Une alternative originale au crédit bancaire

©Dieter Telemans

L’organisme bruxellois d’aide aux entrepreneurs et le Mont-de-Piété vont lancer d’ici quelques mois une alternative originale au crédit bancaire et au micro-crédit. Celle-ci s'adresse aux patrons en difficulté.

Le Centre pour entreprises en difficulté (CED), l’organisme bruxellois créé à l'initiative du Beci (Chambre de commerce et Union des entreprises de Bruxelles) pour aider les PME en mauvaise santé à remonter la pente, va inaugurer cette année un partenariat original avec le Mont-de-Piété.

C'est pour qui? L’initiative concernera les entrepreneurs rencontrant des problèmes de trésorerie: le plus souvent, ceux-ci se voient fermer les portes des banques et doivent chercher des formules alternatives, telles que le micro-crédit. Une de ces alternatives pourra les diriger vers le Mont-de-Piété. Les équipes du CED et du Mont mettent actuellement la dernière main au système.

C'est pour quand? Le système devrait être prêt d’ici deux ou trois mois. Le Mont est notamment en train de former son personnel.

6,5%
taux d'intérêt
L’entrepreneur qui dépose une partie de ses stocks auprès du Mont recevra un prêt à six mois, au taux d’intérêt annuel de 6,5%

Comment ça marche? "Le Mont-de-Piété prend notamment en dépôt des bijoux contre l’octroi de cash, à rembourser sur six mois. Il prélève également un pourcentage de frais, pour financer l’éventuelle mise en vente publique des objets déposés quand le crédit n’est pas remboursé, explique Olivier Kahn, la cheville ouvrière du CED. J’ai rencontré le patron du Mont et nous nous sommes dit: pourquoi ne pas faire la même chose avec les entreprises en difficulté et leurs stocks?"

Pour autant qu’il s’agisse de produits ne se dépréciant pas trop rapidement, l’entrepreneur concerné déposera une partie de ses stocks auprès du Mont, qui dispose d’espaces d’entreposage. En échange, il recevra un prêt à six mois, au taux d’intérêt annuel de 6,5%. Au titre de frais, il lui sera prélevé 2% de la valeur estimée des biens en ventes publiques.

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"Le Mont ne fait pas d’enquête de revenus, n’impose pas de conditions liées à l’endettement", précise Kahn qui juge l’alternative très pertinente. Il cite comme exemple des commerces de vins, des magasins de vélo, de la maroquinerie, des librairies, des magasins d’instruments de musique ou d’accessoires design… Le système ne fonctionnera pas, en revanche, pour des produits tels que des portables ou des ordinateurs, en raison de leur vitesse de dépréciation élevée.

"Des entreprises qui ne se portent pas bien mais méritent d’être sauvées n’ont plus accès aux banques. Au CED, nous en voyons beaucoup. Le Mont-de-Piété peut offrir une solution intéressante"(Olivier Kahn, CED)

Et quid si au bout des six mois, l’entrepreneur ne peut rembourser son prêt? " On l’accompagnera : on examinera avec lui s’il y aura moyen de prolonger le prêt. La mise en vente publique ne constituera jamais que la solution extrême."

1.647 dossiers

L’an dernier, le CED a réalisé 2.958 contacts ou entretiens avec des entrepreneurs de la Région bruxelloise en difficultés et a traité 1.647 dossiers. Ses interventions vont du diagnostic à la guidance en matière stratégique, commerciale, financière ou juridique. Il collabore avec les autres instruments d’accompagnement bruxellois et aiguille, le cas échéant, l’entrepreneur concerné vers les bonnes personnes.

Quels facteurs expliquent les difficultés des entreprises?

Du bilan 2017 du CED, il ressort que le commerce de détail est resté fragilisé par les problèmes de mobilité dans la capitale, le Piétonnier et les derniers effets des attentats. Nombre de secteurs, les services en tête, ont du mal à se remettre en question face aux défis de la digitalisation. Les entreprises en problème recoupent tous les secteurs et tous les âges, mais se rencontrent étonnamment en nombre parmi celles âgées de près ou de plus de dix ans.

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"Nombre d’entrepreneurs de 40 à 50 ans sont peu ou pas accompagnés, notamment par leurs comptables, souligne Olivier Kahn. Ils ont pris l’habitude de tout faire tout seuls, d’une part, tandis que les comptables sont restés trop concentrés sur l’aspect formel de leur travail, en omettant d’aider l’entrepreneur à la gestion de sa boîte. Du coup, ce dernier ne fait de lecture dynamique de ses comptes."

Autrement dit, ces PME ou TPME utilisent trop peu, ou trop mal, leur comptabilité, avec pour conséquence que lorsqu’un obstacle se dresse sur leur route, tel que l’évolution technologique ou le boom de l’e-commerce, ils se sentent perdus. "On voit souvent des entrepreneurs qui ne tienne même pas de listing de leurs clients avec le détail des échéances des soldes de paiement. Résultat des courses: ils oublient d’aller chercher des créances."

Quant aux start-up, elles pèchent fréquemment par la sous-estimation de leur budget. Peu d’entre elles prévoient des dépenses de conseil ou de consultance, par exemple. " Elles bricolent. Pour rédiger un contrat, elles font des copiés-collés sur internet. Elles omettent dès lors d’y faire mentionner des clauses importantes pour elles, de sorte que le jour où le problème survient, elles se trouvent dans des situations indéfendables. " C’est par exemple le contrat de bail dans lequel on a oublié d’évoquer les parties communes ; résultat, rien n’est prévu concernant un accès fournisseur dans le bâtiment, et il n’y a aucune base légale pour agir…

Un conseil pour la route? Olivier Kahn:"une fois par an au moins, créez un comité de pilotage avec quatre ou cinq personnes compétentes et expliquez-leur ce que vous faites. De l’échange qui s’en suivra avec eux, vous tirerez de très utiles enseignement."

Les professions libérales souffrent aussi

"C’est une des premières années où l’on voit les professions libérales en difficulté", observe Olivier Kahn (CED). "Des avocats, des architectes et même des comptables s’adressent au Centre pour les aider." L’origine de leurs problèmes?

"Bruxelles compte environ 7.000 avocats. C’est beaucoup. Et pour la plupart, ils n’ont pas le’ réflexe entrepreneur’, ce qui est normal du reste."

Concernant les architectes, les raisons sont différentes. Elles renvoient aux clients, qui obtiennent moins aisément du crédit, aux permis, plus difficiles à obtenir, et aux délais qui accompagnent leur délivrance et qui, parfois, amènent les clients à renoncer à leur projet.

Olivier Kahn pointe aussi la concurrence, qui s’est également durcie dans les professions libérales, et la digitalisation. Les sites internet juridiques rognent, par exemple, des pans entiers du business des avocats, des experts comptables et fiscalistes, etc.

 


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