Le jour où tout a basculé chez Arcelor

Contrairement à ce qu'une idée préconçue de la cruauté du monde des affaires a pu faire croire dans un premier temps, Guy Dollé n'a pas fait les frais de son obstination - frisant parfois l'entêtement anti-Mittal. Au contraire. Lakshmi Mittal, bien conscient du processus "terrifiant" (selon les dires d'un proche du dossier) qui s'engage pour faire aboutir la méga-fusion, aurait bien supplié le CEO d'Arcelor de rester à son poste.

Mais ce dernier, meurtri par des mois de lutte, préférait jeter l'éponge. C'est l'éternel dilemme d'un chef d'entreprise qui connaît un revers: s'en aller drapé dans sa dignité ou tenter de mettre au service de l'opération son expérience, qui dans ce cas précis, est immense? La colère n'est pas bonne conseillère. Guy Dollé s'est finalement donné une semaine pour réfléchir.

C'est au conseil d'administration du 21 juin (qui a duré 9 heures, lui aussi) que tout a basculé. Les administrateurs présents ont bien senti, au ton des exposés présentant l'évolution des modèles de Mittal et d'Arcelor au fil du temps - et découvrant soudain une convergence entre ces modèles - que le vent était en train de tourner. Dès ce jour-là, chacun savait que, si Mittal faisait un petit geste financier (genre une majoration de 10% de son offre), l'affaire était "pliée", comme on dit en France. D'où l'ambiance un brin nostalgique et le sentiment de malaise qui flottaient dans l'air au fameux conseil d'administration de dimanche dernier. C'est donc Joseph Kinsch qui, jusqu'à sa prochaine retraite, restera président non exécutif du nouvel ensemble. Blessé lui aussi, notamment par le lâchage in fine des politiques luxembourgeois. Mais trop viscéralement attaché à l'Arbed (comme il dit encore parfois) pour lâcher les rênes.

A Lundi soir à Bruxelles-National. Le vol TV310 de Virgin Express pour Nice a du retard. Un véhicule du catering a endommagé le fuselage de l'avion. Prévu à 19 h 10, l'avion partira à 23 h 15, annonce le personnel; il faut attendre un avion de remplacement de retour d'Athènes. Les passagers retournent dans l'aérogare. Certains prennent le parti d'aller manger un morceau au Sheraton. Vers 22 heures, l'avion est réparé. On appelle les passagers dans l'aéroport. Mais il en manque six à l'appel. Un des passagers décrète qu'il est hors de question de les attendre et ordonne que l'avion décolle. Les bagages des manquants sont déchargés. Certains clients arrivent quand l'avion quitte le gate et se voient proposer un billet pour le lendemain (sympathique attention!). L'affaire embarrasse évidemment tout le monde. D'autant que le passager qui a décidé que l'on partait n'était autre qu'Etienne Davignon, président de SN Airholding. Et que parmi les voyageurs restés sur le tarmac figurait... un certain Aldo Vastapane.

A Devant son personnel et par communication interne, Thomas Leysen, président du conseil d'administration de VUMmedia, s'est fendu d'une explication détaillée de la nouvelle appellation du groupe de presse qui édite "De Standaard", "Het Niewsblad" et "Het Volk" notamment. Corelio, ça va s'appeler. Core comme "essentiel", Relio comme "reliable" (fiable en anglais) et lio qui évoque "link" (le lien dans l'idiome de Shakespeare). Soit dit en passant, VUMmedia montera également à 100% dans le groupe de presse namurois Medi@bel. L'Evêché de Namur a en effet décidé de se retirer après des décennies de présence dans le capital de Vers l'Avenir, longtemps considéré d'ailleurs comme la voix de Monseigneur. Voilà qui donne une nouvelle justification au changement de nom. Quand on sait les susceptibilités régionales qui peuvent avoir cours dans la capitale wallonne, on imagine que le nom VUM ne soit pas très bien perçu. VUM comme Vlaams Uitgeverij Maatschappij? Ce qui faisait un peu étroit pour un groupe qui se veut multimédia mais aussi multiculturel et national. Dans ce cas de figure, Corelio a l'extrême avantage de n'avoir aucune signification dans aucune langue. Et en plus, cela rime avec... Elio!

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