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Comment mobiliser l'épargne des particuliers?

La Flandre veut inciter les particuliers à investir dans un fonds destiné à relancer l'économie. Ce n'est pas la première tentative de mobilisation de l'épargne. Mais est-ce un choix pertinent?
©BELGAIMAGE

Près de 284 milliards d'euros sont parqués sur les comptes d'épargne des Belges. D'après Febelfin, la fédération financière belge, une très grande partie de cet argent est convertie en crédits et finance l'économie. Mais régulièrement, par exemple lors de crises économiques, les pouvoirs publics souhaitent réorienter une part de cette épargne des particuliers vers des investissements susceptibles de soutenir plus directement l'économie.

2
milliards €
Les "prêts citoyens thématiques" avaient permis de lever près de 2 milliards d'euros en 2014.

Les exemples de mesures visant à mobilier l'épargne ne manquent pas. En 2014, le gouvernement fédéral avait lancé les "prêts citoyens thématiques". Cet emprunt populaire consistait à inciter les épargnants à investir dans des bons de caisse assortis d'un précompte mobilier réduit. Le succès a été relatif: près de 2 milliards d'euros avaient été récoltés mais une partie provenait vraisemblablement de réinvestissements réalisés par des particuliers qui auraient investi dans ces produits même sans l'avantage fiscal.

En 2009, la Région wallonne avait lancé la Caisse d'investissement de Wallonie (CIW), qui proposait aux particuliers de placer leur argent pendant 10 ans à un taux d'intérêt avantageux, avec une garantie publique. Cet emprunt avait permis de lever 80 millions d'euros. Mais la CIW avait subi des pertes à cause de la chute des taux et de la restructuration de la dette grecque, dans laquelle elle avait investi en attendant de financer des entreprises.

La Flandre se lance

En 2006, la Région flamande avait lancé le prêt win-win permettant à des particuliers de financer des PME en bénéficiant d'un avantage fiscal. Dix ans plus tard, la Wallonie a copié ce mécanisme en instaurant son prêt coup de pouce donnant droit à un crédit d'impôt. Ces mesures ont permis de mobiliser plusieurs dizaines de millions d'euros. Divers autres incitants fiscaux ont été mis en place à l'échelon fédéral, comme le tax shelter pour start-ups et scale-ups, qui a permis de lever jusqu'à 40 millions d'euros en 2018.

"Un incitant fiscal peut poser problème s'il encourage les particuliers à prendre des risques avec l'argent qu'ils avaient choisi librement de placer sur des livrets, sans risque."
Philippe Ledent
Economiste chez ING Belgique

Lundi, le gouvernement flamand a annoncé une nouvelle tentative de faire bouger l'épargne des particuliers pour aider les entreprises menacées par la crise du coronavirus. Il prépare un "fonds providence" (welvaartsfonds) de 500 millions d'euros, dont une bonne moitié serait apportée par les particuliers. Pour les attirer, la Flandre prévoit un avantage fiscal de 2,5% par an les trois premières années avec un maximum de 1.000 euros par contribuable. De plus, les actions du fonds pourront être transmises par succession moyennant un droit avantageux de 3%.

On attend à présent ce que feront Bruxelles et la Wallonie.

Mais fondamentalement, est-il pertinent de chercher à réorienter ainsi l'épargne des particuliers? "Il faut d'abord que des injections de capitaux dans les entreprises soient effectivement nécessaires", dit Philippe Ledent, chef économiste d'ING Belgique. "D'après le working paper du plan de relance de la Commission européenne, c'est le cas." En Belgique, l'Economic Risk Management Group, qui explore les pistes de relance pour le fédéral, estime "essentiel de renforcer les capitaux propres de nos PME".

Le risque, nœud du problème

"Ensuite, il faut se demander s'il est nécessaire de faire appel à l'épargne des particuliers", poursuit M. Ledent. "Partout dans le monde, les liquidités bon marché abondent. Les besoins en fonds propres des entreprises ne peuvent-ils pas être servis efficacement par le marché? Il n'est pas exclu que certains segments de l'économie, qui n'intéresseraient pas le marché, soient considérés comme stratégiques par les pouvoirs publics, compte tenu d'un effet multiplicateur (par leurs activités, ces entreprises en font vivre beaucoup d'autres, NDLR) qui n'est pas perçu par les investisseurs traditionnels."

"Enfin, il faut déterminer comment mobiliser l'épargne publique", souligne Philippe Ledent. "Là, le nœud du problème est la question du risque. Si l'investissement est garanti par les pouvoirs publics, le particulier ne s'expose pas davantage qu'avec un compte d'épargne mais, dans ce cas, on peut se demander pourquoi l'État, qui se finance à de très bonnes conditions, n'interviendrait pas lui-même directement. Par contre, si le mécanisme est un incitant fiscal visant à encourager les particuliers à capitaliser les entreprises sans garantie, cela peut être problématique car on incite alors les particuliers à prendre des risques avec l'épargne qu'ils avaient choisi librement de placer sur des livrets, sans risque." Voilà matière à réflexion pour les exécutifs régionaux qui préparent leurs plans de relance.

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