Belfius, une proie de choix pour ses consoeurs

Les déclarations du ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), et du banquier central Luc Coene ont placé la privatisation de Belfius à l'agenda. Plusieurs banques étrangères sont intéressées, dont Société Générale et Santander.

Trois ans après la nationalisation de Dexia Banque (aujourd'hui Belfius), il semble que le coup d'envoi ait été donné à une privatisation de la banque publique. Certes, il ne s'agit pas de la mise en place officielle d'un processus de vente ou d'une introduction en Bourse (IPO). Mais officieusement, le processus est lancé, et plusieurs banques étrangères - dont la Française Société Générale et l'Espagnole Santander - ont déjà marqué leur intérêt.

Vieilles connaissances

C'est à la mi-octobre que le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) a allumé la mèche. Lors d'un passage à la télévision publique flamande, il a estimé qu'une privatisation "pourrait constituer une bonne affaire" pour autant que le timing soit bien choisi. Au début du mois, Luc Coene en a rajouté une couche. Le gouverneur de la Banque nationale a laissé entendre qu'une banque devait disparaître du paysage belge: "Il y a quatre grandes banques en Belgique, c'est au moins une de trop", avait-il dit sur "Kanaal Z". "Des banques feraient mieux de fusionner ou d'être achetées par des acquéreurs étrangers", avait-il dit. Ces déclarations avaient été accueillies comme une considération à peine voilée au sujet de la banque publique Belfius.

Dans ce contexte, le fait que des banques se positionnent - directement ou via des banquiers d'affaires - pour ne pas manquer l'opportunité n'a rien de surprenant. D'après nos informations, la "nouvelle" a porté jusqu'en Asie et aux États-Unis. Les marques d'intérêt ne manquent pas.

Parmi les parties qui se sont déclarées ces derniers temps auprès de la banque publique et de son actionnaire, on compte notamment selon nos informations la Société Générale et Santander. Deux noms qui ne sont pas étrangers à Belfius.

Quand Dexia a éclaté en 2011, Santander était la seule institution à avoir montré un intérêt pour une reprise de Dexia Banque. Quant à la Société Générale, elle avait déjà avant la crise financière de 2008 des participations croisées avec Dexia (l'ancienne maison-mère de Belfius). Le Crédit du Nord a en outre été pendant un certain temps une filiale commune aux deux groupes. On notera au passage qu'après la vente par l'État belge de Fortis Banque au Français BNP Paribas en 2009, la vente de Belfius à un nouveau candidat français pourrait s'avérer délicate.

Dette ou dividendes

Vu le niveau élevé de la dette publique belge, la pression est grande pour que le gouvernement fédéral vende des participations de manière à réduire l'endettement. Les partenaires de la coalition fédérale annoncent sans détour dans l'accord de gouvernement qu'ils vont étudier l'opportunité de vendre des participations: "Le gouvernement veillera à valoriser les participations dans le secteur financier au moment opportun et de manière judicieuse."

Mais Belfius est-elle déjà mûre pour une privatisation? Deux obstacles restent pour l'heure en travers d'une telle opération. D'une part, la garantie que le gouvernement fédéral a offerte aux coopérants d'Arco pend au-dessus de la banque: Belfius est l'une des parties sur lesquelles le gouvernement compte pour payer cette facture. D'autre part Belfius a un portefeuille de dérivés de crédit de quelque 7 milliards d'euros pour lequel la banque mobilise un collatéral de 1,2 milliard d'euros, ce qui a un impact sur ses possibilités de financement. Cet obstacle peut être contourné en rachetant ces garanties de crédit ou en les vendant - partiellement ou en totalité - à d'autres acteurs financiers.

Le patron de Belfius Marc Raisière joue la montre. "Donnez-nous un an et demi à deux ans" nous avait-il dit en septembre. Peut-être le temps de mettre en place une alternative à la vente pure et simple de Belfius... Un scénario "à la Belgacom" - suivant lequel la banque entrerait en Bourse et l'État y garderait une participation pour s'assurer un dividende - reste crédible. Le management de Belfius semble en tout cas s'attendre à une introduction en Bourse.

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