La prépension, chronique d'une mort annoncée

Les restrictions d’accès à la prépension sont mal acceptées par les travailleurs, mais aussi par les employeurs. ©Photo News

En 2017, notre pays comptait 10.000 prépensionnés de moins que l’année précédente, ce qui représente une baisse record de 11%.

C’est difficile à imaginer, mais en 2012, certains travailleurs partaient à la prépension à l’âge de 50 ans. Aujourd’hui, les règles sont plus strictes, même si dans certains cas, une retraite anticipée est encore possible à 56 ans. Malgré tout, les vagues successives de resserrement des conditions – la première par le gouvernement Di Rupo et ensuite par le gouvernement Michel – ont permis de faire sensiblement baisser le nombre de personnes prépensionnées avant 60 ans.

©Mediafin

L’an dernier, notre pays comptait environ 84.000 préretraités, ce qui représente un recul de 10.000 personnes, soit 11%, par rapport à 2016. Une baisse record. Comparé au pic atteint par le système en 2010, cela représente 36.000 prépensionnés en moins (soit -30%). Cette réduction s’explique surtout par le recul du nombre de nouveaux prépensionnés, tandis que les plus âgés se retrouvent réellement pensionnés. Ces prochaines années, cette tendance devrait encore s’intensifier.

Officiellement, on ne parle d’ailleurs plus de "préretraite", mais de "régime du chômage avec complément d’entreprise (RCC)". En plus d’une allocation de chômage, les prépensionnés reçoivent un supplément de leur ancien employeur. Autre différence: les prépensionnés sont désormais tenus de respecter certaines obligations: à l’heure actuelle, plus de 7.000 prépensionnés doivent se chercher un nouvel emploi. La grande majorité d’entre eux – soit 77.000 – bénéficient d’une exemption.

Sortie élégante

Plusieurs raisons expliquent pourquoi certains travailleurs partent en préretraite, mais la plupart du temps, les employeurs souhaitent tout simplement se débarrasser des travailleurs plus âgés, et la prépension constitue une solution élégante. L’inverse existe aussi, à savoir qu’il arrive que certains employés demandent à leur entreprise de leur accorder la prépension. D’après la règle, ce n’est possible qu’à partir de 62 ans. Mais ceux qui affichent une longue carrière ou ont fait du travail de nuit peuvent encore bénéficier de la prépension à 59 ans. Pour ceux qui souffrent de problèmes de santé, 58 ans est la limite. En cas de licenciement collectif, la prépension est encore possible à 56 ans. Chez Carrefour – qui a annoncé le mois dernier la mise à pied de 1.200 personnes – la prépension reste une option.

"Au début de la législature, le gouvernement Michel a fait savoir qu’il souhaitait mettre fin à ce système", explique Stijn Baert, professeur en économie du travail à l’université de Gand. "Mais nous n’y sommes pas encore. On constate une réduction du nombre de prépensions, certes, mais en réalité, la baisse devrait être plus importante. Si le gouvernement avait pris des mesures plus strictes, nous aurions 20.000 prépensionnés de moins."

"À cause des exceptions, la prépension reste trop populaire, alors que nous ne pouvons plus nous permettre un tel système."
stijn baert
Professeur en économie du travail à l’université de Gand

Baert montre du doigt les partenaires sociaux, qui ont plaidé auprès du gouvernement en faveur de règles plus souples. Résultat: les personnes avec une longue carrière ou ayant fait du travail de nuit pendant de nombreuses années, peuvent partir en prépension à 59 ans au lieu de 60 ans, comme le souhaitait au départ le gouvernement Michel. En cas de restructuration, l’âge limite devait être de 58 ans, mais les partenaires sociaux s’y sont opposés. L’objectif est de placer l’âge limite à 60 ans à l’horizon 2020.

"À cause de ces exceptions, la prépension reste trop populaire, alors que nous ne pouvons plus nous permettre un tel système", estime Baert. "Rien que pour la Flandre, on compte 40.000 offres d’emplois qui ne trouvent pas preneur. Avec un accompagnement ad hoc, les prépensionnés pourraient aider à résoudre ce problème. Au même moment, tout le monde sait que le vieillissement de la population va coûter cher à la communauté. Nous devrions donc maintenir ces personnes au travail, afin qu’elles contribuent au financement du système de retraite."

Les enquêtes et la réalité du terrain montrent que cette idée a du mal à faire son chemin dans les mentalités, tant des employeurs que des employés.

1,3 milliard d’euros

L’an dernier, le paiement des allocations de chômage aux travailleurs prépensionnés a coûté 1,3 milliard d’euros à l’État. Un montant impressionnant, mais qui représente malgré tout une économie de 135 millions d’euros par rapport à 2016. La prépension représente environ un sixième du montant total – soit 7,7 milliards d’euros – payé par l’Onem aux demandeurs d’emploi et aux travailleurs bénéficiant d’une allocation pour réduction temporaire de leur temps de travail. Ce montant représente 2 milliards d’euros de moins qu’en 2013. Ces économies ont été réalisées grâce à l’amélioration de la conjoncture économique et son corollaire, la réduction du nombre de chômeurs. Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile pour les chômeurs d’obtenir une allocation, suite à la suppression d’une kyrielle de systèmes, comme la prépension et le crédit-temps, pour n’en citer que quelques-uns.

Une critique récurrente des réductions des dépenses liées au chômage, c’est qu’il ne s’agit pas d’économies nettes. On observe un glissement partiel du budget du chômage vers celui de l’invalidité, comme en témoigne la forte hausse du nombre de malades de longue durée et du nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration. Malgré tout, l’augmentation des dépenses dans ces deux derniers groupes est inférieure aux économies réalisées en allocations de chômage, ce qui a permis au gouvernement de réaliser de belles économies.

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