Le fossé se creuse entre les plus hauts et les plus bas salaires

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Acerta a analysé l’évolution des salaires et les écarts de rémunération entre les catégories les plus basses et les plus hautes. Trois grands constats en ressortent: la tension salariale grandit, mais surtout chez les hommes et les employés.

Ce serait plutôt le signe d’une bonne santé économique. D’après une analyse réalisée par le secrétariat social Acerta, la tension salariale n’a plus été aussi élevée depuis 6 ans en Belgique. Ce qui signifie que l’écart entre les plus hauts et les plus bas salaires ne cesse de grandir. En 2017, la tension salariale a encore bondi de 2,72% à 2,81%, soit une hausse de 3,31%. Comparé à 2012, le différentiel est de 4,85%. "Cette hausse des écarts salariaux s’inscrit clairement dans un contexte d’embellie économique et de guerre des talents", nous explique Catherine Langenaeken, consultante chez Acerta.

Embellie économique d’abord, car les entreprises reprennent confiance, et se montrent du coup plus ouvertes à la négociation salariale. Leurs budgets leur permettent de procéder à de nouveaux engagements, voire débaucher les travailleurs qui les intéressent en mettant l’argument financier sur la table.

Guerre des talents ensuite, car les travailleurs ayant les profils les plus recherchés, ou très spécifiques, ont de plus en plus tendance à négocier leur salaire. Or, dans un contexte de pénurie dans certains métiers, ils sont de plus en plus nombreux. CQFD.

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Pas pareil pour tous

La démonstration ne vaut pas pour tous les secteurs. "C’est moins vrai dans le non-marchand, explique Catherine Langenaeken. La hausse de la tension salariale y est moins forte car le rôle social du secteur entre en contradiction avec les hausses conséquentes de salaire." On trouve pourtant pléthore de métiers en pénurie dans le non-marchand, comme celui d’infirmière ou aide soignante. "On n’essaye pas d’y attirer les talents par le salaire, mais par d’autres solutions."

"La Belgique reste aussi l’un des pays d’Europe où la tension salariale est la plus basse."
Catherine Langenaeken
Consultante chez Acerta

Mais qu’en est-il alors de la compétitivité, ne risque-t-elle pas d’en souffrir? "Il y a une augmentation salariale oui, mais pas fulgurante non plus, tempère Catherine Langenaeken. La Belgique reste aussi l’un des pays d’Europe où la tension salariale est la plus basse. Quant aux salaires les plus bas, ils n’en souffrent pas car ils sont protégés par les minima fixés par les partenaires sociaux."

L’étude menée par Acerta montre aussi que la tension salariale est moins forte chez les ouvriers et chez les femmes. Chez les premiers, les salaires sont davantage cadrés, la marge de négociation est plus faible et l’évolution salariale est plus linéaire, guidée par les barèmes liés à l’ancienneté. Il y a par contre peu de rémunération liée au mérite (comme les bonus individuels ou collectifs). Les femmes, elles, négocient moins leur salaire. "Il n’y a pourtant pas de raisons objectives justifiant qu’elles n’expriment pas de plus hautes attentes salariales. Mais c’est quelque chose que l’on constate sur le terrain", dit Catherine Langenaeken.

Elle constate aussi que la part des femmes dans les 10% de salaires les plus élevés est petite (37%), alors qu’elle est grande dans les 10% de salaires les plus bas (64%). Une démonstration que l’on peut aussi faire avec les ouvriers. "Non seulement la tension salariale est plus faible dans ces deux catégories, mais elles sont aussi sureprésentées dans les segments les plus bas", conclut Catherine Langenaeken.

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