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Des taux durablement bas, pour le meilleur et pour le pire

Malgré l’inflation élevée, la BCE n'a pas relevé sa garde monétaire aujourd’hui. Les taux sont très bas et pourraient le rester jusqu’en… 2014. Une bonne affaire pour certains, pas pour d’autres.
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©iStock

Le rendement des comptes d’épargne n’a jamais été aussi faible. Lundi, BNP Paribas Fortis, le leader du marché, a réduit à 0,75% le taux de base de la plupart de ses livrets. D’autres banques devraient suivre le mouvement. Une mauvaise nouvelle pour le placement préféré des Belges qui y stockaient près de 222 milliards d’euros à la fin du mois de janvier dernier, selon les derniers chiffres de la Banque nationale de Belgique. D’autant que l’inflation reste très élevée (+3,4% en mars), sous l’effet de la hausse continue des prix de l’énergie. En clair, le rendement global de 1%, obtenu en additionnant le taux de base et la prime de fidélité offerts par BNPP Fortis sur son compte d’épargne classique, ne suffit pas à compenser la hausse du coût de la vie. Cette situation n’est pas neuve: les taux réels des livrets sont négatifs depuis dix-huit mois. Et l’épargnant ne doit pas espérer d’amélioration avant quelques années.

Les erreurs du passé

La faiblesse des rendements des comptes d’épargne s’explique par celle du taux de refinancement de la Banque centrale européenne (BCE). Ce taux influence en effet le niveau des taux à court terme. Pour faire face à l’aggravation de la crise de la dette dans la zone euro et aux menaces de récession, la BCE a baissé à deux reprises l’automne dernier, son taux "refi" pour le porter à 1%, un niveau historiquement faible.

La BCE a aussi pris des mesures exceptionnelles inédites pour soutenir les institutions financières de la zone euro, lourdement touchées par la crise de la dette. Plus de 1000 milliards d’euros ont été injectés dans le système financier.

A présent, le président de la BCE, Mario Draghi, assure que le plus gros de la crise de la dette est passé. Mais l’Espagne, qui peine à combler ses déficits, et le Portugal, dont les coûts de financement restent à des niveaux insoutenables, alimentent encore les inquiétudes.

De plus, la croissance économique reste très fragile dans la zone euro. Malgré une inflation supérieure à son objectif de 2% en zone euro (2,6% en mars), la BCE ne devrait donc pas relever ses taux aujourd’hui, lors de la réunion mensuelle du conseil des gouverneurs. Il s’agit aussi de ne pas répéter les erreurs du passé. Deux hausses de taux décidées en début d’année avaient dû être effacées quelques mois plus tard. En juillet 2008, en pleine crise financière, la BCE avait aussi relevé son taux directeur pour lutter contre l’accélération de l’inflation, avant de procéder à des baisses en série, suite à la faillite de Lehman Brothers. "La croissance s’annonce très molle et il est difficile d’envisager une hausse des taux de la BCE, explique Philippe Ledent, économiste auprès de la banque ING. Un relèvement interviendra peut-être dans la seconde partie de 2014."

 

Les taux en trois questions

Les rendements de l'épargne sont-ils exagérément bas?

BNP Paribas Fortis offre à ses épargnants un taux de base de seulement 0,75% alors que la banque peut se financer à 1% auprès de la Banque centrale européenne (BCE). L’institution financière serait-elle dès lors trop chiche pour rémunérer les dépôts de ses épargnants? D’autant que, malgré le record de faiblesse du taux de refinancement de la BCE, d’autres banques offrent un rendement global trois fois supérieur. La banque en ligne NIBC Direct, présente sur le marché belge depuis trois mois, offre un taux de base de 1,50% et une prime de fidélité de 1,50%, soit un rendement global de 3%. Fortuneo et Rabobank proposent chacune un rendement global de 2,75% (taux de base de 1,25% et prime de fidélité de 1,50%). BNP Paribas Fortis tenterait-elle d’augmenter ses marges au détriment des épargnants?

  • Rendement au prix du marché interbancaire

Rendement au prix du marché interbancaire

La réalité semble plus nuancée. La rémunération offerte aujourd’hui par BNPP Fortis s’aligne sur le coût du financement sur le marché interbancaire, soit le coût des prêts que s’octroient les banques mutuellement. La crise de la dette souveraine dans la zone euro avait nettement augmenté le coût des prêts interbancaires, les banques rechignant à accorder des financements à des institutions détenant potentiellement dans leur bilan de grandes quantités de dettes souveraines périphériques risquées. "Sur le marché interbancaire, le taux Euribor à 3 mois s’élève désormais à 0,78%, précise Philippe Ledent, économiste auprès d’ING. Les taux ont nettement baissé depuis la seconde opération de refinancement exceptionnelle de la BCE à la fin du mois de février." Le taux Euribor à 3 mois est actuellement inférieur au taux refi de la BCE, alors qu’il est généralement supérieur. Cette situation s’explique par le niveau extrêmement élevé de liquidités dans la zone euro suite à l’action de la BCE.

