Les pensions coûtent 15 milliards de plus qu'il y a dix ans

Jean Hindriks ©Emy Elleboog

La plus grande partie de l’augmentation des dépenses de pension ne provient pas du papy-boom mais de la hausse de la pension moyenne.

Si la facture des pensions constitue une bombe à retardement, ce n’est pas tant à cause du vieillissement démographique mais en raison de la progression du montant moyen des pensions.

Le constat est formulé par l’Itinera Institute, un think tank indépendant et belge, dans un memorandum rédigé à l’attention du prochain gouvernement qui sortira des urnes le 26 mai. Le mémorandum est un ouvrage collectif intitulé "Un projet pour la Belgique".

"Il y a dix ans, les dépenses de pension s’élevaient à 35 milliards d’euros par an. Nous sommes aujourd’hui à près de 50 milliards d’euros par an, soit 15 milliards de plus", explique Jean Hindriks, professeur d’économie et membre de l’Itinera Institute. Depuis 2003, les dépenses de pension ont évolué deux fois plus vite que les recettes des cotisations sociales.

Deux facteurs

L’augmentation des dépenses de pension résulte de deux facteurs. Il y a d’une part l’augmentation du nombre de pensionnés issus du baby-boom. Chaque année, on compte 35.000 pensionnés supplémentaires.

Attention toutefois à ne pas surestimer ce facteur, prévient Jean Hindriks. Sur les 15 milliards d’euros de hausse de la facture des pensions depuis dix ans, le vieillissement intervient pour 4 milliards seulement. Les 11 milliards restant sont à mettre sur le compte de la progression de la pension moyenne.

Cette progression s’explique par l’augmentation des minima de pension, ainsi que l’afflux massif de jeunes pensionnés qui perçoivent une pension plus élevée que leurs prédécesseurs, simplement parce qu’ils ont mieux gagné leur vie que la génération précédente. Enfin, il y a les pensions des femmes qui augmentent avec leur participation au marché du travail, là où auparavant, la plupart des femmes percevaient une modeste pension de survie.

Solutions

Comment stopper cet engrenage infernal? Le gouvernement a relevé l’âge de la retraite à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030. Il a aussi durci les conditions d’accès à la prépension. Mais cela ne suffira pas, selon Jean Hindriks, qui plaide pour davantage de solidarité intergénérationnelle. "Nous devons oser admettre qu’actuellement, la pauvreté diminue partout en Europe parmi les seniors, alors qu’elle augmente chez les jeunes. Le taux de pauvreté est aujourd’hui plus élevé chez les jeunes que chez les pensionnés."

"La pauvreté est plus élevée chez les jeunes que chez les seniors."
Jean Hindriks
Economiste et associé à l’Itinera institute


L’économiste plaide pour que l’on continue à avancer sur la pension à points. Dans un tel régime, c’est le "kilométrage" et non l’âge qui détermine le moment du départ à la retraite. Ceux qui commencent leur carrière plus tôt peuvent donc partir à la retraite plus tôt. La pénibilité peut intervenir dans le calcul des "points".

Il préconise en outre de simplifier les régimes de pensions complémentaires afin d’inciter les gens à y souscrire.

Enfin, Jean Hindriks plaide pour une gestion flexible du départ à la retraite progressif (pension à temps partiel) ainsi que pour une harmonisation des différents régimes de pension (salariés, fonctionnaires et indépendants).

Fiscalité
Elargir la base et baisser les taux

Ivan Van de Cloot, économiste à l’Itinera Institute, préconise de simplifier l’impôt des personnes physiques en réduisant les taux de taxation tout en procédant à un élagage parmi les nombreuses niches fiscales. Cela offrirait à la fois une meilleure transparence et une meilleure équité, car ce sont souvent les personnes les mieux conseillées qui profitent des niches fiscales. Van de Cloot invite par ailleurs à mettre à jour les revenus cadastraux"Cela éviterait que deux biens de même valeur se retrouvent avec un précompte qui varie du simple au triple.


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