Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

Investir dans des panneaux photovoltaïques reste rentable

Et ce malgré la disparition progressive des mécanismes de soutien et l'émergence d'un tarif prosumer. Démonstration dans les trois Régions.
©Filip Ysenbaert

Cette année ne fera pas exception: il y aura à nouveau quelques changements, tant à Bruxelles qu'en Wallonie, concernant la législation et la taxation des panneaux photovoltaïques. C’est d’ailleurs la capitale qui a ouvert le bal le jour de l’an. En effet, depuis le 1er janvier 2020, le principe de compensation en Région bruxelloise a été modifié, mais uniquement en ce qui concerne les frais de réseau. De fait, la partie énergie de la facture n’est pas concernée.

Concrètement, ce système de compensation permettait jusqu’ici de ne payer que l’électricité nette consommée, c’est-à-dire la différence entre l’électricité prélevée et celle injectée sur le réseau. Concernant les frais de réseau, cela signifiait qu’avant cette date, les propriétaires de petites installations photovoltaïques, c’est-à-dire de moins de 5 kWc (kilowatt-crête), payaient des coûts de réseau sur la différence entre les kilowattheures prélevés sur le réseau et ceux injectés.

Désormais, ils doivent d’office s’acquitter des frais de réseau sur tous les kilowattheures réellement prélevés (peu importe ceux injectés). D’après les simulations de Brugel, le régulateur bruxellois de l’énergie, ce passage d’une compensation totale à une compensation partielle correspond à un alourdissement de la facture annuelle de près de 150 euros pour un consommateur moyen.

En outre, la Région bruxelloise prévoit de modifier un autre mécanisme de soutien à l’investissement dans l’énergie solaire pour les particuliers. En effet, il était prévu que d’ici le mois d’avril, le nombre de certificats verts délivrés par MWh (mégawatt-heure) produit par panneau photovoltaïque soit réduit (de 17% pour les petites installations), mais uniquement pour les nouvelles installations (il n’y aura donc pas d’effet rétroactif sur les installations existantes). Mais selon nos confrères de La Libre, il semblerait que cette baisse effective des CV interviennent vers la fin mai (à cause d'un peu de retard pris par la cabinet Maron, le ministre bruxellois de l'Energie, dans la mise en oeuvre de cette décision).

Pour rappel, lorsqu’un particulier installe des panneaux solaires, il devient producteur d'électricité verte et, à ce titre, il a droit à des certificats verts (CV) qu'il peut revendre sur le marché de l'énergie (ce qui lui permet d’amortir son investissement encore plus rapidement).

Actuellement, la Région bruxelloise est encore la seule à octroyer des certificats verts – 3 CV par MWh pour les petites installations de moins de 5 kWc (kilowatt-crête) – et ce pour une période de 10 ans. Le prix dépend du marché. Il tourne actuellement autour de 95 euros. Cela signifie qu’une installation produisant 3.000 kWh (ou 3 MWh) a droit à 9 CV, soit 855 euros.

Tarif prosumer

Côté wallon, grâce au système d’aide indirecte du compteur qui tourne à l’envers (lorsque l’électricité produite par les panneaux solaires n’est pas autoconsommée, elle est d’office réinjectée sur le réseau, ce qui permet au compteur de tourner dans le sens inverse), les prosumers (un terme qui est la contraction de producteur et consommateur) ne paient des frais de réseau que si, au bout de l’année, ils ont consommé davantage d’électricité qu’ils n'en ont produit, et seulement sur les kilowattheures nets qu’ils prélèvent sur le réseau.

Sauf que pour la Cwape, le régulateur wallon des marchés du gaz et de l’électricité, ce système ne garantit pas l’équité entre tous les ménages wallons. Il était donc prévu qu’à partir du 1er janvier 2020 les propriétaires wallons de panneaux photovoltaïques soient désormais tenus de payer un "tarif prosumer" pour leur utilisation du réseau (sur une base annuelle, cette taxe d’injection revient à environ 300 euros pour un ménage moyen).

Cependant, suite à de nombreux rebondissements politiques et en attendant une solution définitive à la question du tarif prosumer, ce dernier a été supprimé jusqu’au 30 avril. Si la solution qui se dégage consiste finalement à faire payer ce tarif uniquement pendant 8 mois pour l’année 2020, alors cette somme sera ramenée à environ 200 euros (mais juste pour cette année).

