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Le bon moyen de rendre utile l'épargne des Belges

Le système des pensions en Belgique repose sur 3 piliers. L'argent ne manque pas. Il y en a en suffisance. Mais il doit affluer là où il faut.
©siska vandecasteele

Le premier pilier correspond à la pension légale. Il fonctionne par répartition, c’est-à-dire que les actifs d’aujourd’hui cotisent pour les pensionnés actuels. Le deuxième pilier est mis en place dans certains secteurs et entreprises. Des assurances groupes et des fonds de pensions sont alimentés par des cotisations des employeurs et/ou des travailleurs et sont placés pour constituer un capital que les salariés touchent en fin de carrière, en une fois ou sous forme de rente. Le troisième pilier est constitué de l’épargne individuelle des citoyens ("épargne pension" et "assurances-vie") dont ils confient la gestion à des sociétés d’assurance.

Ces deux derniers piliers fonctionnent selon le système de capitalisation, c’est-à-dire la constitution d’une épargne et sa perception ultérieure augmentée d’un rendement. Pour l’épargnant, il est donc important que ses économies ainsi placées génèrent un rendement maximal, tâche qu’il délègue à des fonds de pensions ou des sociétés d’assurance qui ont la charge de gérer et de faire fructifier cette épargne.

©siska vandecasteele

Au cours des trois dernières décennies, les montants épargnés via les deuxième et troisième piliers n’ont fait que de grossir. Et les fonds de pension et sociétés d’assurance ont vu et voient encore affluer une masse d’argent colossale. Ainsi donc, début 2015, 2,5 millions d’épargnants belges (soit environ trois quarts des salariés) participent au système de la pension complémentaire du deuxième pilier, ce qui représente un montant d’épargne de 70 milliards d’euros, soit 17% du PIB annuel belge ou encore 27% du montant placés sur des comptes d’épargne en Belgique. Colossal.

À côté des obligations et divers instruments financiers, les fonds de pension et assurances groupes, dans un objectif de diversification, ont investi une bonne partie de la masse d’argent dans l’acquisition d’actions de sociétés cotées en Bourse, devenant ainsi propriétaires et parfois acteurs actifs dans des entreprises dont ils exigent des rendements élevés et ultrarapides, contribuant au passage à générer un découplage entre l’économie réelle et la sphère financière.

L’argent ne manque pas. Il y en a en suffisance. Mais il doit affluer là où il faut. Et il ne faut pas toujours laisser ce choix à la "main invisible". Suggestion: une loi qui oblige les assurances groupes et les fonds de pension à investir au minimum 5% et au maximum 20% de leurs fonds dans des activités bien précises qui relanceront notre système économique

Mais ne nous trompons pas sur les responsabilités et les rôles. Ce sont les épargnants qui délèguent la gestion de leurs épargnes aux fonds de pension et assurances groupes. Ce sont donc les épargnants qui détiennent le droit de regard et de décision sur le choix des activités vers lesquelles sont orientées leurs épargnes… et le niveau de rendement attendu ou exigé.

Or la crise continue à se faire sentir; or, malgré les multiples initiatives prises par des instances monétaires, le taux d’emploi en Europe ne se relève pas; or la planète nous envoie des messages que sa santé se dégénère et qu’il est difficile de trouver des financements pour réaliser des projets qui réorienteront fondamentalement nos sources d’énergie; or les petits entrepreneurs et des initiateurs d’activités d’économie sociale ne savent pas accéder à du financement, même pour des sommes dérisoires; or certains investissements publics nécessaires à la vie quotidienne des citoyens ne peuvent pas être réalisés.

Le moment du changement

Épargnants et citoyens, prenez conscience que vous pouvez faire preuve d’audace et participer à changer le mode de fonctionnement de l’économie dans laquelle nous vivons. Si vous aspirez à la mise en place d’un nouveau système économique, prenez conscience que vous pouvez influencer le choix des projets vers lesquels votre épargne afflue.

Il ne faut pas se décourager en pensant que seul on n’arrivera pas à générer ce changement. Il faut influencer le législateur pour qu’il l’impose par des lois.

Et les circonstances actuelles nous y aident. Car, au moment où notre gouvernement fédéral se penche sur une réforme de la fiscalité et où, plus que jamais, des portes sont ouvertes pour la rééquilibrer fondamentalement et structurellement, je propose donc que les autorités politiques votent une loi qui oblige les assurances groupes et les fonds de pension à investir au minimum 5% et au maximum 20% des fonds qui leur sont délégués par les épargnants dans une liste d’activités bien précises qui permettent, en Belgique, de relancer le taux d’emploi, de restructurer nos sources d’énergie, de soutenir les petits entrepreneurs et les initiatives d’économie sociale, bref de mettre en place un nouveau modèle de financement de toutes une série d’initiatives qui peinent à être financées, mais qui sont les clés de la refonte de notre système économique.

Charge à l’Autorité des services et marchés financiers (FSMA) de mener, avec dynamisme et proactivité, la mise en œuvre de cette loi.

Des idées

Des idées concrètes d’activités à financer en Belgique? Des maisons de repos publiques pour personnes âgées qui ne peuvent plus rester chez elles, des logements à prix abordables et entièrement passifs, des investissements chez les agriculteurs pour une consommation d’énergie nulle, des associations qui travaillent à l’accueil et au soutien de personnes en difficultés, des endroits où on apporte des soutiens thérapeutiques à des personnes malades, des lieux de loisirs, de rencontres et de sports, des espaces à créer pour des formations diverses permettant la réintégration sur le marché de l’emploi, des espaces culturels…

L’argent ne manque pas. Il y en a en suffisance. Mais il doit affluer là où il faut. Et il ne faut pas toujours laisser ce choix à la "main invisible". Plutôt que de s’apitoyer sur la crise et la financiarisation de l’économie, le citoyen doit prendre conscience qu’il a le droit d’influencer ce vers quoi est investie sa propre épargne. Charge au législateur de l’aider. Et vite, c’est très urgent.

Par Philippe Delvaux
Directeur financier et conseiller communal

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