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"Nous jouons la carte des obligations des pays en croissance"

Le taux belge à dix ans est passé pour la première fois sous les 3%, son plus-bas historique. En quête de placements sûrs, les investisseurs sont donc prêts se satisfaire d'un très faible rendement. Pour le spécialiste en obligations Michaël De Man, ils seraient mieux inspirés d’aller voir du côté des obligations d’entreprises des pays en croissance.

(mon argent) – Le taux des obligations d’Etat belges est à son plus bas. Même pendant la dépression des année trente, le taux à dix ans était à un niveau supérieur. Le phénomène est planétaire – l’Allemagne, les États-Unis et le Japon ont eux aussi atteint leur plancher –. Il s’explique par la peur d’une déflation et d’une chute des prix qui fait perdre la boule à de plus en plus d’investisseurs. Si la durée se réduit, les investisseurs se contentent d’un coupon plus maigre parce que les prix en baisse augmentent le pouvoir d’achat des obligations d’Etat.

On remarquera que ce sont surtout les investisseurs qui craignent la déflation, les économistes ne privilégiant pas ce scénario. Notamment Michäel De Man, spécialiste "obligations" chez KBC. "Que les investisseurs craignent la déflation est assez logique, mais pour nous ce n’est certainement pas un scénario de base."

1. La peur de la déflation pousse les investisseurs en masse vers les obligations d’Etat. À juste titre?

"Dans la zone euro comme aux États-Unis, l’inflation de base est repassée sous 1%. Aux États-Unis, il faut remonter à plus de 40 ans pour retrouver une inflation de base si faible. L’inflation sous-jacente est donc très basse et il y a peu de raisons de penser que cela changera à court terme. La plupart des pays occidentaux connaissent un chômage élevé, une sous-utilisation des capacités et des perspectives de croissance en net recul par rapport au potentiel. Par ailleurs, rien n’indique que l’énorme injection de liquidités dans le système financier et percolera dans l’économie réelle. Il est donc logique que les investisseurs craignent la déflation. Je ne considère toutefois pas ce scénario comme une base de travail."

2. Les obligations d’entreprise sont-elle actuellement un placement intéressant?

"Nous pensons que, dans les prochains mois, les taux des obligations d’Etat resteront aux alentours du niveau actuel. Pour un grand bond en avant, il faudra attendre. Aussi, continuons-nous à préférer les obligations d’entreprise au papier d’Etat. Les rendements fabuleux de l’année écoulée ne se répéteront pas, mais le pronostic est en tout cas meilleur pour les obligations d’entreprise que pour le compte d’épargne. Le risque de crédit est rémunéré à un niveau qui permet de couvrir les mauvais payeurs éventuels. Ils resteront d’ailleurs sous contrôle, vu la santé des bilans de nombreuses grandes entreprises. Pendant les trimestres suivants, la prime de risque baissera peu à peu, ce qui offre une protection contre la tendance à la hausse du risque de taux sur les obligations d’Etat. La diversification reste nécessaire: il faut à tout prix éviter la concentration du risque débiteur."

3. Quelles obligations privilégiez-vous?

"Actuellement, nous jouons à fond la carte des obligations des pays émergents. En plus d’un rendement courant dépassant les 5% (jusqu’à 9% en Turquie, et jusqu’à 12% au Brésil), elles offrent l’atout supplémentaire de devises orientées à la hausse. Les fondamentaux des pays en croissance sont sains: faibles déficits publics, dette publique limitée et forte croissance du Produit national brut. Pour l’essentiel, les meilleurs potentiels se trouvent dans des pays comme la Pologne, l’Indonésie, la Turquie et le Brésil."

4. N’est-il pas risqué d’investir dans les pays en croissance?

"Ce n’est certainement pas sans risque. D’autant que le risque politique y est plus élevé que dans les pays développés. Mais les pays en croissance ont d’autres avantages. Ne comptez pas sur moi pour dire qu’il est plus sûr d’y investir que dans les pays développés. Mais pour peu que l’on regarde les fondamentaux économiques, on constate que les pays en croissance ont l’avenir devant eux."

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