Rentabilité

Ces changements continus peuvent être une source de craintes et d’incertitudes pour ceux qui envisagent d’investir dans les panneaux photovoltaïques. Cependant, de nombreux experts du marché s’accordent à le dire: même si la législation et la taxation changent encore au cours des mois et des années à venir, vous aurez de toute façon un retour rapide sur investissement, notamment grâce à la chute vertigineuse des prix d’une telle installation au cours des dernières années. D’ailleurs, malgré la diminution des CV à Bruxelles, la Région garantit que le particulier aura un temps de retour sur l’investissement de maximum 7 ans (au lieu de 5 ans actuellement).

"Dans le pire des scénarios, le retour sur investissement sera de 10 ans pour une installation qui a une durée de vie de 25 à 30 ans", précise Damien Ernst, professeur à l'ULiège et spécialisé dans les systèmes électriques, qui parle même d’un investissement "extrêmement rentable".

5.000€
Investissement dans les panneaux photovoltaïques
L'investissement à prévoir pour une installation de panneaux photovoltaïques moyenne et dont la production annuelle s'élève à 3.500 kWh.


Par exemple, dans le meilleur des scénarios, pour chaque Région, le rendement annuel estimé par Engie (voir ci-dessous) pour une habitation moyenne se situe entre 8% et 10% (alors que le rendement du compte d’épargne le plus rentable sur le marché belge actuellement plafonne à 0,70%).

Damien Ernst ajoute: "Investir dans les panneaux photovoltaïques, c’est de toute façon l’assurance d’obtenir de l’électricité à un prix bien plus bas que celui du marché pendant au moins 20 ans."

©Mediafin

Cas pratique

Dans son arsenal de services, le fournisseur d’énergie Engie propose également la pose de panneaux photovoltaïques. Afin de convaincre ceux qui auraient des doutes sur l’aubaine d’un tel investissement, Engie a réalisé un exemple de calcul de rentabilité pour un ménage (bruxellois, wallon ou flamand) ayant une consommation d’électricité moyenne, un toit de taille moyenne, et qui tient compte de l’évolution actuelle de la législation et des taxations.

Pour les trois Régions, l’investissement de départ est le même: l’installation comporte 14 panneaux photovoltaïques orientés au sud-est (ce qui est une orientation optimale) et exposés à un peu d’ombre, soit un investissement d’environ 5.000 euros (avec une TVA de 6% incluse). La production annuelle s’élève à 3.500 kWh.

Le retour sur investissement sera de maximum 10 ans pour une installation qui a une durée de vie de 25 à 30 ans.
Damien Ernst
Professeur à l'ULiège et spécialisé dans les systèmes électriques

Sachant que les panneaux photovoltaïques produisent de manière optimale pendant une durée de 25 à 30 ans et qu’il est conseillé de remplacer l’onduleur des panneaux au bout de 12 ans environ (soit un coût à prévoir de 700 euros TVAC), Engie estime que le rendement annuel d’une installation à Bruxelles se chiffre à environ 10% et que l’investissement sera remboursé en à peine 5 ans. Cette estimation tient compte de la compensation partielle (estimée à 380 euros par an depuis janvier 2020), de l’évolution des prix de l’énergie et de la réduction des CV à partir d’avril 2020 (environ 650 euros par an pendant 10 ans).

Pour une installation similaire en Wallonie, Engie estime que le gain réalisé sur la facture d’électricité (grâce au compteur qui tourne à l’envers) se chiffre à environ 900 euros. Cependant, il faut tenir compte du tarif prosumer (estimé ici à 300 euros par Engie), ce qui réduit ce gain à 600 euros. Par conséquent, le remboursement de l’installation d’un ménage wallon prendra un peu plus du temps (environ 8 ans) mais promet un rendement de 9% sur une base annuelle.

Comme son voisin wallon, le ménage flamand bénéficie du compteur qui tourne à l’envers (850 euros) mais il doit payer un tarif prosumer d’environ 350 euros par an (qui varie en fonction des gestionnaires de réseau). Le remboursement de son installation prendra deux années de plus (10 ans) avec un rendement annuel estimé à 8%.

De son côté, selon ses propres calculs, Test-Achats (TA) obtient un rendement annuel de 6% à Bruxelles (pour une installation bien orientée). "Mais des conditions moins favorables peuvent faire baisser le rendement autour de 3,5%", selon l’association de défense des consommateurs, ce qui reste de toute façon supérieur au rendement du compte d’épargne.  Le temps de retour est estimé par elle aussi à 5 ou 7 ans, grâce aux certificats verts.

Pour la Flandre et la Wallonie, TA a obtenu un rendement de plus de 5,5% (ou de 3,5% si les conditions sont moins favorables) et un temps de retour qui oscille sur une période de 8 à 12 ans.

