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Comment vos choix de fin de carrière impactent votre pension

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Certains scénarios de départ anticipé à la retraite sont prévus et encadrés par la loi, mais les conditions d’accès ont été resserrées ces dernières années dans la foulée du relèvement graduel de l’âge de la pension légale. Quel est leur impact sur votre pension?

La philosophie du gouvernement Michel et du ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR), c’est que chacun doit être conscient de l’impact éventuel de ses choix de carrière sur le montant de sa future pension et qu’il les "assume". Du coup, certains épisodes de la vie qui sont davantage subis que choisis, comme le chômage ou le RCC (régime de chômage avec complément d’entreprise, ex-prépension) impactent négativement votre pension.

Rappelons qu’il faut avoir travaillé durant 45 années pour afficher une carrière complète.

Si personne n’est obligé de travailler jusqu’à l’âge légal de la pension, ni même jusqu’à l’âge de la pension anticipée, ce choix aura évidemment un prix : vous ne toucherez aucun revenu professionnel jusqu’au jour où vous pourrez prendre votre pension légale et vous ne vous constituerez plus aucun droit de pension dans l’intervalle. Le jour venu, votre pension sera donc amputée, puisque calculée sur une carrière plus courte. En outre, pour avoir droit à la pension minimum, vous devrez avoir au moins 30 années de carrière (et au moins 2/3 d’un temps plein par année). Autant dire qu’un départ prématuré à la retraite est une option peu recommandée et rarement tenable du point de vue financier.

Certains scénarios de départ anticipé sont prévus et encadrés mais les conditions d’accès ont été resserrées ces dernières années dans la foulée du relèvement graduel de l’âge de la pension légale.

1. La pension anticipée

Actuellement, près d’un tiers des salariés et la quasi-totalité des fonctionnaires prennent leur pension anticipée. Une tendance que le gouvernement entend enrayer.

Si en 2012 on pouvait encore prendre sa pension anticipée après 35 années de carrière, les choses ont beaucoup changé en peu de temps. A partir de 2019, il faudra avoir 63 ans et 42 années de carrière (41 années en 2018), 61 ans avec 43 années de carrière ou encore 60 ans avec 44 années de carrière.
Sur mypension.be, vous pouvez obtenir la date de votre départ à la pension et la date de départ possible (pension anticipée).

Si vous prenez votre pension anticipée, vous serez d’office pénalisé financièrement, puisque vous cotisez moins longtemps et que vous percevez votre pension plus tôt.

2. Le crédit-temps de fin de carrière

Vous n’avez pas encore envie de prendre votre pension anticipée, mais l’idée de lever doucement le pied en fin de carrière vous séduit ? Le crédit-temps de fin de carrière permet au travailleur du secteur privé de réduire ses prestations pour passer à mi-temps ou à 4/5e temps, mais pas de les suspendre totalement, à la différence des autres formules de crédit-temps.

Conditions d’accès? En 2018, il est encore possible de prendre un crédit-temps de fin de carrière à 58 ans (certaines dérogations l’autorisent encore à 55 ans), mais à partir du 1er janvier 2019, il faudra attendre d’avoir 60 ans. Et il faut également avoir 25 années de passé professionnel salarié et au minimum 24 mois d’ancienneté chez l’employeur auprès de qui le crédit-temps de fin de carrière est demandé, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.

Modalités? La durée minimale du crédit-temps de fin de carrière est fixée à 3 mois pour un passage à mi-temps et à 6 mois pour un 4/5e temps. Aucune durée maximale n’est prévue : on peut prendre ce crédit-temps jusqu’à la date de la pension.

Financièrement? En plus de la rémunération payée par l’employeur sur la base des prestations (à mi-temps ou à 4/5e temps), le travailleur a droit à une allocation mensuelle forfaitaire d’interruption de l’ONEM à titre de compensation. Pour un crédit temps à mi-temps, elle s'élève à 330,44 euros net (cohabitant) ou 421,18 euros net (isolé ou avec enfant à charge). Pour un crédit-temps de 1/5e, l’allocation est de 153,49 euros net (cohabitant), 185,22 euros net (isolé sans enfant) ou 263,09 euros net (isolé avec enfant à charge).

