Mon argent La réponse à toutes vos questions d'argent

Le prix et les leçons de l'indépendance

Quitter un statut de salarié pour devenir indépendant? L’enjeu est aussi grisant que le parcours ardu. En dix étapes, voici ce qu’il faut déjà faire… avant de commencer pour de bon.
Pour monter sa propre entreprise, mieux vaut disposer de réserves personnelles.

Vidéo : Dragons Denn (BBC) est une alternative à l'auto-investissement.

(monargent) - Devenez indépendant! Le message est dans l'air du temps et les pouvoirs publics incitent volontiers les demandeurs d'emploi à franchir le pas. Mais il se peut aussi que, salarié dans une entreprise, les circonstances vous poussent à changer de statut: restructuration, licenciement, environnement professionnel peu attractif... Les raisons ne manquent pas. Pourtant, "tous ceux qui, de près ou de loin, désirent opter pour un statut d'indépendant n'en ont pas forcément les capacités. Parfois, mieux vaut s'arrêter avant qu'il ne soit trop tard!"

Responsable du service d'aide à la création/transmission d'entreprise au siège namurois de l'Union des classes moyennes (UCM), Dominique Dethy épaule depuis de longues années ces candidats indépendants, confrontés à ce qui prend souvent l'allure de l’Himalaya. "Malgré la centralisation de certaines démarches auprès de guichets d'entreprises depuis 2003, le parcours du futur indépendant reste celui du combattant. Et ce n'est peut-être pas plus mal, souligne Dominique Dethy, car ces premières épreuves sont un test grandeur nature de la détermination du candidat. "

On ne devient donc pas indépendant "par défaut ", parce qu'un chômage s'éternise ou parce qu' "il y a des aides pour le devenir". On le devient parce qu'on a une passion pour ce que l'on fait (ou veut faire) et parce qu'on a une motivation tout à fait exceptionnelle.

Qualités personnelles


Le futur indépendant alignera une série de qualités personnelles:

  • une grande force de travail, ce qui implique une réelle résistance physique et nerveuse
  • une capacité d'organisation et d'administration
  • un sens du contact humain, utile avec les clients mais aussi avec tous ceux (banquier, administration, etc.) qu'il sera appelé à rencontrer sans intermédiaire
  • un goût pour les aspects commerciaux
  • et un entourage compréhensif! "On parle rarement de cette dernière réalité, souligne Dominique Dethy. Elle est cependant essentielle. Si l'on n'est pas issu d'un milieu d'indépendants, il est difficile de comprendre ce que ce statut implique. Notamment en sacrifices familiaux."


Quitter un statut de salarié pour celui d'indépendant exige donc autant d'audace que de détermination. Mais l'enjeu est grisant. Prêt pour l'aventure? Itinéraire fléché en compagnie d'une guide expérimentée.

1 Choisissez la bonne formule

L'indépendant doit choisir d'exercer son activité soit en tant que personne physique, soit en société. Ce choix a de réelles implications légales. Si vous souhaitez vous associer avec une ou plusieurs personnes, l'idéal est de créer une société (SPRL, SA, SC, etc.). Une simple association de fait n'a, en effet, pas de personnalité juridique, ce qui l'affaiblira notamment à l'égard de clients mauvais payeurs. La récupération de la TVA sera également impossible si une facture est établie au nom d'un associé plutôt qu’au nom de l'association de fait, seule assujettie. En termes de patrimoine, une activité exercée en société permet également de scinder ses avoirs personnels de ceux de la société. Les engagements des associés sont, en principe, limités à leurs apports. En revanche, si l'indépendant exerce son activité en tant que personne physique, il sera responsable sur l'ensemble de ses biens propres. En cas de faillite, ils pourraient être vendus pour honorer les dettes. "En résumé, précise Dominique Dethy, l'exercice de l'activité en société à responsabilité limitée sera surtout indiquée dans les cas où les investissements sont conséquents, où l'activité est risquée et où les associés disposent de biens personnels qui ne servent pas de garanties pour les emprunts de l'entreprise." Enfin, le choix de l'exercice en tant que personne physique ou sous forme de société aura aussi un impact fiscal (lire l’encadré).