En conclusion, investir dans les panneaux photovoltaïques reste rentable dans les trois Régions du pays malgré la disparition progressive des mécanismes de soutien.

Conseils

Convaincu? Voici quelques conseils avant de vous lancer dans un tel investissement. Tout d’abord, vérifiez l’état de votre toiture mais surtout que celle-ci est adaptée à la pose de panneaux photovoltaïques. La configuration idéale, c’est un toit orienté au sud et dont la pente a une inclinaison de 30 degrés. Si ce n’est pas le cas, pas de panique. Le rendement de l’installation sera inférieur (ou vous devrez installer plus de panneaux pour obtenir une production équivalente). D’après Engie, dans des conditions favorables, comptez un minimum de 8 à 10 m² du surface disponible (et 14 à 24 m² pour un ménage moyen).

Pour connaître la puissance dont vous aurez besoin (mesurée en kilowatt-crête, kWc), il faut d’abord estimer votre consommation électrique annuelle. Pour un ménage moyen, elle est de 3.500 kWh. En Belgique, dans des conditions optimales, 1kWc correspond à une production d’environ 900 kWh. Il vous faudra donc l’équivalent de 3,8 kWc, c’est-à-dire, environ 15 panneaux (et par conséquent une surface d’environ 26 m2). Notez que l’Association pour la Promotion des Energies Renouvelables met à votre disposition sur son site (apere.org) un simulateur financier gratuit et indépendant.

Ensuite, "ce qui est essentiel, c'est de choisir un installateur compétent (une liste des installateurs certifiés est reprise sur le site https://rescert.be)", souligne Philippe Delaisse, consultant en transition énergétique et bas carbone. Il recommande également de faire jouer la concurrence entre deux ou trois installateurs. "En fonction de la configuration du bâtiment, du type de panneaux (et aussi d'onduleur), il faut compter sur un prix entre 1.200 euros et 1.750 euros/kWc."

Financement

Si vous ne disposez pas de fonds propres suffisants, la plupart des banques proposent une offre de financement dont le TAEG oscille entre 1,49% et 2,95% pour les travaux de rénovation ou destinés à économiser de l’énergie (comme c’est le cas avec l’installation de panneaux photovoltaïques). Il y a de fortes chances que ces taux baissent à l’approche de Batibouw.

Mieux, il existe des crédits régionaux très bon marché (parfois même gratuits). À Bruxelles, le "Prêt vert" permet ainsi d’accéder à un financement de 0 à 2% (en fonction de vos revenus) pour réaliser des travaux d’amélioration énergétique dans votre habitation.

Côté wallon, la Région a prévu un prêt à taux zéro, sous certaines conditions.

Si vous habitez Bruxelles, vous pouvez même profiter du système de tiers investisseur. En pratique, des sociétés comme Brussels Energy, Brusol ou HelloSun installent et financent les panneaux. Elles se rémunèrent en captant les certificats verts.

Au bout de 10 années, le client, qui a entre-temps bénéficié de la réduction de sa consommation d'électricité, devient propriétaire des panneaux (moyennant parfois le paiement d’un euro symbolique).

Beaucoup s'interrogent sur l'intérêt d'un tel système. Il faut dire qu'en Wallonie plusieurs sociétés avaient abusé du concept (lorsque la Région distribuait encore des certificats verts). C'était le client qui souscrivait le crédit. Résultat: quand ces sociétés ont fait faillite, des clients se sont retrouvés sans panneaux, sans subsides et avec un emprunt à rembourser. Rien de tel ici, même s'il faut être attentif aux petits caractères et savoir qu'au bout de 12 ans, il leur faudra remplacer l'onduleur.

Autrement dit, pour ceux qui disposent du capital nécessaire, il est financièrement plus intéressant de réaliser l'investissement soi-même afin de bénéficier de l'intégralité des certificats verts, en plus de bénéficier de la réduction de sa consommation.

Résumé

Tant à Bruxelles qu’en Wallonie, les mécanismes de soutien à l’investissement se réduisent ou tendent à disparaître. Cependant, l’investissement dans des panneaux photovoltaïques reste rentable.

Pour une installation moyenne, selon les Régions, le retour sur investissement oscille entre 5 et 10 ans, tandis que le rendement annuel varie entre 8 et 10% (alors que le rendement d’un compte épargne est inférieur à 1%).

Il existe plusieurs solutions de financement : les taux régionaux à 0%, les crédits bancaires destinés à la rénovation ou aux économies d’énergie et enfin le mécanisme du tiers-investisseur à Bruxelles. Mais si vous avez les fonds propres, il vaut mieux réaliser l’investissement vous-même.  

Lire aussi

Messages sponsorisés