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Les alternatives sûres aux comptes d'épargne se font de plus en plus rares

L’épidémie de coronavirus et les baisses de taux qui l’ont accompagnée ne sont pas des bonnes nouvelles pour les épargnants qui n’aiment pas prendre de risque. Ceux qui souhaitent investir leur argent à plus long terme ont eux aussi de plus en plus de difficultés à trouver des taux garantis supérieurs au minimum légal de 0,11% offert par les comptes d’épargne.
Les montants placés sur les comptes d’épargne des Belges atteignent un niveau record malgré le (misérable) taux minimum légal de 0,11% appliqué à la plupart des comptes d’épargne depuis quatre ans. ©Filip Ysenbaert

Mercredi, les statistiques sur les montants placés sur les comptes d’épargne des Belges en janvier 2020 ont été publiées: ils se montent à 283 milliards d’euros, un nouveau record. La hausse se poursuit malgré le (misérable) taux minimum légal de 0,11% appliqué à la plupart des comptes d’épargne depuis quatre ans. "Ceux qui veulent à tout prix éviter les risques ne trouvent aujourd’hui aucune solution alternative au compte d’épargne, du moins s’ils souhaitent conserver la même flexibilité et la même sécurité", explique Peter Vanden Houte, économiste en chef d’ING.

Cette situation s’explique par le fait que le minimum légal est en réalité trop élevé par rapport aux taux du marché. "Pour les banques, le taux de référence pour un compte d’épargne est le taux des OLO belge à 2 ou 3 ans, qui se situe aujourd’hui à -0,5%. Cela signifie que grâce à (ou à cause de) la législation en cours, les comptes d’épargne sont en réalité subsidiés", indique l’économiste, laissant ainsi entendre que la recherche de solutions alternatives est devenue une mission quasi impossible.

À cause des taux bas, nos marges sont faibles, certes, mais tenables grâce à nos faibles coûts.
Wim Wuyts
MeDirect

Par ailleurs, l’épidémie de coronavirus semble avoir donné un coup de blues supplémentaire à ces alternatives. À cause du virus, la crainte d’un recul important de l’économie mondiale est bien présente. Ces dernières semaines, ces inquiétudes ont incité les banques centrales à baisser une nouvelle fois leurs taux. Mardi, la banque centrale australienne a abaissé son taux à 0,5%, un plus bas historique. La Réserve Fédérale américaine a suivi mercredi avec une importante baisse – à savoir 50 points de base –, ce qui a ramené ses taux directeurs à 1 – 1,25%, soit le plus bas niveau depuis plus de deux ans. La Fed n’exclut pas de procéder à une nouvelle baisse des taux dans les deux semaines à venir.

La Banque centrale européenne (BCE) se réunit ce jeudi. Elle dispose d’une marge de manœuvre réduite pour assouplir sa politique monétaire, étant donné que son taux principal est déjà négatif. Malgré tout, le marché à terme s’attend à ce que la BCE fasse passer son taux de dépôt – c’est-à-dire le taux que les banques "obtiennent" lorsqu’elles placent leurs liquidités auprès de la BCE – de -0,5 à -0,6%.

"Encore 10 ans de perte de pouvoir d’achat"

À cause du coronavirus, la probabilité que les taux se normalisent rapidement s’est donc encore réduite. "À cause du vieillissement de la population, nous devons nous attendre à un ralentissement structurel de la croissance économique et à ce que les taux restent bas, y compris en cas de normalisation des taux de marché", poursuit Van den Houte. "D’après nos modèles, le taux pourrait à terme à nouveau remonter, mais les chances qu’il franchisse la barre de 1% sont quasi nulles. Ceux qui continuent à privilégier les produits d’épargne devront donc compter sur un taux très bas au cours des dix prochaines années. Cela signifie encore dix ans de perte de pouvoir d’achat", prédit Vanden Houte.

