Carat Duchatelet "Nous sommes uniques au monde"

1. Chez Carat Duchatelet, ce sont de véritables artisans qui traitent le bois ou le cuir. ©Debby Termonia

"Quand des étrangers viennent visiter l'usine, ils sont étonnés que l'on fasse tout ici à Liège, sans sous-traiter des tâches à l'extérieur." Visite des lieux avec Jean-Paul Rosette, celui qui a sauvé l'ancrage liégeois de Carat Duchatelet.

L a photo trône en bonne place dans les ateliers de Carat Duchatelet à Liège. C'était en 2011 lors du mariage princier de Charlène et Albert de Monaco. Pour déambuler dans les rues de la petite cité monégasque, le couple princier a utilisé une Lexus LS 600h L, mais en version spécialement aménagée et transformée à Liège. La partie arrière du pavillon de la voiture a été remplacée par un panneau amovible en polycarbonate transparent, une espèce de bulle pour protéger les mariés. Une conversion qui a demandé plus de 2.000 heures de travail aux techniciens de Carat Duchatelet, en étroite collaboration avec les ingénieurs de Lexus à Bruxelles. Pour l'occasion, la voiture a été entièrement démontée et ensuite réassemblée. Une prouesse qui dure depuis plus de 40 ans dans les ateliers liégeois de la société créée par Frédéric Duchatelet.

"Dans notre créneau, sans fausse modestie, je pense que nous sommes les meilleurs au monde", confie Jean-Paul Rosette, le nouveau maître des lieux.

Petit tour du propriétaire. Nous sommes dans un premier hangar, plus grand qu'un terrain de football. Quelques photos de pin-up trônent aux murs, tout comme divers posters de l'équipe de football du Standard. C'est sûr, nous sommes dans un garage à Liège. Mais pas n'importe lequel.

Dans un coin, on découvre une remarquable Bentley Mulsanne, presque méconnaissable pour l'oeil non averti, car entièrement désossée, afin de lui apporter un blindage. Une commande d'une famille royale. Mais, chut, discrétion assurée, Jean-Paul Rosette n'en dira pas plus.

"En général, notre travail sur une voiture va de 300.000 euros à 1 million d'euros. Tout dépend de ce que nous faisons: blindage, rehaussement, allongement du véhicule... Cela nous demande de cinq à dix mois de travail. Nous traitons au maximum une vingtaine de voitures par an. La priorité va à la qualité, pas à la quantité", souligne le patron de Carat Duchatelet.

Un peu plus loin dans le hangar se dévoile une luxueuse Mercedes Classe S, destinée à un chef d'État africain. Elle sera allongée et rehaussée. Coût: un million d'euros, tout compris. "Outre les Mercedes, les pays africains apprécient aussi particulièrement les Lexus LX 570, ou plutôt les Toyota Land Cruiser. En Afrique, les pièces détachées existent pour les Toyota, c'est un avantage", confie Rosette.

"En fait, je peux l'affirmer, nous sommes uniques au monde. Quand des étrangers viennent visiter l'usine, ils sont étonnés que l'on fasse tout ici à Liège, sans sous-traiter des tâches à l'extérieur".

Un stand de tir

Les désirs des clients de Carat Duchatelet (chefs d'État, présidents, riches hommes d'affaires...) sont parfois - comment dire? - un peu "particuliers".

Comme ce client qui avait demandé de prévoir une petite cache dans le véhicule pour entreposer des armes afin de se défendre en cas d'attaque.

Pour certains, la sécurité n'a visiblement pas de prix. Et Carat sait se donner les moyens de ses ambitions. Le visiteur a ainsi la surprise de découvrir un petit stand de tir aménagé dans l'entrepôt! Histoire de tester le matériel de blindage des véhicules. Ici, l'épaisseur des vitres des véhicules peut facilement atteindre 5 centimètres. Et ce sont des couches d'aramide imprégné qui tapissent le fond de la voiture, ce qui offre plus de résistance au feu et à la chaleur. Pas inutile en cas d'explosion...

