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Et si l'euro disparaissait?

Afin d’endiguer la crise des dettes européennes, la zone euro doit se doter d’un gouvernement économique permanent, selon Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Cette idée fait déjà l’objet de nombreuses critiques. La survie de l’euro est-elle dès lors menacée?
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(mon argent) - Des sommets européens trimestriels, la garantie que les gouvernements européens restaurent leurs finances, une taxe sur les transactions financières en Europe et l’harmonisation de l’impôt des sociétés pour la France et l’Allemagne. Avec ces mesures, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel veulent conjurer la crise des dettes européennes.

Mais des critiques s’élèvent déjà de toutes parts: le chef de file des libéraux européens, l'ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, s'est déclaré déçu par les mesures proposées. Pour lui, il s’agit clairement de jeter de la poudre aux yeux. "Ces mesures ne visent absolument pas à créer un gouvernement économique" pour la zone euro, a-t-il affirmé à la VRT-radio.

"Bien que j'accueille favorablement la déclaration commune en faveur d'un gouvernement économique, je ne vois pas vraiment comment un conseil des chefs d'Etat et de gouvernement se réunissant tous les six mois pourrait l'assurer", a-t-il précisé, en outre, dans un communiqué.

Facteurs de risque?

Il est nécessaire de garder la crise des dettes sous contrôle afin de "sauver" l’euro. La pression sur le taux d’intérêt à long terme de l’Italie et de l’Espagne semble s’être un peu tempérée par rapport à la situation d’il y a quelques semaines: le taux à 10 ans flirte avec le seuil des 5%, mais c’est toujours moins que le pic à 6,2% enregistré au début de ce mois.

Pour autant, ce ne sont pas les marchés financiers qui constituent la plus grande menace pour la zone euro. Le risque provient de la sphère politique. "Le plus grand risque est qu’un pays, sous pression de la population – par exemple après des protestations violentes ou la victoire aux élections d’un parti anti-européen – quitte la zone euro. Rationnellement, une sortie de la zone euro ne serait pas une solution aux problèmes actuels. Mais lorsque les émotions prennent le dessus, certains pensent qu’il est plus facile de prendre soi-même les décisions pour sortir de l’impasse", affirme Etienne De Callataÿ de Banque Degroof.

Paul De Grauwe, économiste à la KULeuven, rejoint cette opinion. Il craint surtout que l’on associe l’augmentation du coût de la vie à l’adhésion à la zone euro. Pour la population des pays touchés par la crise de l’endettement, ce coût prend la forme de mesures d’épargne draconiennes. Cela dit, dans des pays tels que l’Allemagne et les Pays-Bas également, de plus en plus d’observateurs affirment être excédés par le fait que "leurs impôts servent à résoudre les problèmes d’autres nations."

Une menace réelle?

Le scénario le plus pessimiste est le suivant: un pays qui quitte la zone euro et qui provoque une réaction en chaîne dans l’ensemble de la zone. Les économistes estiment que cette issue est possible, mais très improbable. Pourquoi? Parce qu’il n’existe pas d’alternative. Une sortie de la zone euro s’apparente à un saut dans le vide. L’incidence économique et financière d’un tel scénario est impossible à estimer. Sans compter les désagréments pratiques: on a planché de longues années sur l’introduction de l’euro. Mais il n’existe pas de dispositions régissant une sortie éventuelle de la devise unique.

Sortie d’un pays = fin de l’euro

Ce n’est pas parce qu’un pays décide de sortir de l’euro (cette hypothèse demeurant très improbable par ailleurs) que l’ensemble de la zone euro volera en éclats. Symboliquement, évidemment, cela représenterait un pas en arrière. Mais sur le plan économique, ce ne serait pas une catastrophe. De Callataÿ renvoie à l’exemple de la Grèce. "En fin de compte, ce pays ne satisfait pas aux conditions d’adhésion à la zone euro depuis de longues années. À moins que ce pays soit disposé à procéder à de profondes réformes, son adhésion à la zone euro n’a en fin de compte aucun impact." Le plus grand danger réside dans la réaction en chaîne que la sortie d’un pays pourrait provoquer : les pays confrontés aux mêmes problèmes pourraient décider d’emprunter la même voie.

Et si l’euro disparaissait?

L’incidence d’un tel scénario est impossible à estimer. "Celui qui affirme en être capable est un fieffé menteur", affirme De Grauwe. En termes généraux, cela représenterait le retour aux devises nationales, une dépréciation considérable face au dollar, des taux en hausse, une inflation accrue et un arrêt de la croissance économique.

Les plus grands pessimistes anticipent un Lehman Brothers au carré. Lorsque cette banque américaine a fait faillite en 2008, l’onde de choc a été ressentie sur l’ensemble des marchés financiers internationaux, ce qui s’est finalement traduit par une récession, la plus profonde depuis la seconde guerre mondiale. De Callataÿ estime pour sa part que les circonstances de cet événement ne sont pas comparables à la situation actuelle: "La débâcle de Lehman Brothers a eu l’effet d’un éclair dans un ciel sans nuages. En revanche, une disparition de l’euro, si elle est hautement improbable, demeure une possibilité dont les économistes tiennent compte. Lehman Brothers constituait par ailleurs le nœud du problème des produits structurés, ce qui explique le phénomène de contagion. Pour l’euro, je ne pense pas que l’incidence puisse être semblable. De plus, les marchés boursiers présentent actuellement une valorisation inférieure à celle qui prévalait il y a trois ans."

Existe-t-il encore des investissements sûrs?

Pour un nombre de plus en plus grand d’investisseurs, cette question est un casse-tête. De Callataÿ: "Actuellement, aucun investissement n’est sûr. Ni l’or, ni l’immobilier, ni les matières premières et les obligations (publiques) ne sont sûres. Les actifs tels que l’or et le franc suisse peuvent plus être qualifiés d’actifs de bon père de famille après leur forte hausse. L’or et la devise suisse sont moins sûrs aujourd’hui qu’il y a encore un ou deux ans. Les obligations allemandes sont-elles sûres? Même les finances publiques allemandes auront peine à financer le vieillissement de la population."

Les liquidités sont évidemment une possibilité. La plus sûre à tout le moins. Car les particuliers qui parquent de l’argent sur un compte épargne ou à terme sont au moins assurés qu’ils ne perdent pas cet argent. Cela dit, leur rendement net est négatif car le taux d’inflation est supérieur aux taux sur l’épargne. Dès lors, l’épargne croît moins rapidement que n’augmente le coût de la vie.

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