Voyage au pays des quatre anneaux

Lundi - Signature de l'accord "Audi Forest". Petit air de colonie de vacances lundi soir dans l'avion ramenant d'Allemagne une délégation de syndicalistes et de membres de la direction de VW Forest. La journée a été longue, la déclaration d'intention assurant la survie du site bruxellois a été signée officiellement par la direction d'Audi, fatigue et soulagement se lisent sur les visages. Eclat de rire général et commentaires en tous sens lorsqu'on propose à Norbert Steingraber, le discret numéro un de l'usine forestoise, de prendre place dans le cockpit pour assister au décollage. "Tiens bien le manche" crie l'un. "Je peux encore sortir?", s'interroge l'autre. Entre les rires, une constante cependant du côté syndical. Le combat n'est pas terminé. Confirmation deux jours plus tard lors de la clôture de la phase 1 de la loi Renault, les primes vont être versées. Selon une estimation anonyme faite à la louche, la restructuration de VW Forest pourrait coûter 500 millions d'euros.

Mardi - GDF souffrira de l'hiver doux. Les protagonistes de l'interminable saga de la fusion (avortera? avortera pas?) entre Suez et Gaz de France n'en finissent pas de confirmer leur intention de s'unir. Même si certains "parrains" ont d'autres projets d'avenir pour les fiancés. Ainsi, le candidat Nicolas Sarkozy a commencé par laisser entendre que GDF n'étant pas producteur de gaz et Suez ne l'étant pas non plus, il ne voyait pas l'intérêt de marier les deux groupes. D'autant, poursuivaitil, que la rentabilité d'un producteur de gaz est de l'ordre de 20%, alors que celle d'un distributeur n'est que de quelque 8%. A l'inverse, ajoutait-il finement, l'Algérien Sonatrach est un gros fournisseur de gaz des énergéticiens européens qui craignent pour leur sécurité d'approvisionnement. Jusqu'à nouvel ordre, le PDG de GDF, Jean-François Cirelli, a opposé une fin de non-recevoir à cette proposition. Suggestion qui ne manque pas de sel dans la perspective d'un rapprochement avec Suez, maison-mère de Distrigaz. Pour mémoire en effet, Distrigaz et Sonatrach sont liés depuis plus de 20 ans par un contrat d'approvisionnement, conclu à l'époque par Willy Claes. Reconduit en 1989, cet accord avait d'ailleurs été calqué sur celui liant Sonatrach et... Gaz de France.

Mercredi - L'Indien Reliance intéressé par Carrefour? Curieuse valse-hésitation autour du capital de Carrefour. Alors que la semaine précédente avait vu deux gros actionnaires, Bernard Arnault et le fonds US Colony, confirmer leur présence au capital, c'est maintenant le groupe indien Reliance qui annonce des négociations pour l'achat de parts du distributeur français. Une information démentie par Carrefour... mais pas par la famille Halley, principal actionnaire du groupe et (très) désireuse de se défaire de sa participation. C'est en effet une question de valorisation du paquet "Halley" qui a coûté sa place de président à Luc Vandevelde. Celui-ci était l'homme de confiance de la famille - mais, malheureusement pour lui, surtout de Paul-Louis Halley, décédé dans un accident d'avion, et nettement moins du reste du clan, apparemment.

Jeudi - La CNP et AvH rachètent Di. C'est le dernier tandem à la mode... La très wallonne Compagnie nationale à Portefeuille, holding de pointe de l'écurie d'Albert Frère, et le groupe flamand Ackermans & van Haaren, s'associent une nouvelle fois autour d'une entreprise issue du secteur de la distribution spécialisée. Jamais deux sans trois, dit-on: la collaboration des deux groupes autour de GIB, Quick (revendu avec une juteuse plus-value) et Club va se doubler d'une participation mise en commun dans Planet Parfum et du rachat de la chaîne de drogueries Di au groupe Delhaize, décidément plus à l'aise dans l'alimentation, fût-elle pour chiens et chats.

Jeudi soir - Henri Proglio (Veolia) en visite à Bruxelles. Proglio ne desserre pas les crocs. Invité par la Chambre Française de Commerce et d'Industrie de Belgique, Henri Proglio, le patron de Veolia Environnement, n'a pas pu s'empêcher, entre les lignes, de rappeler, à qui voulait l'entendre, ses ambitions par rapport à son rival Suez. "Nous entendons grandir de 10% par an, essentiellement par croissance organique… à moins que des opportunités se présentent", lâche-t-il ironiquement à l'attention des cadres de Suez présents dans la salle. Pour prouver que l'entente entre les deux groupes était "au beau fixe", le patron du premier groupe mondial d'environnement a aussi expliqué sa faible présence sur le sol belge par la mainmise quasi monopolistique d'un rival "qui a emprunté le nom d'un canal".Ambiance très franco-française.

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