Les salaires sont sous pression dans les métiers de la finance et de l'IT

©Sofie Van Hoof

La pénurie de talents met la pression sur les salaires dans certains métiers et secteurs. Robert Half fait le point et constate que 90% des managers pensent qu’ils devront augmenter leurs employés pour retenir les meilleurs éléments.

Le marché du travail est sous tension. On ne cesse de le répéter depuis des mois, le taux de vacance d’emploi en Belgique est le plus élevé de la zone euro: 3,5%. Et les métiers de la finance, de l’IT et les administratifs n’y échappent pas. D’après la société de recrutement Robert Half, cette tension va pousser les salaires à la hausse dans ces branches.

"Ca a déjà été le cas entre 2017 et 2018, où la croissance des salaires s’est élevée entre 3% et 10% selon les profils et les secteurs concernés", explique Joël Poilvache, directeur Wallonie-Luxembourg chez Robert Half. La société de consultance en ressources humaines a publié son nouveau "Guide des salaires 2019", à l’adresse des directeurs RH.

"Sept directeurs RH sur dix disent qu’il est devenu beaucoup plus difficile de pourvoir aux postes vacants qu’il y a cinq ans", signale Robert Half. "Et 90% des managers se rendent compte qu’ils devront augmenter leurs employés pour retenir les meilleurs éléments", précise Joël Poilvache.

Dans les métiers de la finance, 10% des postes restent inoccupés pendant plus de 3 mois.

Pour ne rien arranger, deux autres facteurs viennent mettre des bâtons dans les roues des recruteurs. D’une part, la longueur des procédures de recrutement. "90% des demandeurs d’emploi reçoivent plusieurs offres au cours d’une même recherche. Et 85% des candidats disent avoir commencé un emploi qui était leur second choix par frustration, à cause d’une procédure trop longue ou parce qu’ils voulaient la sécurité d’emploi", constate Robert Half suite à une enquête auprès des candidats.

L’autre écueil, c’est la mobilité accrue des travailleurs, qui les poussent de plus en plus souvent à aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Soit parce qu’ils ne sont pas satisfaits de leur salaire et le jugent trop bas (selon 48% des travailleurs), soit parce qu’ils estiment avoir un mauvais équilibre vie professionnelle-vie privée (14,5%), une mauvaise relation avec leur manager (8%), un manque d’appréciation (7,4%).

Face à cela, Robert Half constate que les entreprises tentent d’élargir le spectre des avantages mis sur la table lors de l’engagement: elles investissent dans des programmes de bien-être au travail, de flexibilité des horaires, elles offrent des possibilités de travail à domicile ou encore des programmes de formation. Mais le salaire reste une arme sûre. Pour preuve, 70% des responsables du recrutement disent avoir dû augmenter le budget prévu pour un recrutement face à la pression d’un marché devenu hypercompétitif.

©MEDIAFIN

Pas partout pareil

La question salariale varie néanmoins d’une région à l’autre. A poste similaire, les salaires peuvent varier selon que l’on est engagé à Wavre, à Hasselt où à Charleroi. Pourquoi ces différences sous-régionales? "Il faut d’abord y voir l’offre qui est plus forte sur Bruxelles, Anvers ou dans le Brabant wallon. Même si économiquement, la région de Charleroi est clairement en croissance", dit Joël Poilvache. Selon lui, il faut aussi mettre ces différences salariales sur le compte du coût de la vie dans les régions. Les employeurs vont notamment adapter leurs salaires en fonction des prix de l’immobilier aux alentours.

3 questions à Joël Poilvache, directeur chez Robert Half

1. Votre étude pointe un taux de rotation élevé dans les métiers de la finance, administratifs ou IT. Pourquoi?

Les travailleurs sont de plus en plus conscients à la fois de leur valeur et des opportunités qu’ils ont sur le marché. Ils vont alors avoir tendance à augmenter leurs compétences, ou leur salaire, parfois en allant voir ailleurs. Ceux qui sont déjà engagés vont d’abord discuter en interne et renégocier leur salaire, ou une promotion. C’est quelque chose de plus en plus fréquent, et cela va aussi de pair avec la conjoncture économique favorable.

2. Cette guerre des talents, qui pousse les salaires à la hausse, est-elle un risque pour la compétitivité?

Pas nécessairement, car d’abord, elle survient alors que le gouvernement a déjà fait de gros efforts, avec le saut d’index. Et cette tendance, on la retrouve aussi dans les pays voisins. Quand je parle avec mes collègues européens, je constate qu’on a des marchés relativement similaires. L’adaptation de l’offre et de la demande, elle a lieu dans tous les pays. Mais oui, il faut trouver le bon équilibre, on ne pourra pas donner 25% de hausse à tout le monde.

3. Quels sont les autres leviers que le salaire pour garder les talents?

Les employés ont aussi d’autres attentes, comme un meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle. Ils veulent plus de flexibilité dans les horaires, des possibilités de télétravail. C’est aussi important. On peut aussi jouer sur les packages salariaux flexibles qui permettent de donner plus de satisfaction aux employés sans coût supplémentaire pour l’entreprise.

Quels sont les profils les plus recherchés? Dans le domaine des finances et de la comptabilité d’abord, Robert Half constate que la réserve de talents reste limitée et le taux de rotation du personnel élevé dans le management financier, la comptabilité, la planification financière.

"10% des postes vacants restent inoccupés pendant plus de trois mois", signale Robert Half sur la base de ses enquêtes. Du coup, les entreprises ont de plus en plus recours à l’intérim management, ce qui se confirme dans les chiffres de Federgon, la fédération du secteur. Le nombre d’intérim managers a augmenté de 12,9% l’an dernier, et celui des missions effectuées de 13,9%.

Du côté du personnel administratif aussi, la pénurie guette, notamment en raison de la croissance globale de l’économie. Dans les services administratifs, le taux de vacance d’emploi atteint 5,5%, selon les données de Statbel, soit 2% de plus que la moyenne belge. "Et ce sont particulièrement les assistants managers, employés RH et payroll et les employés en logistique qui se font rares", dit Robert Half. Ici aussi, l’intérim est venu en roue de secours. 48% des managers en recrutement y ont fait appel pour faire face aux lourdes tâches de travail, couvrir les longues absences ou pallier une procédure de recrutement trop longue.

Voyons enfin ce qui se passe du côté de l’IT, secteur sous pression depuis longtemps. La 4e révolution industrielle qui se profile ne va pas arranger les choses, au contraire. "Près de la moitié des CEO déclarent vouloir engager dans ces domaines, et à ce niveau, les compétences techniques et l’expérience restent des atouts indispensables." Face à cela, Robert Half conseille de miser sur la formation permanente, partant du principe qu’il peut être intéressant de donner sa chance à quelqu’un qui ne possède pas encore toutes les connaissances requises et lui offrir un programme de formation adapté.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content