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Kit de survie pour jeunes diplômés sur un marché de l'emploi déboussolé

Quelle est la valeur des cartes que les nouveaux diplômés ont en main pour entamer la quête d'un emploi? Pistes et conseils de spécialistes RH.
Face aux difficultés, certains jeunes diplômés envisagent de différer leur arrivée sur le marché de l'emploi. Pas forcément une bonne idée. ©iStock

À votre entrée dans l’enseignement supérieur, vous avez sans doute reçu un "welcome pack". Si vous en sortez aujourd’hui, c’est un kit de survie qu’il vous faudra pour affronter un marché du travail sinistré, en manque de repères. Les cartes ont été complètement rebattues durablement. Coupant court aux perspectives, aux attentes légitimes et aux certitudes des nouveaux diplômés.

Quelle est encore la valeur des cartes qu’ils ont en main? Sur lesquelles miser? Est-il préférable de passer un tour ? De sortir un joker (mais lequel) ? Les experts que nous avons interrogés balisent ce parcours du combattant et indiquent de bonnes pistes à suivre.

Qu'indique le baromètre du marché du travail?

Le seul point commun entre cette crise et les précédentes, c’est le ralentissement économique. "Mais à la différence de ce qui s’est passé en 2001 et 2008, le marché du travail et l’environnement du recrutement ne se sont pas arrêtés du jour au lendemain", constate Olivier Dufour, Senior Executive Director chez Page Personnel. "Les entreprises qui, avant cela, étaient déjà installées dans une inertie positive sont parties du principe que le confinement constituait une pause, mais n'ont pas coupé court à la dynamique du recrutement. Évidemment, de façon très variable d’un secteur à l’autre. Le tourisme et la grande distribution, par exemple, n’ont pas vécu la même chose !»

Quelques mois plus tard, la situation a quand même décanté. "Les entreprises ont moins d’argent et même à budget constant, les craintes se sont installées. Vu que le ratio coûts salariaux/chiffre d’affaires est l’un des plus suivis, il y aura d’office un impact sur les recrutements potentiels", assène Gilles Klass, expert en ressources humaines.

Moins de jobs, plus de candidats, salaires sous pression

Alors qu’une nouvelle génération de diplômés s’apprête à déferler sur le marché de l’emploi, il laisse peu de place aux rêves et aux illusions : "Une chose est sûre, il y aura moins de jobs, plus de candidats. D’autant qu’avec la généralisation du télétravail, la zone d’achalandage ira en s’élargissant (y compris à l’international), en particulier pour les jobs dans des secteurs hyper digitalisés." Il y aura donc une pression accrue sur les salaires. "Les jeunes entrent dans un marché du travail très compétitif", confirme Johan Vanhuyse, Director Experis & Talent Based Outsourcing (Manpower).

"Le secteur auquel vous vous destiniez est sinistré? N’hésitez pas à postuler ‘ailleurs’ et pour un job auquel vous n’auriez jamais pensé au départ."
Olivier Dufour
Senior Executive Director chez Page Personnel

"Pour l’heure, la situation n’est pas vraiment pire qu’il y a un an", tempère cependant Olivier Dufour. "Ce qui a changé, c’est que le monde du travail est devenu plus sélectif et plus exigeant." Il se risque tout de même à dire qu’on assiste plutôt à une normalisation. "On était jusqu’ici dans une configuration totalement à l’avantage du candidat. À l’excès même. On en arrivait ainsi à des situations absurdes où certaines entreprises engageaient des jeunes à un salaire supérieur à celui de ceux qu’elles avaient embauchés trois ans auparavant", explique Olivier Dufour. "Les Big Four (EY, Deloitte, PwC et KPMG), par exemple, sont restées très agressives sur les packages, créant des attentes infondées dans le chef des camarades de promotion de ceux qui ont eu la chance d'y décrocher un job."

