Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

Que prédisent les résultats d'entreprises?

Les résultats des entreprises US et européennes ont rarement été aussi bons mais les marchés arborent une moue dubitative. Pourquoi?

(mon argent) - Jusqu’à présent, on peut dire que les résultats d’entreprises au 1er semestre (et au deuxième trimestre) sont plutôt bons. Très bons, même. En Europe, jusqu’à présent, plus de 60 % des entreprises ayant rendu leur bulletin peuvent se targuer d’une note meilleure qu’attendue. Aux Etats-Unis, le pourcentage grimpe même à près de 80 %. Pourtant, les marchés hésitent. Les cours réagissent fort peu aux "bonnes" nouvelles. Les analystes eux-mêmes rechignent à conseiller les entreprises dignes d’achat. Sur la décennie écoulée, jamais les recommandations n’ont d’ailleurs été aussi faibles. Contradiction? "Non. C’est l’éternelle histoire du rétroviseur et du pare-brise…", lance Bruno du Bus de Warnaffe, directeur de la stratégie d’investissement chez Puilaetco Dewaay Private Bankers. "Les résultats se basent sur les 6 derniers mois sur le plan opérationnel tandis que nos prévisions sont davantage orientées sur les 6 à 12 prochains mois."

Relativiser les résultats

Comment expliquer que les résultats des entreprises aient été aussi bons? D’abord, il y a eu un incontestable effet de restockage des entreprises des deux côtés de l’Atlantique depuis que les premiers signes d’une reprise de l’économie se manifestent. Soit depuis 6 mois environ. "Ensuite, il y a un effet de base annuel largement favorable aux résultats de ce semestre 2010. Il y a un an, la conjoncture était dans le creux de la vague et les entreprises étaient vraiment à la peine", explique le stratégiste. En pourcentages relatifs, la comparaison apparaît impressionnante. Enfin, les programmes de réductions des coûts vont toujours bon train. Depuis que la crise a éclaté, on sent la volonté des entreprises de réduire au maximum d’un point de vue structurel. "On ne doit pas oublier l’aspect psychologique des choses", conclut Bruno du Bus. "Les analystes ont été très fortement échaudés lors de la correction précédente. L’impression prévaut qu’on leur a fait avaler quelques couleuvres. La prudence reste donc de mise. Ils craignent un effet boomerang et se montrent peut-être exagérément prudents, c’est vrai..."

Savoir raison garder

Les valorisations, dès lors, plutôt bon marché? " En moyenne, les analystes estiment que non, partant du principe que le rétablissement de la conjoncture n’est pas aussi évident qu’il n’y paraît." Pourtant, les taux de croissance sont ambitieux pour 2010 et 2011 (croissance à deux chiffres). "Comme les cours des marchés américains et européens sont pour ainsi dire étals, la croissance attendue des bénéfices par action a rendu les valorisations – en termes de rapports cours/bénéfice- plus intéressantes", estime le stratège. Lequel reconnait le débat actuel au sein de la sphère des analystes: la plupart estiment précisément que la croissance du BPA est surestimée et que les valorisations actuelles, pourtant en dessous des moyennes historiques (13,5 versus 16 de moyenne pour le S&P 500), ne sont pas aussi faibles qu’on pourrait l’imaginer. D’où le peu d’entrain à recommander les valeurs à l’achat… "Prudence, quoi qu’il en soit", ajoute Bruno du Bus, "surtout dans les secteurs où on manque de visibilité, comme celui de la finance."

Le pouvoir de prédiction des résultats en baisse ?

Pour un investisseur, un rendez-vous trimestriel ou semestriel est toujours un incontournable pour jauger l’intérêt de garder ou non une action en portefeuille. Ainsi, chez les investisseurs actifs, il est communément admis que si une entreprise déçoit à la fin du premier semestre, il y a peu de chances que l’année soit réussie. Et, souvent, ils la "lâchent". Le "predicting power" des résultats des entreprises a-t-il baissé ces dernières années? "Oui, sans conteste", explique cet analyste souhaitant garder l’anonymat. "Il y a 10 ans, quand je prenais contact avec un directeur financier pour tâter le terrain, je savais lire entre les lignes et interpréter la situation réelle de l’entreprise. Aujourd’hui, les discours sont plus formatés, les portes plus souvent fermées, les contacts moins réguliers et les règles de communication, plus strictes, de sorte que je peux moins facilement flairer la situation opérationnelle. Par ailleurs, le monde s’est davantage globalisé, le nombre de facteurs à prendre en compte a grandi. Cela complique notre tâche", conclut l’analyste.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés