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Les taux négatifs contamineront-ils bientôt les riches épargnants belges?

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A l'étranger, des banques commencent à répercuter les taux négatifs sur leurs clients privés fortunés dont les dépôts atteignent 100.000 ou 500.000 euros. Un tel scénario est-il envisageable à plus ou moins brève échéance chez nous?

Alors qu’à l’étranger, certaines banques se sont déjà résolues à appliquer des taux négatifs sur les dépôts des clients les plus fortunés, les banques belges risquent-elles de suivre le mouvement?

Si elles ne sont évidemment pas pressées de se positionner à ce sujet, certains indices ne trompent pas. Un coup de sonde effectué par L'Echo a permis de constater qu’en coulisses, les lignes sont clairement en train de bouger. La clientèle corporate et institutionnelle a, en tout cas, commencé à en faire les frais.
La clientèle privée fortunée reste, par contre, préservée. Mais pour combien de temps ?

0,6%
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A partir du mois de novembre, des frais annuels de 0,6% seront perçus sur les dépôts supérieurs à 500.000 euros pour les clients d'UBS en Suisse.

Signaux de l'étranger

Face à la faiblesse persistante des taux d’intérêt, la banque suisse UBS a annoncé ce mardi son intention d’abaisser le seuil à partir duquel elle fera payer des frais pour les dépôts en euros. "Dès le mois de novembre, des frais annuels de 0,6% seront perçus sur les dépôts supérieurs à 500.000 euros pour les clients en Suisse", a précisé la banque. Actuellement, ces frais s’appliquent à partir de 1 million d’euros.

En Allemagne, plus d’une centaine de banques et caisses d’épargne ont, pour leur part, déjà répercuté les taux d’intérêt négatifs de la BCE en ponctionnant les dépôts d’une partie de leurs clients. Outre-Rhin, le tabou des taux négatifs était déjà tombé dès 2016 lorsque le taux des dépôts de la BCE était passé sous zéro. La petite banque coopérative bavaroise, la Raiffeisen Gmund, avait alors instauré des taux d'intérêt négatifs sur les dépôts de ses plus riches clients privés. Depuis lors, elle a fait des émules.

Selon un sondage réalisé par le comparateur en ligne Biallo pour le quotidien Süddeutsche Zeitung, la quasi-totalité des établissements appliquent cette pénalité à leur clientèle d'entreprises et une trentaine l'étendent à leurs clients privés fortunés dont les dépôts atteignent au moins 100.000 euros. Dans deux tiers des cas, le taux appliqué représente -0,40%, soit l’équivalent de celui frappant actuellement les encaisses excédentaires des banques déposées au guichet de la BCE et que les marchés anticipent de voir passer à -0,6% d’ici la fin de l’année.

"Si faire tomber les taux à zéro est compréhensible, le gouvernement aura-t-il le courage de faire passer le taux des carnets de dépôt réglementés sous zéro?"
Bruno Colmant
Professeur d'économie à l'UCL et à l'ULB

Contagion en Belgique

"Une tendance est clairement en train de s’affirmer au niveau européen. Je ne suis pas certain que nos banques s’apprêtent à appliquer des taux négatifs, mais c’est sûr qu’elles seront poussées à la réflexion", contextualise Bruno Colmant, professeur d'économie à l’UCL et à l'ULB.
Selon lui, on arrivera inévitablement à des taux nuls dans un premier temps, puis négatifs puisque la BCE a indiqué qu’elle diminuerait encore ses taux. "Les banques vont demander légitimement de pouvoir répercuter cela sur les dépôts des clients. Sinon ce serait l’actionnaire qui devrait absorber la perte, ou le coût des crédits qui augmenterait", deux options pas vraiment envisageables.  

"Mais si faire tomber les taux à zéro est compréhensible, le gouvernement aura-t-il le courage de faire passer le taux des carnets de dépôt réglementés sous zéro… ?" s’interroge Bruno Colmant. A ce stade, que peut-on lire entre les lignes?

  • Le CEO d’ING Belgique, Erik Van Den Eynde, qui déclarait avec fracas la semaine dernière que "le minimum légal de 0,11% applicable aux comptes d’épargne n’était plus tenable, et qu’il était temps d’envisager un taux nul" a en tout cas lancé les hostilités.
    ING nous indique "appliquer actuellement un taux négatif, exclusivement à certaines grandes entreprises ou clients institutionnels dont les avoirs, sur certaines catégories de comptes, présentent des soldes très élevés".
    La banque refuse de se prononcer sur l’évolution future des taux d’intérêt de l’épargne, car elle dépend de différents facteurs. Mais elle souligne que la perspective d'une nouvelle baisse de taux de la BCE après l'été est comme "une invitation à la discussion, à l'ouverture d'un dialogue serein et juste avec toutes les parties concernées".
  • "Belfius n’applique pas de taux d’intérêt négatifs sur les dépôts des clients business (PME, indépendants, professions libérales) et ne prévoit pas de taux négatif sur l’épargne de ses clients fortunés", assure Ulrike Pommée, sa porte-parole.
    Vu la persistance des taux bas et les perspectives négatives sur les marchés internationaux, la banque a néanmoins ramené à 0% le taux de base et les primes sur sa gamme de compte d’épargne non réglementés pour les clients business à partir du 1er août 2019.
  • Du côté des banques privées, à la Banque Delen, "nous ne l'avons jamais fait et ce n'est pas à l'ordre du jour".

D’autres banques sont franchement peu loquaces sur le sujet...

  • "Nous faisons au mieux pour gérer notre position de taux d’intérêt et nous n’appliquons pas de taux négatifs aux comptes d’épargne. Nous ne donnons pas de détails sur les tarifs et/ou taux appliqués, autres que ceux qui sont déjà publics", déclare-t-on laconiquement au service presse de BNP Paribas Fortis.
  • Chez KBC, on a carrément d'autres chats à fouetter en cette période de préparation de la publication des résultats trimestriels. Pour l’heure, c’est donc "no comment"...

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