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En 2020, le candidat à la recherche d'un emploi restera roi

©DPA

C'est le bon moment pour changer de job: vue que la guerre des talents va s’amplifier en 2020, les salaires d’embauche devraient être tirés vers le haut.

Pour de multiples raisons, 2020 sera l’année du candidat. Si vous envisagiez de changer d’emploi (ou de vous lancer sur ce marché), il est plus que temps de passer aux choses sérieuses. En effet, selon plusieurs experts, dont Grégory Renardy (Executive Director auprès du cabinet de recrutement Michael Page), la guerre des talents qui s’est opérée en 2019 va perdurer et s’amplifier cette année. Surtout que le niveau des emplois vacants reste élevé. Entres autres parce que "la vague de remplacement de la génération du baby-boom est actuellement à un pic", précise Grégory Renardy. "Cela crée une forte demande pour les hauts dirigeants", alors que l’offre ne suit pas du tout.

De fait, les entreprises peinent clairement à recruter. "Comme l’économie se porte bien, trouver de bons candidats est actuellement d’une extrême difficulté", renchérit Gilles Klass, expert en ressources humaines. Au-delà de cette raison économique, il y aurait aussi une raison philosophique, selon lui. "La valeur de l’emploi et du travail a diminué auprès des jeunes générations. Trouver du travail n’est plus une démarche essentielle. Les jeunes prennent plus de temps, ils se préparent davantage. Ce n’est pas une critique, c’est sociétal. Mais ce sont donc deux raisons bien distinctes qui font que ça devient compliqué de trouver de bons candidats."

"Le remplacement de la génération baby-boom est une vague en plein pic."
Grégory Renardy
Executive director, Michael page

Par conséquent, la concurrence que se livrent les entreprises continue à tirer les salaires d’embauche vers le haut. Ce serait dommage de ne pas en profiter, surtout si vous n’êtes plus en phase avec votre employeur. Ou si vous ne voyez plus de perspective d’évolution de carrière dans votre job actuel. C’est le cas pour 20% des Belges qui sont actuellement à la recherche d’un emploi, selon une enquête menée par le cabinet de recrutement Page Personnel.

Si vous êtes convaincu qu’il est temps de vous (re) lancer sur le marché de l’emploi, ne traînez pas trop. "Si jusqu’ici l’économie s’est très bien portée, nous entrons quand même dans une phase d’incertitude, notamment à cause de fortes tensions internationales, d’après Grégory Renardy. Le Nord de l’Europe n’est pas encore fortement impacté comme le reste du monde, mais cela viendra et, à ce moment-là, nous ne serons plus dans un marché de l’emploi où le candidat sera roi. Si changer de job est dans vos intentions, il est plus que temps de vous lancer, car nous ne savons pas de quoi demain sera fait."

1. Profils recherchés

Sans surprise, comme c’est le cas depuis plusieurs années, les fonctions les plus recherchées au niveau des cadres restent sans conteste les ingénieurs, les informaticiens et les commerciaux, estime Philippe Meysman, le COO du cabinet de recrutement Hudson. "Plus récemment, les fonctions qui commencent à être de plus en plus demandées sont celles liées au numérique (allant du marketing à l’e-commerce) ainsi qu’à la gestion des données (business analyst, data manager)."

Un avis partagé par Gilles Klass pour qui "le digital reste un must". Mais aussi par Gregory Renardy. "La recherche de candidats pour tout ce qui est lié à la transformation digitale d’une entreprise s’accélère. Ce sont des profils extrêmement recherchés. D’ailleurs les sociétés qui accompagnent la transformation digitale des autres entreprises recrutent énormément, tant elles sont sollicitées de toutes parts." Gilles Klass ajoute: "Celui qui veut changer d’emploi et qui a du mal à trouver un job a donc tout intérêt à suivre des formations dans le digital."

Pour Joël Poilvache, directeur du cabinet de recrutement Robert Half, les profils les plus demandés au sein du secteur de la finance sont actuellement les Accounts Payable/Receivable, General Ledger Accountant et Finance/Business Controller. Dans le secteur de l’administration et du secrétariat, les profils les plus populaires sont le Logistics & Supply Chain Administrator, l’agent de Customer Service, le Payroll Assistant, l’Administrative Support et l’Office Manager. Dans le secteur de l’IT, le Business/Functional Analyst, l’IT Coordinator, le Business Intelligence, l’IT Security et le Software Developer ont le vent en poupe.

"À côté de cela et de façon plus générale, les postes temporaires pour des missions à plus court terme gagnent en popularité. On a constaté une croissance de 10% du recours aux intérim managers par les entreprises. Si le profil d’intérim manager était auparavant réservé à des profils seniors, voire à des dirigeants en fin de carrière, il s’applique désormais à tous les niveaux de séniorité et à tous les secteurs. Les personnes qui recherchent davantage de flexibilité et de contrôle sur les missions qu’elles exécutent sont donc susceptibles de se tourner vers l’intérim management."

Dans le même esprit, de nombreuses personnes envisagent le statut d’indépendant, surtout parmi les jeunes. "Une étude récente de notre cabinet a démontré que plus d’un jeune employé sur 4 (< 34 ans) songe à travailler comme indépendant ou freelance."

2. Canaux de recherche

Pour décrocher votre prochain job, les canaux sont multiples. Il y a bien sûr les sites d’emploi. Mais au lieu de les consulter un à un, vous gagnerez du temps en vous dirigeant directement sur Indeed. Cette plateforme permet de limiter les recherches car elle regroupe une grande partie des offres disponibles sur le marché, y compris celles présentes sur LinkedIn.

Cela dit, "avant toute démarche, il est important d’avoir les idées claires sur les objectifs qu’on poursuit ainsi que sur le type de fonction dans lequel on pense pouvoir le mieux exploiter et développer son potentiel dans une relation gagnant-gagnant avec son (futur) employeur", conseille Philippe Meysman.

"Parmi les canaux de recrutement les plus efficaces, rappelons bien entendu l’activation et l’utilisation de son réseau personnel, les réponses aux annonces online et presse (bien ciblées par rapport à votre profil), les bonnes relations avec les cabinets de recrutement et, ne l’oublions pas, les candidatures spontanées bien ciblées et documentées par rapport à des entreprises qui vous motivent par leurs projets, leur ADN et/ou encore leurs perspectives d’avenir."

Grégory Renardy ajoute qu’au cours de ces derniers mois, il a remarqué une tendance plus forte au référencement personnel (d’où l’importante de soigner son réseau). "C’est un canal de plus en plus utilisé par les entreprises qui ont du mal à recruter. Elles encouragent leurs travailleurs à les aider à trouver un candidat dans leur entourage. C’est un outil très pertinent, surtout pour attirer et améliorer la rétention des nouveaux candidats, car il n’y a pas meilleur ambassadeur qu’un employé qui se plaît au sein de l’entreprise."

3. LinkedIn

Les experts sont unanimes: il faut être sur LinkedIn. "Si vous n’y êtes pas, vous n’aurez pas accès aux meilleures opportunités du marché prévient Grégory Renardy. Mais il ne faut pas se contenter d’y être." Et si vous ne soignez pas votre profil (voir encadré), vous réduisez vos chances d’être contacté par les cabinets de recrutement qui scrutent ce réseau à la recherche du candidat idéal pour les entreprises.

LinkedIn – Optimisez votre profil

1. Adressez-vous au recruteur idéal en adaptant votre profil en fonction de ce public. Son contenu doit le convaincre que vous êtes le candidat idéal.

2. Utilisez des mots-clés ciblés et pertinents pour le nom de votre fonction, vos compétences et votre résumé. Pensez aux mots-clés qu’un chasseur de tête pourrait taper dans Google.

3. Mettez l’accent sur vos réalisations dans le chapitre "Expériences professionnelles". N’indiquez pas seulement quelles étaient vos responsabilités et vos tâches.

4. Trouvez un bon titre. C’est crucial pour vous démarquer et attirer l’attention. Dites qui vous êtes et pourquoi vous seriez un atout pour un employeur.

5. Demandez des recommandations à des (ex-)collègues. Vous étoffez ainsi votre profil et étayez vos compétences. Lorsque d’autres personnes montrent qu’elles vous estiment, cela renforce votre crédibilité auprès des employeurs potentiels.

6. Créez une URL personnalisée, il est plus facile de faire connaître votre profil si vous adaptez l’adresse web. Idéalement: linkedin.com/votrenom. N’hésitez pas à partager ce lien dans votre CV pour qu’on puisse vous trouver facilement.

7. Assurez-vous d’avoir une cohérence absolue entre votre CV et votre profil LinkedIn. La concordance inspire la confiance.

Et ils ne sont pas les seuls. LinkedIn, comme d’autres réseaux sociaux, est devenu l’un des terrains de chasse favoris d’une nouvelle profession en vogue: les sourceurs. "Elle constitue une concurrence directe pour les cabinets de recrutement, explique Gilles Klass. Ce sont des personnes qui sont uniquement chargées de trouver des candidats à contacter dans le cadre d’une offre d’emploi. Par exemple, si j’ai besoin d’un directeur général, je vais appeler un sourceur et lui demander de m’identifier une vingtaine de personnes qui pourraient correspondre au profil que je recherche. Pour des postes moins prestigieux, ce sourceur pourrait me faire un premier tri en se renseignant préalablement sur la motivation des personnes contactées. Mais je prendrai ensuite le relais, ce qui me coûtera dix fois moins cher que de faire appel à un cabinet de recrutement."

