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"Je ne crois pas vraiment aux actions"

Jim Rogers, gourou boursier et spécialiste des matières premières, estime que les opportunités sont importantes pour les matières premières dans une perspective de long terme. Dans une entrevue accordée à Mon Argent, il se dit moins optimiste par rapport aux actions.

(Mon Argent) – Jim Rogers est de ces investisseurs sur lesquels on colle généralement l’étiquette de "gourou boursier". Cet Américain a fondé le légendaire Quantum Fund conjointement à George Soros, l’autre légende du secteur. Pendant les années septante, le tandem a atteint un rendement de 4.000%, ce qui lui vaut de figurer parmi les plus grands spécialistes de la Bourse.

Rogers est aussi un véritable globe trotter. Dans les années 80, il a traversé la Chine en moto, au début des années 90, pendant deux années, il parcourut plus de 160.000 kilomètres sur les six continents. Ce dernier périple lui a d’ailleurs valu de figurer dans le Guiness Book des Records. Pendant ses voyages, Rogers s’est forgé une opinion précise par rapport à certains investissements.

À l’âge de  67 ans, l’Américain parcourt encore le monde. Pour l’interviewer, il faut pouvoir suivre son rythme… " Call me now ", répondait-il quelques minutes après notre premier e-mail.

Craignez-vous une seconde récession?

"Je ne suis pas encore convaincu que nous soyons sortis de la première récession! Les marchés financiers sont encore confrontés à de sérieuses difficultés. Je ne vois pas comment on pourrait résoudre un problème lié à une consommation et à une dette excessives en… consommant davantage et en contractant encore plus de dettes ! Dans le monde entier, les dettes publiques sont en augmentation et on imprime des billets à tour de bras. Pour ceux à qui ces billets sont destinés, les problèmes sont d’emblée résolus. Mais les autres se voient présenter une facture plus salée en compensation, et sont donc moins bien lotis encore qu’auparavant."

Êtes-vous optimiste à l’égard des actions?

"Je crois au potentiel des matières premières, mais pas à celui des actions pour le long terme. Quelle que soit l’orientation prise par l’économie mondiale, les matières premières y trouveront leur compte. Si l’économie reprend des couleurs, les matières premières seront moins disponibles et leur prix augmentera en conséquence. Si la situation économique se dégrade en revanche, les presses à billets tourneront à nouveau à plein régime et la demande de classes d’actifs "sûres" comme les matières premières augmentera. Les actions, quant à elle, ne peuvent tirer profit que d’une orientation positive de l’économie. Mais si je devais absolument faire un choix, je placerais plus volontiers mon argent chez les prêteurs que chez les emprunteurs. C’est sur des marchés de croissance tels que Taïwan, la Corée, Singapour et la Chine que les gros sous se concentrent actuellement. "

Le prix de l’or est-il appelé à de nouveaux records?

"Je détiens de l’or et je n’ai pas l’intention de le vendre. Je n’achète cependant pas n’importe quoi pour la seule raison que les cours sont historiquement élevés. Le prix de l’or peut encore augmenter: une hausse en direction de 2.000 USD au cours de la prochaine décennie n’est pas exclue. L’or n’est cela dit pas le seul métal précieux intéressant au titre d’investissement. J’achèterais pour ma part de préférence les métaux précieux dont le prix est sous pression. Le cours de l’argent est par exemple de 70% inférieur à son record historique. De nombreuses matières premières agricoles, aux niveaux de cours historiquement faibles, sont des plus intéressantes. Le prix du sucre est inférieur de 70% à son plus-haut historique, le café et le jus d’orange sont 60% moins cher.

Le prix du blé est soutenu par les incendies en Russie. Cette hausse est-elle temporaire, ou le problème est-il structurel?

"Le problème n’est pas uniquement lié à la pénurie temporaire. Non seulement les matières premières agricoles sont extrêmement bon marché, mais les agriculteurs sont trop peu nombreux. Les prix devraient donc encore augmenter. Par ailleurs, le métier d’agriculteur constitue aujourd’hui une filière prometteuse. Ces trente dernières années ont été catastrophiques pour le secteur, mais les prochaines décennies s’annoncent nettement plus clémentes. Un bon investissement peut consister dans l’achat d’un terrain agricole."

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