Attention, le crédit-temps de fin de carrière n’est pas toujours indolore pour la pension ! "Celui qui opte pour un crédit-temps de fin de carrière à 1/5e à partir de 60 ans et jusqu’à ses 65 ans ne sera pas pénalisé. En revanche, celui qui opte pour un crédit-temps à mi-temps sur la même période verra les deux premières années assimilées sur la base du salaire à temps-plein mais pour les trois années suivantes, l’assimilation se fera sur la base du droit minimum. Cela signifie que si son salaire est (nettement) supérieur au droit minimum, le travailleur subira une perte au niveau de sa pension", selon Michel Wuyts, directeur et conseiller chez Fediplus, une organisation experte en gestion des fins de carrière et en matière de pension.

"Celui qui opte pour un crédit-temps de fin de carrière à 1/5e à partir de 60 ans et jusqu’à ses 65 ans ne sera pas pénalisé. En revanche celui qui te pour un crédit-temps à mi-temps sur la même période verra les deux premières années assimilées sur le salaire à temps-plein mais pour les trois années suivantes, l’assimilation se fera sur la base du droit minimum. Cela signifie que si son salaire est (nettement) supérieur au droit minimum, le travailleur subira une perte pour sa pension."
Michel Wuyts
Directeur et conseiller chez Fediplus

 

3. La (future) pension à mi-temps

D’ici janvier 2020 au plus tard, les travailleurs qui satisfont aux conditions d’accès à la pension anticipée auront une nouvelle alternative. Le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR), a en effet annoncé l’instauration d’une pension à mi-temps.

Conditions d’accès? "Dès 60 ans, le travailleur qui remplit les conditions d’un départ à la pension (anticipée ou légale) aura la possibilité de prendre sa pension à concurrence de 50% de la pension à laquelle il a droit. Pour bénéficier de ce nouveau dispositif, il devra avoir été occupé effectivement à concurrence de 80% à temps plein durant les 12 derniers mois civils précédant le mois de la demande de pension et il devra réduire son activité professionnelle afin qu’elle n'excède pas 50% d’un temps plein", détaille le cabinet Bacquelaine.

Modalités? Le travailleur sera occupé à mi-temps et touchera la moitié de son salaire et, parallèlement, la moitié de sa pension. Du point de vue des droits de pension: chaque année travaillée comptera pour une demi année.

Financièrement? "La pension partielle sera, dans la plupart des cas, plus intéressante que le crédit-temps à mi-temps", assure le cabinet Bacquelaine. Après 42 années de carrière, le salarié peut en effet bénéficier d’une pension de retraite qui peut aller jusqu’à 2.315 euros brut par mois. Le montant brut de la pension partielle qui pourra lui être octroyée dans ce cas sera donc de 1.157,5 euros". Tout le monde n’atteint évidemment pas ce maximum…

Les différentes simulations effectuées par le cabinet Bacquelaine ou par Fediplus permettent globalement de dégager les conclusions suivantes :

Le travailleur qui opte pour la pension à mi-temps touchera un salaire (dans certains cas sensiblement) plus élevé durant ses dernières de années d’activité, puisqu’il cumulera la moitié de son salaire et la moitié de sa pension - qui sera souvent supérieure à l’allocation de l’ONEM octroyée dans le cadre d’un crédit-temps de fin de carrière.

Par contre, sa pension à l’âge de 65 ans sera légèrement inférieure (30 à 40 euros de moins par mois) à celle du travailleur qui a opté pour le crédit-temps à mi-temps, simplement parce que ce dernier s’est constitué des droits de pension sur son crédit-temps, alors que la partie "pension" de la pension à mi-temps ne permet évidemment pas de se constituer des droits de pension.

C’est donc aussi une question de choix, et du temps nécessaire pour rentabiliser une formule plutôt que l’autre.

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