4. Rédaction du CV

Être présent sur LinkedIn n’est pas une raison valable pour se passer de la rédaction d’un CV et d’une lettre de motivation (à intégrer en première position du document PDF qui contiendra le CV). En effet, envoyer un lien vers son profil LinkedIn à un recruteur n’est pas une mauvaise démarche mais elle est insuffisante.

Sur le fond, la rédaction d’un CV n’a pas beaucoup évolué ces dernières années: il doit toujours contenir les expériences, les réalisations, les diplômes obtenus, les langues parlées et les "soft skills" (c’est-à-dire les compétences dont nous disposons et qui n’ont pas été apprises lors d’une formation particulière). Il s’agit des atouts d’une personne, l’expression de ses passions et de ses loisirs. Cela indique au recruteur qui on est, au-delà de nos expériences professionnelles. C’est un atout supplémentaire car si le recruteur est face à deux CV à compétences et expériences similaires, ce sont les soft skills qui lui permettront de trancher.

Sur la forme, le CV doit être pertinent et en venir directement au fait. À ce titre, il doit tenir en deux pages maximum. Mais au besoin, pour les cadres avec une large expérience, "une version détaillée sera également mise à disposition", nuance Philippe Meysman.

Gilles Klass ajoute que si un candidat veut garder l’attention du recruteur, son CV doit être dorénavant plus visuel, plus court et plus attractif (par exemple en intégrant les logos des entreprises).

Mais surtout, il doit être digital! Tout d’abord, parce que cela permet d’ajouter des liens vers les sociétés pour lesquelles le candidat a déjà travaillé, afin de faciliter la tâche des recruteurs. Ensuite, parce que ces derniers se font souvent aider par les technologies d’intelligence artificielle pour réaliser un premier tri automatisé parmi les nombreux CV qu’ils ont reçus. "Cela se fait notamment grâce aux mots clés que le candidat aura choisi de mettre en avant dans son CV", selon Joël Poilvache.

5. Conseils et mises en garde

Vous voilà quasiment prêt et armé pour partir à la recherche de votre nouveau job. Cela dit, voici encore quelques conseils donnés par nos experts.

Tout d’abord, même si vous avez un bon job et que vous avez passé plusieurs années sans avoir à postuler, "vous devez quand même travailler en continu votre réseau", pour Nathalie Mazy, Country Manager chez Mercuri Urval.

"Les cycles se raccourcissent et travailler son réseau seulement quand on a perdu son job et lorsqu’on veut changer de secteur ou de fonction, c’est un peu tard. Car à ce moment-là, notre réseau se limite à des personnes travaillant dans le même secteur d’activité ou la même entreprise."

Dans le même état d’esprit, cette experte du marché appelle également les personnes désireuses d’un changement fondamental (suite à un burn-out, bore-out ou brown-out) à faire preuve de beaucoup de patience et de persévérance. "Un nouveau secteur, une nouvelle fonction, cela prend du temps, un à deux ans minimum. Et c’est bien normal quand il s’agit d’un changement radical."

Elle ajoute qu’il faut travailler en permanence son employabilité sur le marché du travail. Par exemple en démontrant sa capacité à apprendre en continu. "Je vois encore pas mal de CV avec un point formation en 1980 ou en 1990 et puis plus rien."

Or, il existe aujourd’hui de nombreuses manières de se former qui peuvent facilement s’intégrer dans l’emploi du temps d’un employé. "Cela lui permettra de se préparer efficacement à la recherche de son prochain emploi", ajoute Joël Poilvache.

De son côté, Gilles Klass tient à préciser que "si vous recevez un e-mail ou un coup de fil de la part d’un recruteur, vous devez réagir tout de suite." Car, selon lui, il y a une multiplication de la rapidité du processus de décision. Alors, même si le candidat est roi, s’il ne réagit pas assez vite, une belle opportunité pourrait lui filer sous le nez.

Lorsque vous irez à un rendez-vous, n’oubliez pas que, même si le recrutement démarre à l’envoi du CV, "il continue aussi quand vous passez la porte du recruteur, précise Nathalie Mazy. L’attitude est importante, mais aussi la manière dont vous réagirez au feed-back."

"Il est important d’arriver bien préparé, de se montrer authentique, agile dans sa façon de penser et d’oser parler avec humilité mais enthousiasme de la valeur ajoutée que vous pensez pouvoir apporter à l’entreprise et à la fonction à pourvoir", conclut Philippe Meysman.

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