Autre demande spéciale d'un client: le placement d'une horloge de grande marque dans le véhicule, avec des diamants incrustés. Pour un chef d'État étranger, c'est tout l'intérieur d'un hélicoptère qui a été réaménagé, avec boiseries et cuir à la clé. Carat ne recule devant rien.

Les autres demandes sont plus "conventionnelles" si l'on peut dire: des sièges spéciaux, des écrans télé dans le véhicule, une installation stéréo très haut de gamme, une séparation entre le chauffeur et le passager à l'arrière, un mini-bar... En fait, tout l'attirail du parfait VIP qui se respecte.

Des artistes

L'allongement d'une Mercedes Classe S peut aller jusqu'à 1 mètre 20, avec la pose de sièges qui se font face. Il faut alors découper la voiture en deux, allonger les portières avant et arrière de 20 centimètres, prévoir un nouveau compartiment de 80 centimètres, de façon à installer de nouveaux sièges. Un travail de haute précision. Et Jean-Paul Rosette n'est pas peu fier de son équipe. "Ce sont de vrais artisans. J'oserais même dire des artistes. Ils sont spécialisés dans 13 métiers différents: le travail du bois ou du cuir, il y a un spécialiste pour la peinture, un autre pour l'électronique... À une certaine époque, Carat a employé jusqu'à 150 personnes. Aujourd'hui, nous ne sommes plus qu'une quarantaine. Lors de la reprise en mai 2014, nous avons dû effectuer des choix parfois douloureux. Nous avons surtout voulu constituer l'équipe la plus homogène possible."

Le fondateur de la firme, Frédéric Duchatelet, est resté à bord en tant que consultant. Il s'occupe de l'aspect commercial au Moyen-Orient, un marché très stratégique pour la firme. "Historiquement, nous sommes présents au Moyen-Orient et en Afrique. Mais nous visons aussi des marchés porteurs comme les pays de l'Est et d'Asie", dit Jean-Paul Rosette. La firme n'est pas active en Amérique. Et en Europe, "les chefs d'État ne peuvent pas s'afficher avec de telles voitures, car la population ne l'accepterait pas".

"Pour certains, c'est une injure à la pauvreté de se promener avec une voiture qui vaut de 200.000 euros à un million d'euros. En Belgique, je suis le premier à dire que les gens ne gagnent pas assez et qu'il faut remonter leur salaire net. Mais ce que je vois aussi, ce sont les étoiles dans les yeux des gens quand on leur parle de Carat Duchatelet. C'est une image de très haut de gamme qui fait rêver. Pour moi, c'est une grande fierté de diriger cette société et d'avoir conservé ses racines liégeoises."

Ancêtres de prestige

Jean-Paul Rosette ne manque pas d'idées pour le futur. "Nous restaurons déjà des voitures anciennes, des ancêtres de prestige, dont la valeur dépasse les 100.000 euros. Il faut savoir qu'au Moyen-Orient, on commence à collectionner de tels véhicules historiques. C'est un marché qui peut devenir attrayant."

En tant qu'amoureux de la conduite automobile, le CEO liégeois développe aussi une réflexion pour le véhicule que l'on conduit personnellement.

"De nombreux chefs d'État étrangers, plus jeunes, ne veulent pas de chauffeur. On va réfléchir à leur apporter une vraie valeur ajoutée en tant que conducteur."

Mais le rêve de Jean-Paul Rosette est aussi de créer une véritable patte Carat Duchatelet, un peu à l'image des semelles rouges des chaussures Louboutin.

"Il nous faudrait quelque chose d'aisément reconnaissable. Ce qui est sûr, c'est que nous sommes dans le très haut de gamme et que nous devons y rester. Auparavant, certains véhicules étaient vendus trop bon marché. C'est une période qui est terminée. Notre prix élevé est associé à la qualité la plus élevée."

Mais, au fait, y a-t-il un Belge qui roule dans un véhicule aménagé par Carat Duchatelet? Jean-Paul Rosette hésite d'abord. Et admet finalement qu'un homme d'affaires belge, actif à l'étranger, utilise un véhicule qui est passé voici plusieurs années par les ateliers de Liège. Mais il n'en dira pas plus. Et, simple précision, non, ce n'est pas Albert Frère...

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