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Paierez-vous trois fois le prix de l'impasse politique?

L’impasse politique nous coûtera cher, c’est sûr. Mais combien? Difficile à dire, car la crise de la zone euro et la crise financière interviennent aussi. Ce qui est clair, c’est que l’absence de gouvernement nous touche à trois niveaux.

Au niveau des taux d'abord. Mercredi, les obligations de l’État belge ont atteint les 5,5%, contre 3,5% il y a un an. Mais cette hausse des taux n'est pas seulement due à l'impasse politique. La crise de la zone euro qui frappe plusieurs pays affichant d'énormes déficits publics, est plus importante encore. "Pour filtrer l’impact de l’impasse politique, estime Etienne de Callataÿ économiste en chef de la Banque Degroof, il faut prendre en compte la différence de taux par rapport à l’Allemagne et voir si ce différentiel s’accroît plus rapidement en Belgique que dans les autres pays de la zone euro."

Sur cette base, les résultats de la Belgique sont très mauvais. L’écart des taux a presque quadruplé en un an, passant de 95 points de base en novembre 2010 à 334, mercredi. Et le rythme est plus rapide en Belgique que dans les pays d’Europe méridionale. En Espagne et au Portugal, par exemple, le taux n’a "que" doublé. Il a triplé en Italie. Seule la France a fait encore pire que la Belgique: l’écart par rapport à l’Allemagne y est passé de 44 points de base... à 154 points, aujourd’hui! La hausse est principalement liée à la menace de Standard & Poor’s de retirer au pays la note de crédit la plus élevée (le fameux triple A).

Hausse des taux

Dans les trois pays du Sud (Italie, Espagne et Portugal), l’écart par rapport à l'Allemagne a bondi de 140% en un an. En Belgique, une hausse de cet ordre aurait porté à les taux à 4,58%, soit 90 points de base de moins que le taux affiché mercredi.

Si le taux réel est de 90 points de base plus élevé, c’est principalement pour des raisons typiquement nationales: la crise de Dexia et l'impasse politique. Mais il est difficile de faire la part de l’un et de l’autre. Sachant que notre pays doit refinancer 78 milliards d’euros l’an prochain, ces 90 points de base représentent un surcoût de 700 millions d’euros en 2012... à condition que le taux reste stable durant l’année.

Baisse de la confiance

Au-delà des taux et de la politique, d’autres points sont à suivre de près. "Nous constatons une importante baisse de la confiance des entrepreneurs et des consommateurs. Même si la part de l’impasse politique est difficile à quantifier, nous confie Etienne de Callataÿ, nous pouvons admettre que la croissance nulle de l’économie belge au troisième trimestre est attribuable au moins en partie, à l’absence de gouvernement."

Ces atermoiements pourraient également nous valoir une amende européenne. Si la Belgique ne prend aucune décision structurelle pour réduire le déficit budgétaire avant le 15 décembre, elle risque une amende de 708 millions d’euros, payable immédiatement. Ce montant serait placé sur un compte bloqué. Les intérêts (et éventuellement le capital) feraient l’objet de prélèvements systématiques tant qu’aucune amélioration ne serait constatée". Honnêtement, je ne pense pas que cette amende augmente la pression. Si l’on n’a déjà pas le courage de prendre des décisions rapides pour 12 milliards d’euros, en quoi 780 millions de plus feraient-ils peur? Je ne suis en outre pas partisan des amendes qui ne font qu'alourdir les dettes des pays. Mais il est clair qu'il faut une solution pour notre pays", affirme E. de Callataÿ.

On le voit, l’impasse politique a une incidence financière qu’il ne faudrait pas sous-estimer. A chaque minute qui passe, l'addition s'alourdit. Chaque Belge attend donc logiquement avec impatience un accord gouvernemental définitif.

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