  • Marges raisonnables

Marges raisonnables

"Les données établies par la Banque nationale de Belgique indiquent que les marges des banques, soit la différence entre la rémunération des livrets et les taux exigés pour les crédits hypothécaires, atteignent 250 à 300 points de base, constate Philippe Ledent. Ce n’est pas un niveau exceptionnellement élevé." La baisse du rendement de l’épargne va d’ailleurs de pair avec celle des taux hypothécaires.

Les banques en ligne mettent à profit leur structure réduite de coûts pour offrir un rendement plus élevé à leurs épargnants mais celui-ci est aussi sous pression. "A long terme, nous devrons probablement baisser nos rendements, explique Stephane Vermeiren, directeur de Rabobank.be. L’énorme quantité de liquidités injectée par la BCE crée des taux artificiellement bas."

 

Emprunter à bon compte... ou rembourser?

    Les épargnants qui recherchent un rendement supérieur à celui qu’offre le livret s’orientent souvent vers d’autres produits placement. Ont-ils cependant conscience que leur emprunt hypothécaire recèle un rendement intéressant? Comment?

    En utilisant l’argent de l’épargne pour rembourser anticipativement (partiellement) leur emprunt. Imaginez que vous avez 15.000 euros de côté, que vous voudriez placer en échange d’un rendement supérieur.

    Un livret chez BNP Paribas Fortis s’assortit de seulement d’un taux de base de 0,75%. Mais le taux d’un crédit hypothécaire est indubitablement supérieur de quelques points de pourcentage. Celui qui a emprunté en 2008 sur 20 ans à taux "fixe" paie du 6% environ. Aujourd’hui, le taux à 20 ans "fixe" avoisine les 4,5%.

    Plus le taux du crédit est élevé et plus l’échéance résiduelle de votre crédit est longue, plus le remboursement anticipé accroît le rendement de l’épargne. Le prix net du crédit et donc le surcroît de rendement potentiel d’un remboursement anticipé est cependant parfois inférieur au taux mentionné sur le contrat de crédit. Le crédit hypothécaire produit en effet un avantage fiscal. Soit un remboursement annuel maximum de 2.200 euros par preneur de crédit, majoré de 730 euros pendant les dix premières années de l’échéance.

    Cela dit, le remboursement anticipé n’est pas gratuit. Les banques imposent une indemnité de remploi qui correspond à trois mois d’intérêts sur le capital remboursé. Qui plus est, il n’est pas conseillé d’utiliser jusqu’au dernier centime d’épargne pour un remboursement anticipé. En règle générale, on conseille de conserver un matelas de sécurité que l’on estime entre trois et six mois de salaire.

     

    Comment investir en période de taux faibles?

    Aujourd’hui, quelles que soient la catégorie d’actifs et la durée d’investissement envisagées, les rendements attrayants se font fort rares. Si l’abaissement de taux orchestré par BNP Paribas Fortis sur son principal compte d’épargne a remis en lumière les bien piètres rendements des livrets en général, il serait faux de croire qu’obtenir un rendement franchement supérieur est chose aisée sur d’autres classes d’actifs.

    Les rendements obligataires, surtout du côté des entreprises de qualité et des Etats souverains aux difficultés budgétaires jugées surmontables, sont aujourd’hui très faibles.

    Logique: la baisse continue des taux d’intérêt a mécaniquement provoqué la hausse de cours des obligations. Il ne faut pas non plus attendre monts et merveilles des actions, surtout après la hausse des principaux indices boursiers occidentaux depuis le début de l’année. Pour les analystes, on la joue plutôt sur le mode "à croissance faible prévue, returns faibles attendus". Sauf mesures structurelles (réduction des coûts, désinvestissements) peu prometteuses à plus long terme.

    Comme le tableau d’exemples ci-contre le montre, seule une prise de risque réellement plus grande permet d’espérer des rendements au mieux intéressants, certainement pas mirobolants. Mais en surfant sur les différentes échéances de placement, en fonction de son profil de risque et de ses besoins de quiddités, il y a moyen d’obtenir mieux que le 0,75% affiché sur le livret de BNP Paribas Fortis…

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