La justice française mène la charge sur Uber

Les dirigeants d'Uber France et d'Uber Europe seront jugés en correctionnelle fin septembre. La pression du gouvernement contre le service UberPOP prend une tournure judiciaire, faute d'être législative.

Après vingt-quatre heures de garde à vue, les deux dirigeants principaux d'Uber se sont vus notifier hier leur comparution le 30 septembre prochain devant le tribunal correctionnel. Exactement comme peuvent l'être de jeunes trafiquants de drogue, des voleurs ou même des violeurs! Thibaud Simphal, directeur général d'Uber France, et Pierre-Dimitri Gore-Coty, directeur général Europe de l'Ouest du groupe, sont accusés de pratique commerciale trompeuse, de complicité d'exercice illégal de la profession de taxi et de traitement de données informatiques illégal.

Nouvel ennemi n°1

Ils sont ressortis libres hier mais la polémique enfle dans l'Hexagone, où la population n'a pas du tout apprécié la violence et la brutalité des taxis la semaine dernière à l'égard des chauffeurs VTC ou d'Uber.

Près d'un million de Français utilisent les services d'Uber (dont 400.000 UberPOP, mettant en relation des particuliers entre eux). Censés manifester jeudi dernier, 2.800 taxis professionnels ont semé le désordre dans le pays à la suite de très violents affrontements avec la police et la fermeture partielle du périphérique parisien. Des voitures ont été vandalisées, d'autres retournées et plusieurs chauffeurs molestés.

En réponse, l'exécutif donne le sentiment de se rallier à la cause du plus fort: les taxis, qui manquent pourtant cruellement aux heures de pointe dans Paris. François Hollande lui-même a sévèrement dénoncé l'application UberPOP. Estimant qu'Uber "ne respecte aucune règle" sociale ou fiscale, il a exigé qu'UberPOP soit "dissous". De son côté, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a écrit au procureur de la République pour lui signaler les activités d'UberPOP, relevant à ses yeux d'un "délit d'organisation d'activités illicites de taxis ou de services de transport".

En quelques heures, Uber est passée du statut de start-up américaine poil à gratter à celui d'ennemi numéro un de l'État français... Quant à l'exécutif, ses menaces judiciaires ont pris forme alors même qu'il s'apprête, ironie du calendrier, à faire passer en force, sans vote au Parlement (article 49-3 de la Constitution) la loi Macron, chargée entre autres de libéraliser le transport de passagers longue distance... On se souvient aussi qu'en janvier 2014, le gouvernement Ayrault avait dû renoncer, après une seule journée de grève des taxis (bloquant les aéroports), à réformer la profession... Comme d'autres gouvernements avant lui.

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