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Eviter les pénuries d'électricité, c'est possible

La gestion de la demande d’électricité est amenée à jouer un rôle clé dans les années à venir. Et un grand projet-pilote vient d’être mené en la matière en Flandre.
Le test-pilote Linear confirme qu’il y a un potentiel dans la flexibilisation de la consommation électrique des ménages. ©Roel Burgler/Hollandse Hoogte

En 2009, quand le projet a été lancé, certains doutaient de sa pertinence. Mais aujourd’hui, alors que la sécurité d’approvisionnement de la Belgique est devenue une vraie préoccupation, la thématique est d’une actualité brûlante.

Un certain nombre d’acteurs, que l’on retrouve comme partenaires derrière ce projet de recherche baptisé Linear, ne s’y sont pas trompés: l’expérience a rassemblé à la fois des fournisseurs d’appareils électroménagers et d’appareils de chauffage comme Miele, Siemens et Viessmann, des gestionnaires de réseaux énergétiques comme Infrax ou Eandis ou télécoms comme Proximus, un fournisseur d’énergie comme EDF Luminus ou le centre de recherche d’Electrabel, Laborelec, mais aussi des institutions de recherche comme EnergyVille, le Vito ou iMinds.

Ce projet de recherche s’est focalisé sur les solutions permettant de faire correspondre la consommation d’électricité des ménages à la disponibilité de l’énergie – en clair, les moments où le solaire ou l’éolien produisent — en essayant de mieux comprendre comment les utilisateurs réagissent. Pas moins de 240 ménages flamands ont participé à cette expérience de gestion de la demande sur le terrain. Et la principale conclusion, c’est que les ménages peuvent aussi apporter leur contribution à un système énergétique durable.

Les statistiques montrent en effet que les ménages utilisent généralement leur machine à laver, leur sèche-linge ou leur lave-vaisselle à des heures de forte demande électrique: en déplaçant une partie de cette consommation, on peut donc effacer les pics de consommation, lisser la demande et mieux réagir aux variations de la production d’énergies renouvelables, ce qui permet une gestion plus efficace du système électrique.

La tarification dynamique? Trop compliquée!

Au cours de ce test à grande échelle, il a été demandé à 55 familles de moduler leur consommation d’électricité en fonction de tarifs variant au cours de la journée, répartis en six blocs, pour les inciter à consommer moins durant les pics et davantage durant les heures creuses.

Les résultats de cette partie de l’expérience, qui ont fait l’objet d’une communication dans le courant du mois de décembre? Pas terribles! Les cobayes ont trouvé cette tarification dynamique trop invasive, trop complexe, et ont estimé qu’elle demandait beaucoup trop d’efforts.

Par contre, 185 autres familles ont été équipées d’un système de gestion énergétique et d’appareils intelligents – il s’agissait soit d’appareils communicants, soit d’appareils traditionnels équipés de petits boîtiers de contrôle placés entre la prise et l’appareil. Étaient concernés par l’expérience: la machine à laver, le lave-vaisselle, le sèche-linge, et dans un certain nombre de cas, le boiler électrique ou un véhicule électrique. Les ménages décidaient quand ils voulaient utiliser ces appareils, en fixant une heure limite, et le système intelligent les faisait démarrer automatiquement aux moments les plus propices. Et les ménages étaient rémunérés en fonction de l’importance de la flexibilité qu’ils offraient.

Des appareils intelligents? Une expérience concluante

Cette deuxième partie de l’expérience a conduit, elle, à des résultats bien meilleurs. Cela conduit les responsables de l’étude à conclure que la gestion automatique de la demande des ménages est techniquement faisable, même s’il faudrait améliorer la communication au sein des habitations pour permettre un développement à grande échelle et une standardisation qui permettrait de maintenir les coûts à un niveau acceptable – une des principales difficultés techniques de ce test-pilote a en effet été d’établir des communications wifi stables entre les différents étages de la maison.

Même après un an et demi, grâce à ce pilotage automatique de la demande, les ménages ne s’étaient pas encore fatigués de l’expérience, et continuaient à jouer sur la flexibilité de leurs appareils domestiques. À noter qu’en moyenne, c’étaient les lave-vaisselle qui étaient configurés pour offrir le plus de flexibilité, en particulier durant la nuit.

Si l’on extrapole les résultats relevés par Linear à l’ensemble de la population belge, on arrive à un potentiel de 2 GW de consommation supplémentaire qui peuvent être appelés au cours de la journée durant 30 minutes, et à un potentiel de 280 MW de consommation qui peuvent être postposés durant 15 minutes. À titre de comparaison, Doel 1, la plus petite centrale nucléaire belge, dispose d’une capacité de 433 MW.

Pour gérer les pics de consommation durant l’hiver, des pics observés autour de 18 heures 15, il faut pouvoir disposer d’au moins 4 heures de flexibilité. Cela ramène le potentiel de flexibilité des appareils électroménagers comme la machine à laver, le sèche-linge et le lave-vaisselle à 60 MW. Mais s’y ajoutent 207 MW de potentiel venant des chauffe-eau électriques, et 0,9 MW venant de la recharge des voitures électriques. Soit, au total, 267,9 MW de consommation qui peuvent être retardés d’au moins 4 heures.

La conclusion de Ronnie Belmans, le président du consortium Linear, qui est aussi CEO d’EnergyVille et président honoraire d’Elia? "Linear prouve que la gestion automatisée de la demande des ménages permet d’atténuer les complications du nouveau paysage énergétique qui est en train de se développer. D’un autre côté, Linear montre aussi que la technologie et le monde politique ne sont pas encore prêts pour une introduction massive de ‘business models’ en gestion de la demande tournés vers les familles." Le développement des réseaux intelligents va donc encore devoir surmonter un certain nombre d’obstacles avant de modifier fondamentalement le paysage énergétique.

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