2 Vérifiez vos compétences légales

Prêt pour l'aventure? Il reste à vérifier si vous avez …l'autorisation de la tenter. Pour exercer une activité commerciale ou artisanale, il faut en effet:

  • des connaissances en gestion: depuis 1999, vous devrez prouver un minimum de capacité à gérer votre activité. Autrefois, un diplôme d'humanités suffisait. Les exigences sont devenues plus sévères
  • un accès à la profession: une trentaine de métiers exigent ce fameux accès, obtenu par diplôme et/ou stage professionnel
    des agréations ou licences: ce n'est pas parce qu'une activité n'est pas soumise à l'accès à la profession qu'elle est pour autant autorisée à quiconque. Par exemple, ouvrir une crèche ou développer une entreprise de transport nécessite d'autres autorisations. C'est vrai également pour les bouchers/charcutiers, les commerçants ambulants. Dans le commerce de détail, il faudra parfois obtenir en plus un permis d'implantation commerciale. Dans la construction, l'entrepreneur doit être enregistré
  • des permis d'urbanisme, d'environnement ou d'implantation, exigés pour certaines activités, viendront encore allonger le parcours administratif…

 

3 Établissez votre "business plan"

Avoir une bonne idée ne suffit pas à garantir son succès. Ce dernier dépendra en grande partie du sérieux de vos analyses préalables, en termes de marketing et de finance.

L'étude de marché est indispensable, quelle que soit l'activité, fût-elle modeste. Quelle est la clientèle potentielle? Quelle est la viabilité ou la crédibilité du service ou du produit que j'offre? Quels sont mes concurrents? Que puisje offrir de plus en termes de services, de proximité, de compétences…?

Le plan financier. On associera évidemment à cette réflexion un plan financier aussi réaliste que possible, en n'exagérant pas le poste "recettes prévisionnelles": pas d'optimisme débridé. Se mentir, c'est se planter… Pour juger de la rentabilité attendue, prévoyez un compte d'exploitation sur deux ans. L'aide d'un expert comptable ou d'un fiscaliste est, à ce stade, vivement conseillée. formes. Cela permet d'éviter la progressivité de l'IPP et de réduire les cotisations sociales."

4 Trouvez l'argent

Quelle que soit l'activité envisagée, elle impliquera généralement un investissement financier. Si vous devez emprunter, sachez qu'il est vain d'espérer obtenir un crédit sans mettre quelques-uns de vos propres deniers dans la balance. Deux pistes principales: • le Fonds de participation, organisme public, accorde des prêts pour épauler les indépendants, qu'il s'agisse de demandeurs d'emploi, de jeunes désireux de devenir indépendants ou d'indépendants en exercice soucieux de développer leur activité. Il faut généralement apporter soi-même le quart du budget souhaité. Attention, le Fonds sera régionalisé à partir de 2009: les règles en vigueur risquent donc d’évoluer; • votre banque exigera le plus souvent 10 à 30% d'apport personnel avant de consentir un prêt. Et celui-ci ne sera accordé qu'après un examen approfondi de votre dossier (d'où l'intérêt d'un solide business plan). Des garanties complémentaires vous seront bien souvent demandées: la crise du subprime a rendu les banquiers encore plus prudents.

5 Passez à la banque

Ouvrez un compte bancaire exclusivement réservé à votre activité d'indépendant. Cela paraît évident pour une société. Ce l'est parfois moins pour un indépendant, qui exerce seul en tant que personne physique, et mélange dépenses privées et professionnelles sur un même compte. Le compte professionnel est indispensable pour clarifier votre gestion et éviter toute confusion avec vos dépenses et rentrées non professionnelles. Que vous n'aurez peut-être pas envie d'exhiber devant votre contrôleur…

6 Devenez un numéro à la BCE

Toute entreprise - et l'indépendant en est une dans les faits - doit s'inscrire à la Banque-Carrefour des entreprises et obtenir un numéro d'entreprise (qui remplace le n° de TVA). Il sera délivré via le Greffe du Tribunal de Commerce s'il exerce en société ou via un Guichet d'entreprise agréé s'il exerce en personne > physique. Dans les deux cas, un passage auprès d'un Guichet d'entreprise est nécessaire car il doit notamment vérifier les connaissances de gestion de base, les compétences professionnelles requises (si le métier est réglementé) et les éventuelles autorisations complémentaires. Cette centralisation des données autour d'un numéro unique par entreprise est une heureuse simplification. Mais qui permet aussi de renforcer les contrôles…

7 Assujetissez-vous à la TVA

Si quelques métiers en sont exemptés (avocat, huissier, professions médicales, journalistes…), l'assujettissement à la TVA est une obligation pour une majorité d'indépendants. Et ce que l'activité soit exercée à titre principal ou complémentaire, avec ou sans intention de profit, et qu'il s'agisse de biens ou des services. En s'immatriculant auprès de la TVA, l'indépendant devra choisir préalablement son régime d'imposition.

