Mithra signe le plus gros contrat de son histoire et prend pied à l'étranger

©Debby Termonia

La société liégeoise a conclu un accord avec Mayne Pharma pour la commercialisation du contraceptif Estelle aux USA, devenant au passage actionnaire de l’entreprise australienne.

Un an après la signature d’un contrat avec le groupe hongrois Gedeon Richter pour la fourniture du contraceptif oral Estelle en Europe, Mithra récidive: l’entreprise pharmaceutique liégeoise a conclu un accord de licence et d’approvisionnement avec la société australienne Mayne Pharma pour la commercialisation de cette même pilule de nouvelle génération aux États-Unis.

Il s’agit du plus important contrat de l’histoire de la société wallonne spécialisée dans la santé féminine, dont la cotation sur Euronext Bruxelles a été suspendue plusieurs heures mardi. Mithra va recevoir des avances et paiements d’étapes en actions et en cash à hauteur de 295 millions de dollars minimum de la part de Mayne, qui est cotée en Australie et possède deux grands sites de production, l’un au pays des kangourous et l’autre aux Etats-Unis. Elle percevra également un prix de transfert composé de parties fixes et variables basées sur un pourcentage à deux chiffres des ventes nettes sur une période de 20 ans.

L’accord prévoit que la société de François Fornieri reçoive 9,6% d’actions ordinaires de Mayne en deux tranches. La première représentera 4,95% du capital total de Mayne à la conclusion de la transaction et la seconde sera accordée à l’approbation de la pilule Estelle par l’Agence réglementaire américaine, la FDA. À ce moment-là, Mithra pourra occuper un siège au conseil d’administration de la société australienne.

Cette participation est un coup de maître de la part de Mithra, qui devient ainsi un actionnaire important d’une société pharma internationalisée tout en se donnant la possibilité d’encadrer le lancement d’un de ses produits à l’étranger. "Cette participation permet à Mithra de participer à l’organisation du lancement commercial d’Estelle", nous a indiqué François Fornieri, le CEO de la biopharma liégeoise. "Nous pourrons amener notre expertise à Mayne. De son côté, Mayne dispose d’une solide expérience sur ce marché, avec l’une des plus importantes forces de vente. C’est le marché le plus important pour Mithra. Avec cette participation dans leur actionnariat, en plus des droits de licence conséquents, nous bénéficierons de la plus-value éventuelle de leur cours de bourse. Mayne est numéro deux en contraception aux USA et cette acquisition devrait susciter l’appétit boursier. Leur marché attendait cela. Cette participation dans Mayne est ce que ce que je préfère le plus dans cet accord."

"Énorme pour une biotech"

Le marché annuel de la contraception aux États-Unis est actuellement valorisé autour de 5,4 milliards de dollars (dont 51% pour les seuls contraceptifs oraux combinés comme Estelle), soit le double du marché européen. Mithra et son partenaire australien tablent sur un chiffre d’affaires brut potentiel pour le contraceptif Estelle d’au moins 4,5 milliards d’euros dans un scénario pessimiste, soit plus du double de la valeur du deal européen.

"4,5 milliards, c’est quand même énorme pour une biotech", a encore commenté François Fornieri. "Et encore, c’est pour le scénario le plus pessimiste. Le plus optimiste, c’est 9 milliards. Et quand on additionne l’Europe et les USA, on est au minimum à 7 milliards. Sans compter tous les autres dossiers, au Japon, en Inde…" Mithra a déjà signé neuf accords de licence avec des acteurs du secteur de la santé féminine.

Les deux entreprises travailleront de concert sur la soumission réglementaire d’Estelle, prévue d’ici fin 2019, avec un lancement commercial planifié pour la première moitié de l’année 2021, sous réserve d’approbation de la FDA. Ce serait alors le premier œstrogène natif à être approuvé dans un produit contraceptif aux États-Unis et le premier nouvel œstrogène à y être introduit depuis environ 50 ans, selon Mithra. Estelle sera sans doute lancé sous un nom différent aux Etats-Unis.

C’est l’entreprise wallonne qui fournira exclusivement Estelle pour Mayne et le fabriquera au sein de son CDMO, en Belgique. Pour la suite, Mithra, qui développe également le Donesta, un produit contre les effets néfastes de la ménopause, devra envisager d’autres solutions. "Quand on aura le Donesta, il faudra faire un choix, conclut le CEO. Nous réfléchissons actuellement à agrandir notre site de Flémalle et, par conséquent, augmenter les capacités de production. Mais ce n’est pas notre premier métier de faire de la production. On mettra en compétition des sites extérieurs, des back ups, pour avoir des prix compétitifs."

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