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Michel Dufranne: "J'ai l'impression que tout est fait pour nuire aux indépendants"

©Dieter Telemans

49 ans/Né à Bruxelles/Connu également sous le nom de Miroslav Dragan/Titulaire d’un doctorat en psychologie, il est scénariste de bandes dessinées et de séries télé/Parmi ses séries de bandes dessinées: La Guilde, Helldorado ou encore l’adaptation du roman d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires/Chroniqueur littéraire dans le 6-8 de la RTBF tous les lundis et sur La Première dans "Entrez sans frapper"/A deux fils.

Pourquoi toutes ces carrières différentes?

Pourquoi pas? Je pense que c’est fini le modèle des Baby Boomers où on entre dans une société et on y progresse avec le temps. J’ai toujours eu des difficultés à dire non aux nouvelles expériences. J’ai fait de la radio et de la télé par accident, je suis devenu scénariste de BD par accident, mais toujours dans des choses qui m’intéressent.

Collectionnez-vous les BD?

Je pense que ça a dépassé le stade de la collection, malheureusement (rires). Je me suis quasiment transformé en bibliothèque, tellement je possède de choses de par mon métier. Cela commence même à poser problème, car ce ne sont pas des choses faciles à caser.

Êtes-vous attentif à quelque chose en particulier lorsque vous achetez?

Non, car je suis assez pauvre (rires). Je fais très peu d’achats impulsifs, je viens d’une famille où on m’a toujours dit qu’il ne faut rien acheter d’inutile, qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait.

En cinq chiffres
  • 50: "On est entré dans l’année qui sera celle de mon 50e anniversaire, j’ai donc déjà tenu jusque-là (rires)."
  • 25: "C’est une année particulière, car je vais fêter les 25 ans de vie commune avec mon épouse. À mes 50 ans, j’aurai donc vécu autant avec elle que sans elle. Je pense que c’est très atypique aujourd’hui, vu qu’il y a beaucoup de divorces."
  • 22: "Sans aucune raison, j’adore ce chiffre. Quand je dois choisir un numéro, par exemple dans un jeu vidéo, je choisis le 22. C’est sans doute une espèce de superstition, mais je n’en connais pas l’origine."
  • 0: "Car tout est à faire, on peut aller vers le plus ou vers le moins."
  • 1180: "C’est mon code postal à Uccle, car je me sens très Bruxellois. Même si j’ai vécu à Montréal, à Paris et autres. Je suis d’abord et avant tout Bruxellois, et particulièrement du sud du canal. Je pense qu’il y a ceux du nord et ceux du sud, et je me rends compte que quasiment tous mes potes sont du sud. Avec l’âge, on sent cette topographie de Bruxelles."

Remplissez-vous votre déclaration fiscale vous-même?

C’est l’antichambre de l’enfer pour moi. Je la fais remplir par quelqu’un, mais même comme ça, je la dépose en retard. C’est un domaine qui me terrorise réellement, je n’y comprends absolument rien. J’ai l’impression que tout est fait pour nuire aux indépendants. Cela représente une énergie et un stress énormes.

Allez-vous souvent au restaurant?

J’ai eu une overdose de restaurants. J’ai travaillé pendant 12 ans à Paris et, dans le milieu de l’édition, beaucoup de choses se discutent dans les restos. J’y allais parfois 10 fois sur la semaine. J’y vais encore souvent et je recommence à redécouvrir le plaisir d’y aller en famille, car mes enfants ont grandi.

La problématique des pensions vous préoccupe-t-elle?

C’est l’antichambre de l’antichambre de l’enfer (rires). Cela me préoccupe, tout en me donnant l’impression d’être dans un jeu de dupes, où de toute façon je n’aurai rien à dire. Et puis, comme j’ai tous les statuts possibles et imaginables, ça va être un bordel administratif sans nom. C’est un jeu où les règles changent en permanence et où elles sont modifiées pour de mauvaises raisons.

Êtes-vous un passionné de cinéma?

Je ne vais jamais au cinéma. D’abord, parce que je suis allergique à la poussière de pop-corn, ensuite, parce que je peux malheureusement sortir très vite d’un film, par exemple à cause de commentaires inappropriés des spectateurs. Dans ce cas-là, c’est le boulot qui reprend le dessus. Sinon, j’ai BeTV, Netflix et Amazon Prime. Je ne consomme que du légal. Le droit d’auteur est un droit fondamental.

"Avec des potes à l’unif, on s’amusait à inventer des proverbes, comme ‘L’argent n’a pas d’odeur, mais il y contribue’. C’est sans doute la chose matérielle la plus complexe à gérer. Ne faites pas comme moi: il faut s’y intéresser un peu plus. Mais ne faites pas comme certains: ne vous y intéressez pas trop!"
Le conseil

Que pensez-vous de la tendance qu’ont les jeunes de rester de plus en plus longtemps chez leurs parents, voire de revenir vivre chez eux en cas de problème ou d’accident de parcours?

Ce qui me perturbe, c’est plutôt de voir énormément de "jeunes" (qui ont passé la trentaine) être obligés de vivre en colocation. Quand j’étais à Paris, dans l’édition, il n’était pas rare de voir des services entiers vivre dans le même appartement, y compris avec des couples. Le phénomène de la coloc’ est très récent et a un côté "tendance", alors que non, la vie privée nécessite un espace privé.

Au niveau des vacances, êtes-vous du genre à partir au ski en hiver?

Non, pas du tout. Quand on part au soleil, on va en Grèce, mon épouse étant d’origine grecque. Moi par contre, j’adore partir au froid, mais pas au ski. Je suis un grand fan du Canada. J’y ai vécu, du Québec à l’Ontario. Et je suis aussi fan des pays scandinaves, mais ce n’est pas pour le ski. Plutôt pour les vrais hivers. Et les gens y sont plus aimables.

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