux d’intérêts négatifs sur les obligations à 10 ans émises par les États réputés financièrement les plus solides de la zone euro: Allemagne, France, mais aussi Belgique.

0,11
%
L'Etat belge oblige les banques à garantir un taux minimum de 0,11% (taux de base de 0,01% + prime de fidélité de 0,1%) sur les comptes d’épargne réglementés.

2. Quel est le problème?

Ces taux négatifs sont évidemment une aubaine pour les gouvernements qui empruntent sur les marchés financiers à très bon compte... Mais, cette situation inédite conduit aussi progressivement à une taxation de l’épargne et des liquidités des particuliers.

En septembre, la BCE a descendu à -0,50% (contre -0,40%) le taux négatif appliqué aux dépôts de liquidités excédentaires faits à son guichet par les banques, sans exclure de futures baisses. Elle l'a maintenu à ce niveau lors de sa réunion du 24 octobre. 

Les établissements bancaires, sous pression, se résolvent désormais à répercuter cet impact sur leurs clients. Les signaux en provenance de l’étranger ne trompent pas. Les taux négatifs sont en train de s’infiltrer insidieusement dans plusieurs compartiments financiers dont les rendements prennent l’eau les uns après les autres. 

Que signifie un taux négatif sur une obligation?

Prenons l’exemple d’une obligation dont la valeur faciale est 100 euros, avec un taux de 2% par an sur 5 ans.
A l’échéance, son détenteur aura touché 10 euros au total, et se verra rembourser le montant nominal de 100 euros.

En période de taux négatifs, le détenteur de cette même obligation ne l’aura pas achetée à sa valeur faciale mais au-dessus du pair. Mettons à 111 euros.
A l’échéance, l’investisseur aura également touché des coupons pour un total de 10 euros, mais il se verra rembourser l’obligation à sa valeur nominale (100 euros). Au total, il récupèrera in fine 110 euros sur les 111 qu’il avait investis. Soit un rendement négatif de 0,9%.

 

3. Les banques étrangères répercutent déjà les taux négatifs. Comment?

"Il faut protéger l'ensemble des clients les plus vulnérables - ceux couverts par la garantie des dépôts-, et ensuite au cas par cas, on peut envisager de passer les taux négatifs aux grandes entreprises ou à certains gros clients en offrant des alternatives de rendement proches de zéro plutôt que d’avoir un taux négatif en dépôt", a indiqué Jean-Pierre Mustier, directeur général d’UniCredit, le premier groupe bancaire italien. Une déclaration résumant assez bien la stratégie adoptée, à ce stade, par les établissements bancaires des pays européens. Ce jour-là, le 14 octobre, UniCredit annonçait l’application d'un taux d’intérêt négatif sur les dépôts bancaires supérieurs à 1 million d’euros dès 2020.

Jean-Pierre Mustier, qui est également le patron de la Fédération bancaire européenne, a d'ailleurs invité la BCE à "pousser les banques à appliquer des taux négatifs sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros des particuliers"

En Allemagne, le tabou des taux négatifs est tombé dès 2016 lorsque le taux des dépôts de la BCE était passé sous zéro. La quasi-totalité des établissements appliquent une pénalité (équivalente à celle pratiquée par la BCE) à leur clientèle d’entreprise et certaines, comme la Caisse d’épargne de Munich (5e établissement bancaire du pays) l’étendent, en général, à la clientèle fortunés dont les dépôts atteignent au moins 100.000 euros.

En Suisse, à compter du 1er novembre, les clients d’UBS se verront appliquer des frais annuels de 0,6% sur les dépôts supérieurs à 500.000 euros.

Dans un autre registre, le courtier en ligne néerlandais DeGiro appliquera à partir du 15 novembre des taux négatifs sur les positions cash au-delà de 2.500 euros des petits investisseurs particuliers.
Le mouvement est en marche. 

4. En Belgique, faut-il craindre un taux négatif sur le compte d’épargne?

On n’y est pas encore vraiment, mais on s’en rapproche. Durant l’été, le patron d’ING Belgique, Erik Van Den Eynde, a averti que "le minimum légal de 0,11% applicable aux comptes d’épargne n’était plus tenable et qu’il était temps d’envisager un taux nul". Entre un taux zéro et un taux négatif, il y a encore cependant un pas.

