Moins de 10% des travailleurs en interruption de carrière

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De moins en moins de travailleurs interrompent leur carrière. Entre 2014 et 2018, on en compte 60.000 de moins. En cause, les restrictions apportées par le gouvernement à l’accès au crédit-temps. C’est dans les grandes entreprises, et surtout en Flandre, que l’on compte le plus d’interruptions de carrière.

Le gouvernement sortant a voulu inciter les gens à travailler davantage en décourageant le recours aux interruptions de carrière. À voir les données d’Acerta, cela marche. Les recours aux interruptions de carrière sont en recul et, pour la première fois, elles passent sous le seuil des 10% en 2018. En 2014, 11,6% des travailleurs du secteur privé étaient encore dans une forme d’interruption de carrière: crédit-temps, congé parental, etc. (soit 450.000 travailleurs). Ils ne sont plus qu’environ 392.000 à opter pour les formes de crédit-temps ou congés thématiques, soit 2% de moins. Ce qui signifie au final qu’environ 60.000 travailleurs du secteur privé ont renoncé à interrompre leur carrière sous le gouvernement Michel.

Le recul est le plus prononcé dans la catégorie des crédits-temps classiques.

Le recul est le plus prononcé dans la catégorie des crédits-temps classiques. C’est aussi dans cette catégorie que l’on retrouve le plus de travailleurs. Ils étaient 56,2% des travailleurs optant pour une interruption de carrière à choisir ce système en 2017, ils ne sont plus que 55,9%.

En cause, le changement de réglementation, qui a mené à la suppression de la possibilité de prendre un crédit-temps sans motif (le travailleur peut encore opter pour le congé sans solde, mais il ne sera pas protégé contre le licenciement et dépendra du bon vouloir de son employeur).

Le congé parental stagne

Aujourd’hui, les crédits-temps encore autorisés sont les crédits-temps motivés: soit pour s’occuper d’un enfant (de moins de 8 ans), d’un proche malade ou d’un enfant handicapé, soit pour suivre une formation. Ajoutons aussi les crédits-temps de fin de carrière (pour les plus de 55 ans).

"La stagnation des chiffres s’explique par le fait que certains ont repoussé leur prise de congé parental en attendant cette règle du congé à 1/10."
Amandine Boseret
Conseillère chez Acerta

Le congé parental (4 mois à temps plein pour s’occuper de son enfant de moins de 12 ans) est, lui, en stagnation. Ici aussi, les règles ont changé tout récemment: il existe à présent la possibilité de le prendre à 1/10 du temps de travail, le mercredi après-midi par exemple, et ce durant 40 mois. Selon Amandine Boseret, consultante chez Acerta, cette nouvelle flexibilisation du congé parental pourrait se concrétiser par une hausse de cette forme d’interruption de carrière dans l’avenir. "En 2018, beaucoup de travailleurs étaient dans l’expectative, la stagnation des chiffres s’explique par le fait que certains ont repoussé leur prise de congé parental en attendant ce changement."

Les données d’Acerta viennent par ailleurs confirmer que les interruptions de carrière sont largement plus utilisées en Flandre qu’en Wallonie. En 2018, 10,4% des travailleurs flamands étaient en interruption de carrière, contre 4,7% des travailleurs wallons et 6,1% des travailleurs bruxellois. Les interruptions de carrière sont aussi plus fréquentes dans deux tranches d’âge particulières: les 30-39 ans (5,4% en 2018), et les 50-59 ans (9% des travailleurs).

Les interruptions de carrière sont plus fréquentes dans les grandes entreprises et dans le secteur du non-marchand.

L’analyse menée par Acerta montre également que les interruptions de carrière sont plus fréquentes dans les grandes entreprises et dans le secteur du non-marchand. Dans ce dernier secteur, Acerta note d’ailleurs une tendance à contre-courant puisque les interruptions de carrière y sont en hausse (15,6% en 2018 chez les employés, contre 14,3% en 2017).

Enfin, le faible taux d’interruptions de carrière dans les TPME (à peine 4% des travailleurs en moyenne dans les entreprises de moins de 20 travailleurs, contre 12,8% dans les entreprises de plus de 100 travailleurs) s’explique par les restrictions imposées au crédit-temps dans les TPME. "Dans les entreprises de moins de 10 travailleurs, l’accord de l’employeur est toujours requis pour des questions organisationnelles, précise Amandine Boseret. Ce qui y explique le faible taux de crédit-temps."

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