Billet politique

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La fiscalité serait-elle le meilleur outil politique? Les propositions de réforme fiscale des différents partis indiquent les positionnements politiques, de manière bien plus claire que la plupart des grands discours.

Au premier abord, ils disent tous la même chose: il faut absolument réaliser une réforme fiscale au cours de la prochaine législature, afin de baisser de manière conséquente le coût du travail. Là, on dépasse le stade de la gentille promesse électorale. Cette unanimité vaut engagement. Si tous les partis veulent réduire la fiscalité sur les revenus du travail et qu'ils ne le font pas, ce serait vraiment à désespérer du personnel politique.

L'objectif général est donc plus ou moins similaire pour tous. La manière de l'atteindre varie sensiblement, de même que l'intention ou non de neutraliser budgétairement la réforme. Le PS et Ecolo - qui n'ont pas encore officiellement présenté leurs projets de réforme fiscale - attendent une baisse de l'impôt des personnes physiques ciblée sur les bas et moyens revenus. Typiquement à gauche. À l'inverse, le MR et le cdH accordent à tous les contribuables, même aux plus riches, le bénéfice du relèvement de la quotité exemptée d'impôts.

Notons que les centristes, qui ont souvent fait de la famille leur cheval de bataille, développent un important volet sur les réductions d'impôts pour les personnes à charge. Quant au FDF, parti très bruxellois, il songe à des réformes en faveur des citadins, pénalisés dans le système actuel, notamment en raison de la déductibilité de frais de déplacement. On le voit: les priorités fiscales recoupent les priorités stratégiques et politiques.

Quelle que soit la formule retenue, elle coûterait un beau paquet de milliards. Ici, le MR se distingue de tous ses rivaux: pas question de reprendre d'une main ce que l'on cède de l'autre. Il s'agit d'allégements fiscaux, très conséquents, pas d'un glissement du travail vers d'autres types de taxation. Pour maintenir le cap budgétaire, il compte sur les effets-retours des mesures (la consommation, l'activité et l'emploi reprennent) et des coupes nettes dans les dépenses publiques. Les libéraux sont convaincus que les baisses d'impôt relanceront l'économie et que le regain d'activité financera la protection sociale. Un raisonnement libéral classique.

Les trois autres partis tiennent à la stricte neutralité budgétaire de la réforme. Pas parce qu'ils seraient plus orthodoxes mais plutôt parce qu'ils ne veulent prendre absolument aucun risque avec le financement de la sécurité sociale, surtout dans une optique d'explosion des coûts liés au vieillissement. Un dérapage des finances publiques risquerait de mettre en cause certains budgets sociaux. À gauche, on tient à se prémunir de cela. On rechigne même à intégrer les effets-retours dans le calcul global. Et si effets il y a, on trouvera toujours une "bonne" manière d'affecter les budgets...

Ces partis se tournent alors vers la lutte contre la fraude (mieux percevoir l'impôt dû, c'est toujours mieux qu'augmenter les taux d'imposition) et, surtout, vers la taxation du capital. Les trois partis "de gauche" envisagent de taxer d'une manière ou d'une autre les plus-values sur actions, perspective qui semble tout bonnement impensable pour les libéraux. Le cdH envisage de récolter 3,4 milliards par ce biais.

Signe intéressant d'une évolution de l'opinion: la fiscalité verte semble oubliée, y compris chez Ecolo, sauf si elle devait être décidée dans un hypothétique cadre européen. Personne ne veut endosser la paternité d'impopulaires écotaxes, même si on nous bassine régulièrement sur le nécessaire glissement de la fiscalité sur le travail vers la fiscalité sur les comportements polluants. Mais de là à choisir délibérément de perdre les élections...

Qui veut encore des intérêts notionnels?

Les clivages du même type se retrouvent à l'impôt des sociétés. Le taux officiel actuel est de 33,99%. Le PS et Ecolo le maintiennent, le cdH le baisserait à 30% et, plus tard, à 25%, tandis que le MR le veut à 23-24% le plus vite possible... Tous prévoient un geste spécifique pour les PME, le nouveau coeur de cible qu'apparemment tout parti doit aujourd'hui choyer.

On constatera que les intérêts notionnels, qui ont suscité tant de débats académiques ou parlementaires, n'ont plus la cote. Ils "coûtent" encore six milliards bruts au budget de l'État. Trois partis veulent les supprimer ou à tout le moins les recycler plus strictement en faveur de l'emploi et des PME. Le MR conserverait bien le mécanisme, mais en le divisant par deux afin de dégager des moyens, lui aussi, en faveur des PME.

Ce rapide survol des priorités fiscales nous montre que la gauche et la droite ne sont pas des concepts totalement dépassés. Cela facilite la campagne du MR, qui se démarque ici alors que ses adversaires se marchent un peu sur les pieds. Mais, revers de la médaille, cela complique son après-scrutin, quand il faudra négocier des coalitions, sans (trop) manger ses engagements.

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