Jusqu’ici, l’Etat belge oblige les banques à garantir un taux minimum de 0,11% (taux de base de 0,01% + prime de fidélité de 0,1%) sur les comptes d’épargne réglementés. Le rendement est ainsi "artificiellement" maintenu en territoire positif.

Les livrets les plus généreux offrent du 0,55%, ce qui ne compense déjà plus l’inflation, pourtant au plus bas depuis 4 ans (0,8% en septembre). Donc, si le taux du compte d’épargne n’est pas encore territoire négatif, on y perd de l’argent lorsqu’on y parque ses économies. Et ça, c’est déjà une réalité depuis longtemps. 

Sur les comptes à vue et les comptes d'investissement des particuliers, par contre, de nombreuses banques belges appliquent déjà un taux zéro. S'il est peu probable à court terme que ce taux plonge en territoire négatif, une alternative pour les banques pourrait être d'augmenter les frais liés à ces comptes ou de limiter le montant que le particulier est autorisé à déposer sur un compte à vue et/ou d'épargne.

La BCE devrait pousser les banques à appliquer des taux négatifs sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros des particuliers et des entreprises.
Jean-Pierre Mustier
Président de la Fédération bancaire européenne


5. Les riches épargnants sont-ils visés?

L’idée d’appliquer un taux négatif aux dépôts au-delà d’un certain montant n’avait encore jamais été évoquée jusqu’ici, mais la banque privée Puilaetco Dewaay vient d'annoncer qu'elle appliquera un taux négatif aux clients qui ont signé un contrat de gestion en investissement et qui sont essentiellement investis en cash, pour des montants supérieurs à 5 millions d'euros.  

Les premières mesures prises par les autres banques belges visaient la clientèle corporate et/ou institutionnelle. Mais le tabou brisé par Puilaetco Dewaay signera peut-être le début d'un mouvement plus général... A suivre.

6. Les taux hypothécaires peuvent-ils tomber à 0% ou en dessous?

On a coutume de dire que les taux bas font le malheur des épargnants, mais le bonheur des emprunteurs. Toutefois, si le taux des obligations souveraines belges à 10 ans est en territoire négatif depuis l’été, les emprunts hypothécaires qui dépendent de ce taux sont encore "loin" de zéro. 

Le taux d’un crédit habitation à taux fixe sur 20 ans est tombé pour la première fois sous 1% (0,92%) en septembre.... Ce n'est toutefois pas encore la norme puisqu'il s'agit là d'un taux accordé à un client d'ING qui présentait un dossier particulièrement bon revenus, apport de départ, etc.). 

Les banques qui doivent quand même engranger un bénéfice et tenir compte d’une série de "coûts"(prime de liquidité, couverture contre les défauts de paiement, etc.) n’ont plus de marge de manœuvre pour répercuter la baisse des taux sur les crédits hypothécaires. Et le montant emprunté continue évidemment d’influencer le taux.

Il est donc peu probable que les taux hypothécaires tombent plus bas et inimaginable qu’ils arrivent en territoire négatif puisque dans ce cas, les clients ne rembourseraient pas l’intégralité de la somme empruntée.

7. Faut-il craindre un impact sur nos pensions?

Les assurance groupe et les fonds de pension font eux aussi face à des problèmes. La loi sur les pensions complémentaires (LPC)  impose une garantie de rendement annuel minimum de 1,75% (et 3,75 maximum) pour la pension complémentaire d’entreprise (2e pilier). Si l’assureur ou le fonds de pension n’atteint pas ce taux, l’employeur est donc tenu de combler la différence.  

En 2018, les rendements nets des assurances groupe (Branche 21) ont atteint entre 1,75 et 2,25%. Les fonds de pension, eux, ont accusé le coup (-3,21%). Ils ont certes nettement ressorti la tête de l’eau au 1er semestre (+8,47%). Mais il faut tenir compte du fait que les taux resteront bas pendant encore très longtemps. Or, il est impossible de garantir le pouvoir d’achat avec des obligations. Il faut donc aller chercher du rendement du côté d’actifs alternatifs: immobilier, private equity, infrastructures.

 

 

 

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