Et si on vous prescrivait une petite dose d'e-Santé?

©Vincent Dubois

La digitalisation des soins de santé s’emballe. Prochaines étapes: l’attestation de soin et la prescription électroniques et le remboursement d’applis par l’assurance maladie. Mais l’e-Santé c’est encore bien d’autres choses. Les initiatives pullulent. Quelles sont les solutions dont le patient peut (et pourra bientôt) profiter?

Difficile d’établir un état des lieux précis de l’e-Santé en Belgique. "On assiste à un foisonnement d’initiatives, que ce soit au niveau régional, des sphères hospitalières, du privé, du monde digital et des start-ups, d’acteurs à l’étranger. Mais il est impossible de dresser l’inventaire de ce qui existe, de ce qui est utilisé (et comment), utile, etc.", observe Olivier Callebaut, Program manager eBusiness aux Mutualités libres qui a notamment participé à un Hackathon sur le thème de l’amélioration de la continuité des soins. Tentons de zoomer pour obtenir une image plus précise.

Il existe un cadre fédéral officiel: le paysage de l’e-santé en 2019. Un plan en 20 étapes (développements techniques et mesures concrètes) dont la plupart sont aujourd’hui finalisées ou en voie de l’être. Pour résumer, on peut dire que toutes ces avancées visent à généraliser le partage des données de santé dans un cadre sécurisé en vue d’optimiser les traitements, d’en réduire les coûts et d’impliquer au maximum le patient dans la prise en charge de sa santé.

Une série de nouveautés de nature plutôt administrative mais concernant directement le patient entreront en vigueur dans les jours, semaines et mois à venir. Nous vous invitons à découvrir le fonctionnement de l’attestation de soins électronique et de la prescription électronique et les possibilités qu’offrira le Personal Health Viewer dans la page suivante.

Applis bientôt remboursées

L’un des développements les plus aboutis concerne les applis de santé mobile. Dans le cadre d’un projet pilote, les autorités avaient sélectionné 24 applis ciblées sur 5 pathologies (diabète, santé mentale, AVC, maladies cardio-vasculaires et douleurs chroniques) qui représentent à elles seules 80% des coûts de santé.

La première évaluation (fin 2017) s’est révélée très positive. Grâce aux appareils connectés et aux applis, le patient peut contrôler lui-même une série de paramètres dans une optique préventive ou curative, mais aussi transmettre des données et observations sur son traitement à son médecin. La ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block a déclaré que ces applis avaient tenu toutes leurs promesses. Si elles sont définitivement validées (courant 2018 normalement), une réglementation sera fixée en vue de définir les conditions de leur remboursement par l’INAMI. "Il devrait en résulter un cadre structurel qui amorcera alors la pompe", suppose et espère Olivier Callebaut. Car en coulisses, les initiatives pullulent et tentent de forcer la porte.

Initiatives en coulisses

L’évolution technologique et l’innovation n’attendent en effet pas la reconnaissance officielle pour tenter d’exploiter le potentiel immense de la santé 2.0.

Certes, l’utilisation d’applis couplées à des capteurs mobiles relève souvent du gadget, de l’autosurveillance et du bien-être, mais certaines vont plus loin et leur vocation médicale est évidente. Comme celles qui permettent de déceler des anomalies cardiaques ou de régler soi-même sa pompe à médicament par exemple. "Avant leur prise en charge éventuelle par l’assurance obligatoire, on peut très bien imaginer que les assureurs privés ou les groupes mutuellistes donnent un coup de pouce", suggère Olivier Callebaut. Partena Ziekenfonds a ainsi ouvert la voie en accordant le remboursement de l’appli Fibricheck qui aide le médecin à déceler l’arythmie cardiaque. L’intervention de l’assurance complémentaire (10 euros/consultation, 30 euros/an max.) est prévue à la rubrique "consultation/examen préventif", au même titre qu’une mammographie, une endoscopie ou une analyse de sang…

Pour Olivier Callebaut, dans le cadre de son recentrage sur ses missions de base, l’assurance complémentaire des mutuelles pourrait très bien faire passer à la trappe des interventions "contestées" dans les stages sportifs ou les consultations de certaines médecines alternatives par exemple, pour basculer vers la prévention et le suivi de pathologies respiratoires et cardiaques.

Pour rappel, l’assurance complémentaire a notamment pour vocation d’alléger les frais de prestations qui sont insuffisamment ou pas (encore) remboursées pas l’INAMI, et de contribuer à déceler des besoins émergents.

Et la télémédecine?

Olivier Callebaut observe "les symptômes typiques d’une rupture technologique, avec des ‘early adopters’". Aujourd’hui, poursuit-il "il est clair que de jeunes généralistes skypent avec des patients ou leur envoient des SMS car ils jugent que c’est un bon moyen de réduire les files d’attente et l’administration. Ou estiment que voir un patient cinq fois sur une période de six mois, dont 4 fois 10 minutes par vidéo consultation est une saine évolution".

Se pose le problème de la rétribution de ces prestations. A cet égard, nous avons été en contact avec une petite start-up bruxelloise, Advelox, qui avait développé un modèle de téléconsultation. "L’idée était d’utiliser un code existant (le 109012) de la nomenclature pour permettre au médecin de facturer un conseil donné par téléphone et faire payer l’autre partie de la consultation par le patient (ticket modérateur). Ce code en question couvre la rédaction et la signature en dehors de tout examen du malade, de certificats, ordonnances pharmaceutiques et documents divers". Mais l’initiative n’a pas été concluante. "On a assisté à une levée de bouclier de l’INAMI et quel médecin va remplir un document pour 4,5 euros?"