"De nombreuses entreprises travaillent avec des échelles salariales, ce qui freine la baisse immédiate des salaires proposés", explique Johan Vanhuyse.
Mais il est clair que les jeunes en paieront le prix. "De nombreuses études internationales ont en effet montré que les jeunes diplômés durant la crise touchent en moyenne un salaire brut inférieur de 5 à 10% à ceux de la génération juste avant ou après la crise. Un impact qui perdure jusqu’à 10 ans après l’obtention du diplôme, poursuit-il. Certains secteurs semblent toutefois moins sensibles que d’autres à cet impact salarial négatif."

Flexibilité et opportunisme

D’un secteur d'activité à l’autre, la situation est en effet totalement différente. À ceux qui se destinaient à une carrière dans un secteur aujourd’hui totalement sinistré, comme l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, la culture ou l’événementiel, les spécialistes conseillent de faire preuve de flexibilité et d’opportunisme. "N’hésitez pas à postuler ‘ailleurs’ et pour un job auquel vous n’auriez jamais pensé au départ", insiste Olivier Dufour.

"Même dans un marché bien portant, le jeune diplômé est souvent bloqué par les contraintes qu’il s’impose à lui-même pour des questions d’image. ‘Je veux être chef de produit chez L’Oréal ou Chief Representative chez Vuitton’, alors que ce qui compte, c’est de se confronter à un environnement inconnu et d’avoir l’occasion de faire ses preuves. Faites donc vos armes ailleurs. N'importe où!"

Acquérir de l'expérience et des compétences générales

D'autant que, de nos jours, les études que vous avez faites sont de moins en moins importantes. "La génération qui décroche son diplôme va affronter un marché imprévisible : 65% des emplois que les gens occuperont dans les 40 prochaines années n’existent pas encore. Dès lors, ce qui prime, ce sont les compétences générales", souligne Johan Vanhuyse. Créativité, communication, pensée analytique, leadership... "Faites donc en sorte d’acquérir une expérience qui vous permette de pratiquer ces 'soft skills' et de faire vos preuves." Traduction : plutôt qu’un emploi qui paie bien, visez un poste où vous pourrez rapidement assumer des responsabilités, communiquer avec des clients et affiner vos compétences numériques.

"S’obstiner à postuler dans un secteur qui est aujourd’hui complètement plat est totalement vain et surtout retarde votre capacité à vous créer de l’expérience", insiste Olivier Dufour, soulignant qu’un employeur préférera toujours recruter une personne qui, à formation équivalente, aura découvert le monde de l’entreprise et enrichi son expérience.

Passer son tour? Se spécialiser, suivre une formation?

Vu le contexte, certains se demandent s'ils n'auraient pas carrément intérêt à différer leur arrivée sur le marché du travail. "C’est une question légitime", reconnaît Olivier Dufour.  Toutefois, l'incertitude et les difficultés risquent de se prolonger. "En passant son tour, on risque alors de se retrouver avec la cohorte de diplômés de l’année prochaine. Si les perspectives ne se sont pas améliorées d'ici là, ce sera pire", note Gilles Klass.

65%
des emplois
65% des jobs que les gens occuperont dans les 40 prochaines années n'existent pas encore aujourd'hui.

C’est donc, vous l’avez compris, une option à considérer avec circonspection. Dans ce cas, il faut être vraiment motivé à se spécialiser, et dans un domaine qui constitue une réelle valeur ajoutée. C'est-à-dire qui restera très demandé quoi qu’il arrive et qui sera donc monnayable, comme l’informatique, ou les langues… , suggèrent en chœur les spécialistes. "En Belgique, le bilinguisme reste un élément différenciant très fort. En plus, ces formations peuvent se faire facilement à distance, ce qui est appréciable compte tenu des incertitudes relatives à l’accès à l’enseignement et au type de pédagogie dans les prochains mois", souligne Olivier Dufour.

"Si vous avez un diplôme en sciences humaines ou en langues, il peut être intéressant d'étudier l'informatique pendant un an, par exemple. Nous savons que de telles combinaisons apportent une grande valeur ajoutée. Recherchez des combinaisons d'études complémentaires", conseille Johan Vanuyse.

Stages, contrats d'intérim, CDD

"Quel que soit votre domaine de spécialisation, il est indispensable de vous frotter au monde de l’entreprise", confirme Gilles Klass, qui suggère la piste des stages. "La particularité du marché belge, c’est que les étudiants font trop peu de stages: 3 mois en général, contre 6 en France. C'est totalement insuffisant", déplore-t-il. Pourquoi, dès lors, ne pas partir du principe que la première année de votre vie active est une année de stage?

Dans le même registre, "l’intérim - qui a souvent une réputation un peu dégradée, car il est né dans les années de crise -, ne doit certainement pas être négligé. Dans l’environnement actuel, il faut en effet se focaliser sur l’opportunité davantage que sur le volet administratif du contrat (CDD, CDI, intérim) qui ne garantit ni la richesse de la fonction, ni l’intérêt de l’entreprise, ni la qualité du management!", assure Olivier Dufour.  

"À l'avenir, de nombreuses professions auront un équivalent dans le monde numérique."
Johan Vanhuyse
Director Experis & Talent Based Outsourcing (Manpower).

Créez votre réseau!

N’oubliez jamais que "quel que soit l’environnement, chercher un job, c’est un job en soi", rappelle Olivier Dufour . "Si vous ne trouvez pas d’opportunité dans l’immédiat, attelez-vous à la constitution d’un réseau. Contactez des personnes et des entreprises qui vous intéressent, présentez-vous. Un réseau comme LinkedIn est à cet égard idéal", souligne Johan Vanhuyse. Parlez à d’anciens diplômés, vos parents, et à leurs amis. "C’est la démarche la plus utile car vous obtiendrez rapidement et en direct une information précise. Évitez de lancer des lignes tous azimuts sur des plateformes de recherche d’emploi en espérant que quelqu’un vous réponde. C’est chronophage et décourageant."

"La recherche d’emploi requiert en outre rigueur, présentation et discipline. Gardez la trace de ce que vous faites, des CV que vous avez envoyés. Vous vous rendrez compte du boulot que vous avez abattu et vous serez prêt à répondre de façon adéquate à un recruteur qui se manifesterait. Il n’y a rien de pire qu’un candidat qui ne se souvient plus ni où il a postulé, ni pour quel poste! Enfin, n’hésitez pas à demander un feedback lorsque vous avez postulé, et tenez-en compte pour vos sollicitations futures", conclut Olivier Dufour.

La crise a aussi ouvert des perspectives... positives

Surtout, n’abandonnez pas. La crise ne fait que commencer. Dans un premier temps, les entreprises jouent la sécurité : elles mettent les recrutements en attente ou choisissent des personnes expérimentées.
"À moyen terme, elles se focaliseront sur l’innovation et la numérisation. Des matières dans lesquelles les jeunes sont plutôt bien placés", assure le spécialiste de Manpower.

Le gouvernement comme les particuliers sont manifestement davantage convaincus de  la nécessité d’investir dans les soins de santé. "Un emploi dans ce secteur devrait désormais non seulement garantir la sécurité de l’emploi mais aussi, espérons-le, la perspective de meilleurs salaires."
La crise et le confinement ont également donné un coup d’accélérateur vertigineux à la digitalisation de l’économie, ce qui ouvre des perspectives royales au secteur informatique. "Aujourd’hui, il est plus difficile que jamais de trouver un spécialiste de la cybersécurité, par exemple."

Demain, de nombreuses professions auront également un équivalent dans le monde numérique. "Un gestionnaire d’événements devra par exemple organiser un salon de l’emploi numérique et tenter de générer le même battage médiatique lors d’un salon classique. Pensons aussi à l'expert RH, désormais contraint de former, coacher et motiver une équipe qui télétravaille. Toutes les catégories professionnelles seraient donc bien inspirées de se plonger dans les outils numériques qui leur sont utiles." Enfin, les gouvernements à l’échelon national et européen investiront à l’avenir massivement dans l'économie, et l’économie verte en particulier. De nouvelles opportunités se présenteront donc sur ce front-là également.

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