Ceux qui conservent leurs économies sur un compte d’épargne doivent s’attendre à une perte de pouvoir d’achat pendant encore 10 ans.
Peter Vanden Houte
Economiste en chef d’ING

Selon l’économiste en chef, un portefeuille d’actions bien diversifié peut représenter une bonne solution alternative pour le long terme. "Un portefeuille composé d’actions de qualité peut espérer générer 3% de rendement sous forme de dividendes. Mais le COVID-19, qui a secoué les marchés ces dernières semaines, devrait avoir réduit l’appétit des investisseurs pour les actions, en particulier chez les épargnants dont le profil est super-défensif", ajoute Vanden Houte.

Ceux qui préfèrent s’en tenir à des produits d’épargne sûrs tout en limitant leur perte de pouvoir d’achat peuvent encore se raccrocher à quelques branches, mais qui se raccourcissent de jour en jour. Aperçu des possibilités.

1. Comptes d’épargne

D’après le site internet guide-epargne.be, 40 des 65 comptes d’épargne réglementés offrent aujourd’hui le taux minimum légal de 0,11%. Seuls 9 comptes offrent plus de 0,3%, et sont souvent assortis de conditions. Par exemple, MeDirect propose un taux global (taux de base + prime de fidélité) de 0,7% avec son compte Epargne Mensuelle Max, mais les épargnants ne peuvent verser plus de 500 euros par mois. Idem pour le compte d’épargne Cocoon de bpost, qui propose un taux global de 0,55%. Une autre condition, c’est que les épargnants ne peuvent pas être âgés de plus de 40 ans.

Parmi les comptes d’épargne sans conditions, c’est MeDirect qui propose le meilleur taux – soit 0,55% – avec son compte Fidelity Epargne. "Les comptes d’épargne sont pour nous un moteur important pour attirer de nouveaux clients, qui finiront ensuite par investir. Avec les taux bas, nos marges sont faibles, certes, mais tenables grâce à nos faibles coûts. Nous ne disposons pas d’un réseau d’agences, nous cherchons à automatiser un maximum de processus et nous avons donc aussi moins de personnel administratif", explique Wim Wuyts de MeDirect. La banque n’a pas l’intention de baisser ses taux dans un avenir proche. "Dans le cadre d’une saine politique de taux, nous suivons de près les marchés et nous adaptons notre politique lorsque nécessaire. Aujourd’hui, nous n’avons encore rien décidé", ajoute Wuyts.

D’autres banques de niche ont cependant décidé de modifier leurs taux. Santander Consumer Bank, qui offre des taux de respectivement 0,60 et 0,40% pour ses deux comptes d’épargne, les réduira à partir du 16 mars. Le taux global du compte Vision+ baissera à 0,50%, et celui du compte Vision passera à 0,25%. Santander Consumer Bank fait partie de Santander Consumer Finance, la division Retail du géant bancaire espagnol Banco Santander. Fin février, Rabobank.be a baissé le taux de son compte Rabo Plus de 0,35 à 0,26%. Alors que Santander et MeDirect tombent sous le coup de la garantie des dépôts belge (100.000 euros), Rabobank.be tombe sous le système de garantie néerlandais (également 100.000 euros).

2. Comptes à terme

Ceux qui ont opté pour un compte à terme ne risquent rien en cas de baisse des taux, puisque le taux applicable au moment de l’ouverture du compte est garanti jusqu’à l’échéance. Même s’il faut s’attendre à ce que certaines banques baissent leurs taux pour les nouveaux comptes. Aujourd’hui, le taux moyen des comptes à terme à 5 ans dépasse à peine celui des comptes d’épargne. Pour les comptes à terme à 8 ans, le taux moyen net se situe à peine à 0,2%.

On trouve cependant aussi des banques de niche proposant des comptes à terme. À l’heure actuelle, si l’on en croit guide-epargne.be – le taux le plus élevé offert pour un compte à terme à 5 ans est proposé par la banque maltaise Izola Bank, avec un taux annuel net de 1,12%. "En tant que banque active à Malte et étant donné la taille limitée du marché, nos taux tiennent compte de ceux qui sont appliqués à Malte. Nous n’avons pas l’intention de baisser nos taux à court terme", explique-t-on à la banque. Par ailleurs, MeDirect propose également un taux supérieur à 1% (1,05%) pour la même durée.

Peter Vanden Houte d’ING met cependant les épargnants en garde contre ces taux "exotiques". "Il y a toujours un lien entre le risque et le rendement. Et même si on parle de la garantie des dépôts, il faut toujours se demander si elle pourra être appliquée. Dans le cas extrême d’une crise bancaire à Malte, on peut se poser la question de savoir les autorités maltaises seront en mesure de faire face à leurs obligations", poursuit-il.

3. Assurances-vie

Une troisième catégorie de produits sûrs est la Branche 21 ou assurance-vie. Ces assurances offrent un taux garanti et une participation aux bénéfices. Les rendements sont exonérés du précompte mobilier, à condition que la police couvre une période d’au moins huit ans ou qu’elle soit assortie d’une couverture décès de 130%. Avec ces produits, l’horizon de placement doit donc être suffisamment lointain.

Dans la plupart des compagnies d’assurance, le taux proposé au moment de l’ouverture du contrat est garanti pendant toute sa durée, du moins sur le premier versement. Pendant le contrat, le taux garanti peut être réduit et le nouveau taux s’appliquera alors aux versements futurs.

Patronale et Argenta remportent la palme avec des taux garantis de 0,85%. Attention cependant: chez Patronale (Secure 21), ce taux ne vaut que pour 2020. L’an prochain, il pourra être revu et ce nouveau taux éventuel s’appliquera également aux versements réalisés en 2020. Patronale propose également un autre produit (Safe 21), assorti d’un taux de 0,80% pendant huit ans. Chez Argenta également, le taux garanti de 0,85% s’applique jusqu’au 31 décembre de la huitième année suivant l’année du versement.

0,85
%
Argenta Life et Patronale proposent des assurances Branche 21 assorties d’un taux garanti de 0,85%.

Il convient cependant de rester vigilant, car ces produits n’offrent pas toujours le taux global le plus élevé. En règle générale, les participations aux bénéfices sont supérieures pour les produits assortis d’un taux garanti moins généreux. En 2019, BNP Paribas Fortis a par exemple généré un taux net de 1,80% sur son Free Invest Plan, tandis que chez Patronale, le rendement net du produit Secure 21 ne dépassait pas 1,65%, et celui de Safe 21 1,50%. "Vu que pour Secure 21, le taux est garanti pendant une période plus courte, nous le compensons par un rendement potentiel plus élevé sous la forme d’une participation aux bénéfices plus importante", explique Oriona Claeys de Patronale.

Les rendements garantis de certains produits Branche 21 sont donc supérieurs au taux minimum légal de 0,11%, mais il faut conserver le produit pendant huit ans. De plus, les épargnants doivent aussi tenir compte de la taxe sur les assurances de 2% prélevée sur chaque versement. Si vous y ajoutez les droits d’entrée – qui peuvent monter à 6% chez certains assureurs –, il ne reste pas grand-chose du rendement supérieur espéré. Les droits d’entrée ont donc un impact important sur le rendement. Certains assureurs ne facturent cependant aucun droit d’entrée. C’est notamment le cas du produit Vita Invest Dynamic des Assurances Fédérales, dont le rendement brut se montait l’an dernier à 1,85%. Ceux qui utilisent un produit Branche 21 dans le cadre d’un contrat d’épargne pension (avec avantage fiscal) sont exonérés de la taxe sur les assurances de 2%. S’il s’agit d’épargne à long terme également assortie d’un avantage fiscal, la taxe sur les assurances est d’application.

En 2019, les assurances pension ont généré un rendement moyen de 1,68%

L’an dernier, le rendement net des assurances pension se montait à 1,68%, contre 15,3% en moyenne pour leurs homologues "bancaires", les fonds d’épargne pension. En 2018, la situation était inversée: les fonds d’épargne pension ont perdu en moyenne 8% suite à la correction boursière, alors que les assurances ont offert un rendement moyen de 1,8%. Les assurances pension sont une manière sûre d’épargner pour sa retraite parce qu’elles offrent un taux garanti et qu’elles sont exonérées de la taxe sur les assurances. A long terme, leur rendement est cependant très inférieur à celui des fonds. En 2020, le montant maximum fixé pour l’épargne pension individuelle se monte à 1.270 euros, sur lesquels s’applique une réduction d’impôt de 25%.

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