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"J'ai mis un terme à ma carrière à deux ans de la pension anticipée"

©Siska Vandecasteele

Gerda Kindt était au bord du burn out. Plutôt que prendre un congé de maladie, elle a préféré mettre un terme à sa carrière. A deux ans de la pension anticipée. Témoignage.

"Je suis à Marseille jusqu’à dimanche." Voilà le SMS que j’ai reçu de Greta Kindt après avoir tenté de l’appeler sans succès. "Comme je ne travaille plus, j’ai beaucoup plus de temps pour me rendre dans notre seconde résidence", m’explique-t-elle après son retour en Belgique. Greta a mis fin à sa carrière en novembre 2018, deux ans avant de pouvoir prendre sa pension anticipée.

"La décision n’a pas été facile à prendre. J’ai dû abandonner pas mal de choses pour lesquelles je m’étais battue. Mais cela a été le meilleur choix de ma vie. Je suis bien consciente bien sûr que j’avais les moyens financiers pour le faire."

Au bord du burn out

Greta est une des rares femmes à avoir terminé des études d’ingénieur industriel architecte en 1979. "J’ai immédiatement rejoint un bureau d’études. Avec beaucoup d’enthousiasme. Mais le secteur de la construction est un monde d’hommes, où je devais à tout bout de champ faire mes preuves. Dès que je participais à une réunion, j’étais considérée comme la secrétaire, pas comme un ingénieur. Mon mari avait aussi une belle place et il partait souvent à l’étranger, ce qui faisait reposer l’éducation de nos fils sur mes épaules. Les possibilités d’accueil étaient beaucoup plus rares qu’aujourd’hui et les coûts n’étaient pas encore déductibles fiscalement. Les congés parentaux n’existaient pas non plus."

"À 52 ans, je me suis lancé un nouveau défi et je suis partie travailler pour le réseau Infrax (aujourd’hui Fluvius). Cela a foiré lorsqu’un collègue avec qui le courant ne passait pas est devenu mon supérieur. En 2017, j’étais au bord du burn out, mais par fierté je n’ai pas pris de congé de maladie. J’ai pris un congé sans solde. Après huit mois, on m’a demandé de lancer un nouveau projet et de me charger de la coordination. Comme toujours, je me suis investie à 100%. C’était un job palpitant mais il m’entraînait dans des journées interminables, me faisait avaler des kilomètres en voiture et sans beaucoup de temps libre. Après neuf mois, j’ai pris conscience que ce tempo infernal n’était plus pour moi. J’ai décidé d’arrêter. Je ne voulais pas me faire licencier."

Critiques

"J’étais à deux ans de ma pension anticipée, mais aujourd’hui je n’y ai plus droit. Je dois donc attendre quatre ans – jusqu’à 65 ans – sans le moindre revenu. Du jour au lendemain, je n’ai plus de voiture de société ni d’assurance hospitalisation. Aujourd’hui, je suis à charge de mon mari, ce qui nous permettra de payer moins d’impôt. Je considère cela comme un revenu limité. Et je devrai attendre 65 ans pour toucher mon assurance groupe."

"Ma décision suscite beaucoup d’incompréhension chez mes amis, je dois sans cesse me justifier. On me dit que je perds ainsi beaucoup d’argent. J’ai été voir sur mypension.be. J’aurai droit à 1.571 euros par mois à 65 ans. Si j’avais attendu ma pension anticipée à 63 ans, j’aurais eu droit à 1.629 euros. Travailler jusqu’à 65 ans aurait rapporté 1.687 euros par mois à ce moment-là. J’ai envisagé de racheter mes années d’études, mais ce n’était pas rentable. Trois années d’études m’auraient coûté 5.628 euros, mais cela n’aurait tout au plus augmenté ma pension que de 30 euros par mois."


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