C’est donc tout le modèle INAMI qui est potentiellement remis en question et va devoir être réimaginé. "On pourrait imaginer une consultation à 25 euros qui englobe une visite physique de 10 minutes dans un package comprenant des réunions de suivi à distance, des SMS et appels", suggère-t-il. Face à la télémédecine, les syndicats de médecins belges ont pour l’heure tendance à freiner des 4 fers.

En France, des négociations sont en cours entre l’assurance maladie et les médecins pour fixer les règles et tarifs de télémédecine (consultation à distance d’un médecin par vidéo transmission), selon Le Monde. L’objectif est d’améliorer l’accès aux soins, le suivi, d’éviter les (re) hospitalisations et diminuer le recours inutile aux urgences. Dans un premier temps, la prise en charge par la sécu se focalisera sur les pathologies lourdes/de longue durée (Cancer, Alzheimer, etc.) et les personnes qui habitent dans des déserts médicaux. Selon les scénarios mis sur la table, un avis ponctuel et court devrait être valorisé au minimum sur le tarif de la consultation de base (25 euros) et le "téléconseil" (coups de fil passés au quotidien aux patients) devrait également être pris en considération.

Vive la simplification administrative

L’un des axes prioritaires du plan e-Santé est de réduire la paperasserie pour gagner du temps et de l’argent. Voici les nouveautés qui vont nous faciliter la vie.

 - La prescription électronique qui est en vigueur depuis le 1er janvier 2017 deviendra la norme à partir du 1er juin 2018. La prescription papier ne pourra alors plus être utilisée que dans les cas d’urgence, lors d’une visite à domicile ou dans un établissement, ou par les médecins âgés (+ 62 ans) qui ne seraient pas encore équipés du Dossier médical informatisé (DMI). En attendant, l’INAMI a prévu de leur donner accès au système via une application web fonctionnant avec l’eID. Concrètement, le médecin vous remettra une preuve de prescription électronique munie d’un code-barres. Il suffira au pharmacien de scanner ce code-barres pour accéder à la prescription électronique et vous délivrer les médicaments.

Le principal atout de ce système est qu’il évitera les erreurs. En moyenne, un pharmacien contacte cinq médecins par jour pour déchiffrer leur écriture! Et un contrôle automatique permettra d’éviter les contre-indications. Les risques de fraude et de falsification des documents seront également évacués.

 À partir du 6 février, les médecins généralistes pourront opter pour l’attestation de soins électronique. Concrètement, l’attestation sera envoyée directement à la mutuelle. Vous ne recevrez donc plus l’attestation verte ou blanche sur laquelle vous deviez coller une vignette avant de la rentrer à la mutuelle pour être remboursé. Un gain de temps pour vous et pour les mutuelles qui ne devront plus traiter ces documents manuellement. "Le patient sera donc remboursé plus rapidement: dans les 2 à 3 jours (NDLR: 7 à 10 jours pour l’attestation papier", selon Maggie De Block. En outre, il ne risque plus de perdre son attestation ou d’oublier de la renvoyer (elles restent valables deux ans, après plus possible de se faire rembourser). Les mutuelles se disent prêtes. En revanche, tous les généralistes ne sont pas encore équipés du logiciel adéquat. D’autres presatataires (kinés, dentistes) seront ensuite concernés.

 Au 1er trimestre 2018, la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block a annoncé le lancement par phases du Personal Health Viewer"un instrument numérique qui permet aux patients d’accéder à toutes ses données (administratives et de santé) qui ont été stockées par les prestataires de soins. Il pourra les consulter et même à terme les enrichir avec de l’information et des observations personnelles sur les maladies et la santé, interagir avec les prestataires.  L’objectif est de faire du patient un copilote de sa santé. Dans un premier temps, les fonctionnalités seront limitées: possibilité de consulter le Sumehr (résumé contenant les données de base nécessaires pour évaluer rapidement votre état de santé), de gérer son consentement éclairé, d’accéder au site dédié au d’organes etc.", détaille Audrey Dorigo attachée de presse de Maggie De Block. Via le viewer, le patient pourra décider à quels médecins il donne accès à ses données et modifier ces préférences. "Ensuite, l’outil deviendra encore plus riche".

 

Avec l’accord du patient, l’envoi d’un certificat d’incapacité de travail pourra se faire depuis le logiciel du généraliste vers le(s) destinataire(s) identifié(s). Une phase test restreinte sera lancée en juin. Dans un premier temps, seuls les logiciels des médecins généralistes permettront cet envoi. L’accord de principe du patient (qui recevra via sa boîte aux lettres ebox la liste des destinataires auxquels le document a été envoyé).

Le dossier médical informatisé (DMI)

Le préalable indispensable · Le préalable à l’avènement du plan d’e-santé est le partage des données. Pour ce faire, les patients sont invités à donner leur "consentement éclairé" à l’ouverture d’un DMI par leur généraliste. Le médecin y enregistrera toutes les données fournies par

le patient lui-même (données socio-administratives, relatives à sa santé, ses maladies, ses symptômes)

- le médecin traitant (anamnèse, diagnostic, hypothèses, résultats d’examens, traitements, etc.)

- des tiers (autres professionnels de la santé, membres de la famille, amis, connaissances).

Tous les dispensateurs de soins (médecins, pharmaciens, hôpitaux, infirmiers) auront alors accès à tout moment à l’historique de santé actualisé du patient et pourront partager des informations de façon sécurisée.

Les avantages? Gain de temps, amélioration du diagnostic et du suivi, rationalisation des examens et analyses, consultation de schémas de médication (évite les contre-indications).

Seul souci: le passage obligatoire au DMI est prévu en 2021 alors que les développements de l’e-santé sont plus rapides qu’escomptés…


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