  • Le régime normal constitue le régime général, sans condition d'accès.
  • Le régime forfaitaire, réservé à certains secteurs (alimentation, librairie…), permet à l'ad- ministration de reconstituer le chiffre d'affaires si l'assujetti ne dispose pas d'éléments probants (tels que des factures). De plus, l'indépendant ne peut dépasser un chiffre d'affaires annuel hors TVA de 750.000 euros.
  • Le régime de la franchise est applicable aux petites entreprises dont le chiffre d'affaires annuel hors TVA ne dépasse pas 5.580 euros. Mais la TVA n'est ni facturable, ni récupérable.
  • Le régime dérogatoire, pour certaines professions: agents de change, exploitants agricoles en personne physique, bateliers...

 

8 Affiliez-vous à la caisse sociale

Dans les 90 jours qui suivent le début de son activité, l'indépendant est obligé de s'inscrire auprès d'une caisse d'assurances sociales. Les documents nécessaires sont fournis lors de l'inscription auprès du Guichet d'entreprise. Le confort du salarié, avec son revenu "net" versé à date fixe et déjà amputé des cotisations sociales (personnelles et patronales) est inconnu de l'indépendant. Le voilà contraint de payer, chaque trimestre, ses cotisations. Elles lui sont réclamées par la caisse auprès de laquelle il est inscrit, qu'il s'agisse d'un organisme privé, ou de la Caisse nationale auxiliaire (Inasti). La cotisation doit toujours être versée sous peine de se voir infliger une majoration de 3% par trimestre de retard (et de 7% en fin d'année). Vous êtes un peu serré? Vous avez de faibles revenus? Votre caisse peut, dans certains cas, obtenir un délai, une réduction, voire une dispense.

9 Prévenez votre mutuelle

Dans notre hypothèse, celle du salarié devenant indépendant, vous êtes déjà affilié à votre mutuelle. Prévenez-là de votre changement de statut. Et profitez de la bonne nouvelle à propos de la couverture "petits risques" (visites chez le médecin, remboursement de médicaments…). Soucieux de réduire progressivement l'écart de prestations sociales entre les salariés et les indépendants, moins bien protégés, l'assurance "petits risques" est, depuis le 1er janvier 2008, accordée également aux indépendants. Certes, les cotisations sociales ont été lé- gèrement majorées, mais le gain, en termes de sécurité sociale et d'égalité de traitement n'est pas négligeable.

10 Vérifiez vos assurances

Ne négligez pas ce chapitre, qui emprunte plusieurs pistes. La consultation d'un courtier d'assurances est vivement conseillée pour cibler au mieux vos besoins. • Dans l'exercice de votre activité, certaines assurances seront peut-être obligatoires ou vivement conseillées. On pense à l’assurance "RC Exploitation" ou à l’assurance "Revenu garanti" par exemples.... • D'autre part, vous bénéficiiez peut-être d'une assurance-groupe lorsque vous étiez salarié. La compagnie vous exposera les différentes possibilités relatives au capital déjà engrangé: le rachat, lourdement taxé, est toujours déconseillé. Nombre d'assurés préfèrent la réduction, qui laissent courir le contrat jusqu'à son terme. Une poire pour la future pension: celle d'un indépendant reste fort chiche… • Enfin, il est utile d'envisager, dès votre première année d'activité en indépendant la souscription d'une Epargne complémentaire PLC.

Pas de panique !

A voir le déroulé des opérations, l'entreprise nécessite une solide dose d'énergie. Une série d'associations ont cependant développé une gamme de services qui devraient vous faciliter la tâche. L'ouverture des guichets d'entreprise, qui permettent de centraliser plusieurs démarches, en est une. Certaines caisses sociales ont également développé une série de produits et de services annexes - conseils fiscaux, allocations, etc.- qui devraient réduire votre nombre d'interlocuteurs et vous fournir l’information utile. Vous vous sentirez aussi un peu moins seul, ce qui est souvent, dans un premier temps, le plus grand bouleversement pour un ex-salarié…

 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés