Le come-back des augmentations salariales

©Frank Muller/Hollandse Hoogte/Hollandse Hoogte

D’ici deux ans, le salaire des Belges pourrait avoir augmenté en moyenne de 4%. Êtes-vous réellement concerné par cette hausse? Quelle forme prendra cette augmentation salariale et quand sera-t-elle effective? Le point.

Cette semaine, les nouvelles concernant de potentielles hausses salariales se sont bousculées. Lundi, le SPF Économie a annoncé que l’inflation avait fait un bond à 2,65% au mois de janvier 2017, alors qu’elle avait déjà franchi le seuil de 2% en décembre 2016. De telles statistiques laissent donc entrevoir une possible indexation automatique des salaires à court ou moyen terme (en fonction du type d’emploi et du type de secteur).

Jeudi, l’accord interprofessionnel (AIP) a enfin été officiellement signé par tous les partenaires sociaux. Afin que les entreprises belges restent compétitives, celui-ci prévoit notamment la possibilité d’une hausse salariale de 1,1%, hors indexation et hors augmentations barémiques pour les années 2017 et 2018.

"Grâce à cet accord, nous donnons à nouveau une perspective à très nombreuses personnes, a réagi Marc Leemans, le président du syndicat chrétien. Après trois années de blocage salarial et le saut d’index du gouvernement Michel, une marge se dégage enfin pour des augmentations salariales."

En effet, avec une norme salariale établie à 1,1% (qui s’applique aux travailleurs du secteur privé) et une inflation attendue à 2,9%, les salaires des Belges pourraient – dans le meilleur des cas — augmenter de 4% sur les deux années à venir. Mais quand? Sous quelle(s) forme(s)? Et de quel montant?

Norme salariale

1. Allez-vous obtenir une augmentation de 1,1%?

Rien n’est moins sûr. "L’AIP ne signifie pas que tous les travailleurs toucheront 1,1% de salaire en plus mais bien que le coût salarial moyen par travailleur peut augmenter dans cette grandeur au cours des deux prochaines années", selon Jean-Luc Vannieuwenhuyse, expert juridique chez SD Worx, un gestionnaire de ressources humaines. Certains employés pourraient ainsi avoir une augmentation de 2% tandis que d’autre ne bénéficieraient que d’un bonus de 0,5%, voire de rien du tout.

"Ce qu’il est important de comprendre, c’est que c’est un maximum et que surtout, il n’y a aucune obligation pour un secteur et/ou pour un employeur d’accorder une telle augmentation."

D’ailleurs, quelques secteurs ont déjà annoncé qu’il y avait très peu de chance que cette hausse maximale des salaires de 1,1% soit mise en œuvre auprès de leurs travailleurs. "Cet accord entame le potentiel concurrentiel des entreprises graphiques", affirme par exemple Febelgra, la fédération professionnelle de l’industrie graphique. "Cela ne va pas précisément bien dans le secteur", ajoute Philippe Van Ongevalle, son directeur général, évoquant la concurrence venue notamment des Pays-Bas, de Pologne et de République tchèque.

Febelgra n’est pas la seule à penser de cette manière. Fedustria, la fédération de l’industrie textile, du bois et du meuble, considère aussi cet AIP "trop cher" et l’a rejeté.

La norme salariale de 1,1% est un maximum mais il n’y a aucune obligation d’accorder une telle augmentation.

2. Qui décide in fine: le secteur ou mon employeur?

Concrètement, lorsque la norme salariale (+ 1,1%) devient officielle (c’est le cas depuis jeudi), les différents secteurs se concertent pour la mettre en pratique (ou non) et choisir sa forme.

Les entreprises sont ensuite tenues de respecter les accords passés dans le secteur dont elles font partie. Selon une enquête de SD Worx, pour un peu plus de la moitié d’entre elles (53%), les choses en restent là: elles s’alignent simplement sur l’interprétation qu’en donne leur secteur. Un peu plus d’un quart (27%) intègre un volet supplémentaire par le biais d’une politique salariale interne; enfin 19% concèdent un petit extra qui s’ajoute aux accords sectoriels si leurs finances le leur permettent et à condition bien sûr que cet extra respecte la norme salariale.

Désormais donc, "reste à savoir comment les secteurs vont mettre en pratique ce 1,1% et quand", réagit Jean-Luc Vannieuwenhuyse. "Si un secteur applique la hausse collectivement et de manière linéaire, comme le supplément de 250 euros accordé il y a quelques années à tous les employés de la commission paritaire 200, il ne laissera pas beaucoup de latitude aux entreprises souhaitant ‘faire un geste’dans le cadre de leur propre structure barémique ou en faveur des plus performants. Ces suppléments dépendent alors principalement des résultats financiers de l’entreprise."

3. Quelle forme pourrait prendre cette augmentation?

Comme déjà expliqué brièvement dans les questions précédentes, cette hausse salariale peut se décliner de différentes manières. C’est au secteur et/ou ensuite à l’entreprise d’en décider. Il est encore trop tôt actuellement pour connaître leurs décisions. Mais tout est possible: des augmentations en pourcentage, des forfaits, des cotisations plus élevées à l’assurance groupe, un relèvement de la part des cotisations patronales dans les chèques-repas, etc.

4. Combien va-t-il me rester en net?

Le tableau ci-dessous vous permet de découvrir quel sera l’impact d’une augmentation de salaire de 1,1% ou de 4% sur votre revenu net. De manière générale, peu importe votre fonction ou votre statut, il s’agit de quelques dizaines d’euros par mois. "Ces montants ont été calculés sur la base des barèmes de précompte professionnel existants, explique Dirk Wijns, directeur chez Acerta, un gestionnaire de ressources humaines. Ces prochaines années, ces barèmes seront modifiés et le net devrait légèrement augmenter."

Ceci dit, comme expliqué précédemment, il n’est pas certain que tous les salaires bruts augmenteront de 1,1%. "Une entreprise peut décider de montants au lieu de pourcentages", poursuit Dirk Wijns. En cas d’augmentation linéaire en pourcent, les plus hauts salaires augmentent logiquement plus que les autres. "Une entreprise pourrait par exemple décider d’accorder une augmentation de 50 euros à chacun de ses employés. Dans ce cas, l’impact d’une telle augmentation est plus sensible sur les bas salaires que sur les rémunérations élevées."

©Mediafin

5. Quid des augmentations individuelles non-conventionnelles?

Puisqu’elles augmentent le coût salarial d’une entreprise, elles font indéniablement partie de l’évolution de son coût salarial. "Au sens strict, on pourrait toutefois affirmer que si elles génèrent un dépassement de la marge salariale, il n’y aura pour autant pas de sanction, puisqu’il n’est pas question de convention", selon les experts de Securex.

En effet, le dépassement de la norme salariale est bel est bien passible de sanctions dans le chef de l’employeur: une amende maximale de 5.000 euros par travailleur (multipliés par les centimes additionnels, cela représente 30.000 euros).

Jusqu’ici, aucune sanction n’a toutefois été réellement appliquée. Mais cela pourrait changer à partir de cette année. Le ministre de l’Emploi, Kris Peeters, souhaite renforcer la surveillance du respect de la loi qui interdit de dépasser la norme salariale.

Indexation automatique

1. Mon salaire va-t-il bientôt augmenter grâce à l’inflation?

En principe, lorsque les prix augmentent, le salaire des Belges augmente également. Ainsi, le pouvoir d’achat des citoyens est protégé puisque leurs revenus suivent la hausse des prix.

Cependant, cette hausse n’est pas instantanée et peut intervenir avec quelques semaines ou mois de retard: selon les secteurs, la hausse a lieu, par convention, au début du mois suivant, du trimestre suivant, voire au début de l’année suivante (c’est le cas pour les employés de la CP 200).

À ce propos, lorsque plusieurs indexations ont lieu durant l’année, l’indexation salariale du début de l’année suivante contient le cumul des diverses indexations.

2. Quand la prochaine indexation des salaires sera-t-elle officielle?

Tous les mois, l’indice des prix à la consommation est calculé et publié par le SPF Économie. Il est destiné à comparer de manière correcte l’évolution du coût de la vie. En fait, il mesure l’évolution des prix d’un panier de biens et services acquis par les ménages et représentatifs de leurs habitudes de consommation.

En soustrayant certains produits de ce panier, à savoir les boissons alcoolisées, le tabac et les carburant, on obtient l’indice santé (qui est notamment utilisé pour l’indexation des loyers).

L’indice-pivot pourrait être dépassé en mai prochain, selon les dernières prévisions d’inflation publiées par le Bureau du plan.

Ensuite, en prenant la valeur moyenne de l’indice santé des 4 derniers mois, on obtient l’indice lissé. C’est cet indice qui sert de base à l’indexation des salaires: dès qu’il franchit un certain niveau (l’indice-pivot), le mécanisme d’indexation automatique des salaires se met en route.

Le prochain dépassement de l’indice-pivot surviendrait en mai prochain, selon les dernières prévisions d’inflation publiées mardi par le Bureau du plan. Dans ses prévisions de décembre, celui-ci prévoyait encore un dépassement de l’indice pivot en juillet. Si ce scénario se confirme, les allocations sociales, mais surtout les salaires dans la fonction publique seraient adaptés au coût de la vie. En d’autres termes augmentés de 2%, respectivement en juin 2017 et en juillet 2017.

Enfin, comme expliqué dans la question précédente, les 400.000 employés de la CP 200 devront attendre janvier 2018 pour pouvoir bénéficier de cette indexation salariale.

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