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Vous êtes malade? RESTEZ CHEZ VOUS

Êtes-vous scandalisé lorsque vous voyez des collègues qui viennent travailler alors qu’ils sont enrhumés? Ce phénomène - appelé présentéisme - est tellement répandu qu’il fait partie des coûts de santé les plus importants pour les employeurs.
©serge baeken
Si quelqu’un tousse ou éternue sans arrêt, ce n’est pas une bonne d’idée d’aller travailler. Et certainement pas en cas de fièvre.
Marc Van Ranst
Professeur de virologie

Voici ce que nous disait une responsable RH d’une société de services il y a quelques semaines, à propos des employés malades, mais bien présents au travail: "Que faut-il faire? Distribuer des masques? Dans les bureaux, on tousse, on éternue et on se mouche à qui mieux mieux. Les collègues qui ne sont pas malades se tracassent, certains plus ouvertement que d’autres. Les malades s’encouragent entre eux, ils ingurgitent toutes sortes de boissons énergétiques, et continuent courageusement à travailler. Ils rigolent en disant qu’il ne faut pas baisser les bras."

Mais en réalité, cela n’a rien de comique. L’épidémie de grippe a ravagé le pays cet hiver et des dizaines de milliers de personnes sont restées au lit. "On n’échapperait pas à l’épidémie, mais elle serait sans doute moins virulente, explique Marc Van Ranst, professeur de virologie à la KU Leuven. Si quelqu’un tousse ou éternue sans arrêt, ce n’est pas une bonne d’idée d’aller travailler. Et certainement pas en cas de fièvre."

C’est pourtant ainsi que se comporte la grande majorité: aller travailler, même quand on n’a pas la forme. En se gavant d’aspirine, de caféine et autres remontants. Une enquête, réalisée en 2010 par Eurofound, un service d’étude de la Commission européenne, nous apprend que 45% des Belges vont travailler même quand ils sont malades. Notre pays se situe très au-dessus de la moyenne européenne de 35%. De tous les États membres, seuls les Danois, les Maltais, les Slovènes, les Suédois, les Finlandais et les Britanniques ont moins de personnes qui "baissent les bras".

Effets négatifs

La raison qui pousse à agir ainsi est peu claire. "Les différences culturelles jouent un rôle, explique Marc Van Ranst. J’ai travaillé aux États-Unis et là, dans les secteurs qui offrent une garantie d’emploi suffisante, on vous regarde de travers si vous allez travailler avec un rhume. Ici, c’est parfois considéré comme de l’héroïsme."

"Aux États-Unis, les employés qui viennent travailler avec le nez qui coule sont regardés de travers. Ici, aller travailler malade est signe d’héroïsme."
Marc Van Ranst
Professeur de virologie

Heidi Janssens, étudiante doctorante au sein du groupe d’étude de santé publique de l’Université de Gand: "De nombreux facteurs peuvent jouer un rôle: la personnalité, la satisfaction qu’on retire de son travail, l’environnement professionnel, la situation familiale. Ceux qui ont des problèmes financiers sont moins tentés de rester à la maison par crainte de perdre leur emploi." La sécurité sociale et la situation économique jouent également un rôle.

Mais pourquoi la Belgique obtient-elle de mauvais scores malgré son niveau élevé de protection sociale? "Il faudrait des études plus approfondies." Une chose est claire cependant: si vous êtes grippé, il faut mieux rester à la maison. Heidi Janssens: "D’une part vous êtes moins productif et, d’autre part, vous contaminez vos collègues. Mais ce comportement a d’autres effets négatifs à plus long terme: les études démontrent que ceux qui ne se font jamais porter malades, ont plus de risques de souffrir de crises cardiaques, de burn-out ou d’autres problèmes de santé mentale. Le corps a besoin de ce congé de maladie pour guérir."

Les recherches d’Heidi Janssens montrent par ailleurs que ceux qui déclarent aller travailler malades au moins deux fois par an, ont plus de risques d’être absents pour maladie pendant plus de dix jours l’année suivante.

D’après Claudia Put, 70% de la perte de productivité des entreprises dues aux maladies sont à mettre sur le compte du présentéisme – en d’autres mots, de ceux travaillent tout en étant malades. Claudia Put est psychologue de la santé, fondatrice et patronne de BrandNewHealth, un spécialiste du changement dans le comportement en matière de santé dans les entreprises. Depuis 2009, elle a interviewé des milliers d’employés dans notre pays, entre autres sur le présentéisme.

Marc Van Ranst renchérit: "Le présentéisme représente la plus grande part des coûts liés à la santé des entreprises. Ce phénomène coûte bien plus cher que l’absentéisme, qui consiste à rester à la maison sans raison. Malgré tout, on y accorde beaucoup moins d’attention." Cela s’explique notamment par la difficulté de cerner le problème: alors qu’il est facile, pour un employeur, d’envoyer un médecin-conseil pour contrôler si un employé se prélasse à la maison, il est plus compliqué d’approcher un malade qui veut absolument travailler. Malgré tout, en ces temps de contexte économique défavorable, la prise en charge du présentéisme devrait se situer en haut de la liste des priorités.

Claudia Put: "Pendant une crise économique, l’absentéisme baisse rapidement et de manière sensible, parce que de nombreux travailleurs sentent une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Au même moment — parfois pour les mêmes raisons — le présentéisme augmente. Les employeurs ont du mal à combattre ce phénomène parce qu’ils ont d’autres priorités."

Heidi Janssens souligne également que le présentéisme se rencontre le plus souvent dans des catégories professionnelles où la "substituabilité" est la plus faible. "Comme dans l’enseignement et les soins de santé. Toutes les politiques de ressources humaines devraient veiller à ce qu’aucune tâche ne dépende d’une seule personne. De telles situations créent énormément de pression."

Et d’ici là? "Conseiller de tousser avec la main devant la bouche ou dans un mouchoir", conseille Marc Van Ranst. "Avec un peu de bon sens et de courtoisie, on fera déjà un bon bout de chemin."

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