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La hausse du précompte sape la croissance des dividendes

Pour absorber la nouvelle hausse du précompte cette année, il faut que le montant brut du dividende ait été augmenté d’au moins 4,28%. C’est loin d’être le cas…
©AFP

La saison des détachements des dividende approche. Les sociétés s’apprêtent à partager avec leurs actionnaires les bénéfices qu’elles ont réalisés en 2016. Comme cela est devenu une coutume depuis plusieurs années, c’est Proximus qui démarre la saison des détachements de coupon parmi les 20 actions qui composent l’indice Bel 20. L’opérateur de téléphonie attribuera un montant brut de 1 euro par action à ses actionnaires. Après retenue du précompte, l’actionnaire touchera un montant net de 0,70 euro.

Comme 9 autres membres du Bel 20, il s’agit pour Proximus d’un coupon partiel. L’opérateur ayant déjà attribué un acompte de 0,50 euro brut en décembre sur les résultats de son exercice 2016, il s’agit cette fois-ci d’un solde de dividende. Umicore , AB InBev , KBC , bpost , Solvay et Engie notamment pratiquent de la même manière (voir infographie). Pour Aperam , le dividende, qui est payé en dollar américain, est distribué à un rythme trimestriel.

Précisons au passage, pour la facilité de la lecture, que seuls les montants versés dans les semaines à venir sont pris en compte dans cet article. Dans le cas de Proximus, par exemple, le montant versé le 26 avril est un solde de dividende de 0,70 euro.

12 dividendes bruts en hausse

©Mediafin

À quoi peuvent s’attendre les actionnaires? En passant en revue les dividendes proposés par les dirigeants des entreprises, ils ont de quoi plutôt les satisfaire. Sur les 19 liées à l’indice Bel 20, 12 ont décrété une hausse du montant brut. Avec un bond de 22,2%, Bekaert est le champion en la matière. Le tréfileur courtraisien est suivi d’Aperam (+20%), Ontex (+19,6%) et UCB (+4,45%).

A ce groupe, peuvent s’ajouter KBC qui, après avoir passé le dividende pour son exercice 2015, a renoué avec la distribution, et Colruyt (+ 12%), pour qui le dividende est généralement payé au mois de septembre. Pour 3 sociétés (Umicore, AB InBev et Proximus) le solde du dividende n’a pas été modifié par rapport à celui versé en 2016. Pour 5 sociétés, dont AB InBev, Cofinimmo , et Engie, les montants ne varient pas.

En ce qui concerne Telenet et Galapagos , aucun dividende n’a été annoncé à ce jour. La dernière fois que Telenet a attribué un dividende, c’était en 2013. Pour sa part, Galapagos n’a jamais versé de dividende depuis son introduction à la cote en 2005.

Un précompte une nouvelle fois relevé

L’application d’un nouveau taux de précompte risque toutefois de rendre des actionnaires un peu moins heureux. On sait que depuis le 1er janvier, les dividendes ont subi une hausse du taux du précompte. Après être passé de 25 à 27% en 2016, il a encore été relevé, de 27 à 30%.

En d’autres termes, pour que le montant net du dividende soit plus élevé qu’il y a un an, il faut que le montant brut versé aux actionnaires soit en progrès d’au moins 4,286% d’une année à l’autre. Du coup, sur les 12 entreprises qui proposent une hausse du montant brut, il n’en reste que 6 pour lesquelles, après retenue du précompte, le niveau du dividende net est plus élevé qu’en 2016. Bekaert, Aperam, Ontex, Solvay, UCB, et Sofina sont de ce registre. À celui-ci, on pourrait joindre Ageas (grâce à son dividende exceptionnel) et Colruyt , qui l’avait gonflé de 12% l’été dernier.

Pour les autres sociétés, parmi lesquelles on retrouve ING , AvH, bpost, Umicore et GBL , leurs actionnaires percevront un montant inférieur à celui d’il y a un an. Au final, les dividendes nets reculent pour 9 sociétés du Bel 20. Outre celles que l’on vient de citer, il faut ajouter celles qui ont laissé inchangé le montant qui sera tout prochainement distribué. À savoir: Umicore, AB InBev et Proximus.

Des montants nets inférieurs à ceux payés en 2015!

Les sociétés qui ne distribuent qu’une petite part de leur bénéfice sont souvent celles pour lesquelles les analystes prévoient une nouvelle hausse du dividende en 2017.

Pire, du fait du relèvement du précompte mobilier, en 2016 déjà et cette année encore, le montant net versé aux actionnaires se situe toujours à des niveaux inférieurs à ceux atteints il y a 2 ans pour certains locataires du Bel 20! Proximus, AB InBev, GBLet Engie se retrouvent dans ce cas de figure.

De toute évidence, la hausse supplémentaire du précompte décidée récemment par le gouvernement en compensation de la suppression de la taxe sur la spéculation ne fait pas les affaires de l’investisseur de long terme.

Rendement brut de 3,7% pour le Bel 20

L’écart de rendement entre l’obligation d’État belge à 10 ans et les 20 actions du Bel 20 reste élevé. Alors que celui de cette obligation s’élève actuellement à 0,75% brut (0,53% net), celui du Bel 20 est de 3,70% (2,6% net), selon des données fournies par Bloomberg.

C’est indiscutable, les actions conservent largement leur avantage sur les placements considérés comme sans risque. Un avantage qui est loin de s’effilocher au fil des ans. Bien au contraire. Ce niveau de 3,7% est en effet supérieur à celui de 2,9% affiché en avril 2013. Cette hausse peut apparaître curieuse, alors que les cours des actions sont depuis lors montés. Elle s’explique en fait par les relèvements des montants des dividendes intervenus entre-temps, ainsi que par la décision de KBC de renouer avec la distribution. Mais aussi par l’évolution décevante des cours des actions tels qu’Engie sans que son dividende ait été réduit ces 3 dernières années. L’action de l’énergéticien est celle, pour l’heure, qui affiche le rendement le plus élevé. Celui-ci se monte à 8% brut. Elle est suivie de bpost (5,8% brut) et de Proximus (5,1% brut).

Les importants besoins de financement de leurs États, leurs principaux propriétaires qui lorgnent une grosse part de leurs bénéfices, font que le marché craint une baisse à terme de la rémunération des actionnaires. Bpost consacre 70% de ses profits aux dividendes, Proximus 92% et Engie bien plus qu’il ne gagne…

Les pay-outs qui séduisent le plus

Mode d’emploi

Il est loin le temps de la paire des ciseaux…

Avec la dématérialisation des actions effective depuis le 1er janvier 2014, l’actionnaire n’a plus guère de démarches à effectuer pour percevoir ses dividendes. Cette tâche revient à son agent financier qui l’effectuera pour son compte à partir d’un compte-titres existant à son nom. Ou aux sociétés elles-mêmes dans le cas d’une inscription nominative dans leurs livres. Qu’il paraît loin le temps où l’actionnaire, muni d’une paire de ciseaux, se rendait à la salle des coffres d’une banque, afin d’y découper les coupons attachés au manteau des actions donnant droit aux dividendes.

Ce qui reste bon à savoir aujourd’hui, c’est que le jour du détachement du dividende, l’action se traite "ex-dividende" avant le démarrage de la séance. L’actionnaire devra juste patienter 2 jours avant de recevoir la somme qui lui revient. Une somme dont un précompte de 30% est déduit. Il est aussi bon de savoir que les actions de sociétés de droit étranger, comme Aperam, Engie et ING sont doublement précomptées. Une première fois dans leur pays d’origine, une seconde fois chez nous. Il est possible de réduire de quelques points le précompte prélevé en Belgique, grâce à la convention préventive de la double imposition avec certains pays. Pour cela, il suffit de s’adresser à son agent financier.

On notera à ce propos que les actions qui offrent des rendements élevés ne sont pas celles, généralement, qui affichent les meilleures performances à la Bourse de Bruxelles. Et encore moins celles qui réservent la plus grosse part de leurs profits aux dividendes.

Les actions dont les cours ont le mieux progressé depuis le début cette année sont en réalité souvent celles qui ne dédient qu’une faible part de leurs profits aux actionnaires (pay-out). C’est le cas par exemple d’AvH qui ne consacre que 30% de ses résultats aux dividendes, et dont l’action progresse de 11% depuis janvier. De même qu’Ontex, dont les pourcentages sont successivement de 34% et 8%, et UCB (40%, + 11%).

Colruyt, Sofina, Solvay, KBC, Telenet et Galapagos comptent aussi parmi les sociétés qui ont thésaurisé au moins 50% de leurs profits. Ce qui leur permet d’assurer le financement de leur politique d’investissement sans devoir nécessairement contracter de nouveaux emprunts. Au passage, c’est souvent pour ce type de sociétés que les analystes suivis par Bloomberg prévoient une nouvelle amélioration du montant de leur dividende l’an prochain. Ils s’attendent par exemple à ce que Colruyt annonce l’été prochain une hausse de 16% de son dividende brut à 1,30 euro.

Concernant GBL, malgré un exercice fiscal négatif, les profits tirés de la distribution de dividendes des actions de sociétés détenues en portefeuille couvrent totalement sa politique de dividende.

Chez AB InBev, les bénéfices accumulés en 2016 ne suffisent pas à assurer le paiement des dividendes. Cela ne devrait plus être le cas pour l’exercice 2017, alors que les analystes estiment que le brasseur réalisera un bénéfice par action de 4,5 euros. Pour son exercice 2016, AB InBev a consacré un montant brut total (acompte + solde) de 3,60 euros par action pour le dividende.

En dehors du Bel 20

La saison des versements de dividende a déjà démarré dans ce segment de la cote de Bruxelles. C’est Wereldhave Belgium qui l’a inaugurée le 18 avril, tandis qu’Aedifica devrait la clôturer fin octobre, début novembre.

Les relèvements de dividendes – en ce compris les sociétés qui renouent avec la distribution – l’emportent assez largement. C’est le cas pour 46% des 93 sociétés qui ont communiqué à ce jour sur le sujet, contre 39% qui le maintiennent inchangé et 8% qui le réduisent voire le passent. Détenue à hauteur de 27,6% par AvH, Sipef est la championne dans cette catégorie, avec un bond de 108,3% du montant brut. Cette société est suivie d’EVS (+30%), Recticel (+29%) et Deceuninck (+20%).

Petit bémol, les dividendes ne montent suffisamment pour absorber la hausse du précompte mobilier que pour 16 entreprises (17%). Au rayon des sociétés qui réduisent leur dividende, on trouve Exmar (-67%), Euronav (-54,4%), Intervest Offices (-18%) et CFE (-10%). 7% des petites et moyennes entreprises contre 10% dans le Bel 20, ne distribuent pas de dividende.

Autre manière de rémunérer les actionnaires: le rachat d’actions propres. Beaucoup de sociétés mettent au point des programmes de rachats de leurs propres actions sur le marché boursier. Cela a l’avantage de réduire le nombre d’actions et d’accroître la valeur intrinsèque de celles qui restent en circulation. Le bénéfice est alors à répartir en un nombre moins élevé d’actions. Ce qui permet d’espérer de meilleurs dividendes.

Mais pour que les effets de ce type d’opération soient définitifs, il faut que les sociétés décident d’annuler définitivement les actions rachetées. Ce qui est de moins en moins le cas. GBL, AvH, Telenet, Ahold Delhaize, et D’Ieteren , pour ne citer qu’eux, acquièrent leurs propres titres en Bourse pour assurer leur politique de "stock options" à destination des cadres. Il s’agit dans ce cas de titres qui, à terme, reviendront en Bourse.

Coutumiers pour leur part du fait de détruire les actions acquises, Colruyt et Econocom n’ont pas encore précisé à ce jour ce qu’ils comptent faire du paquet de titres qu’il détiennent. Colruyt possédait à la fin de l’année passée 2,87% du total des actions du groupe émises, et Econocom 3,41%. Ageas compte parmi les rares sociétés belges cotées à proposer à ses actionnaires de procéder à l’annulation de 7,17 millions d’actions, représentant un peu plus de 3% du nombre d’actions existantes composant son capital.

Enfin, notons qu’il arrive que les sociétés utilisent les actions propres détenues pour financer des acquisitions.

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